Julien Dray se plaint du mauvais traitement qui lui est fait par le PS en Essonne, car il ne figure pas sur la liste des candidats socialistes pour les régionales. En substance il reproche au parti et à Martine Aubry de s'asseoir sur la présomption d'innocence pour une sombre revanche politique contre lui masquée par des préoccupations morales de facade.
Mis en retrait d'office avant même d'être mis en examen, il est exact que Dray peut s'estimer lésé. C'est une façon de dire à la justice : "Nous avons plus confiance dans vos accusations que dans les dénégations de notre camarade. Nous n'attendons pas votre verdict pour prendre des mesures conservatoires, en l'espèce : nommer une tête de liste provisoire dans l'attente d'une décision de justice le 15 décembre."
Depuis le départ de cette affaire, il est vrai que la présomption d'innocence a été foulée aux pieds. Il est vrai que le dossier de l'instruction a "fuité" dans les médias d'une façon systématique et suspecte. Il est vrai enfin que la justice agit avec une lenteur particulière qui étonne. Complot de droite ou manoeuvres à gauche, Julien Dray - anxieux et soupçonneux par nature - n'a pas mis longtemps pour se convaincre d'une conspiration destinée à l'abattre. Faute de connaître le fond du dossier hormis ce qu'on peut en lire dans la presse, il est difficile de trancher.
Je n'ai pas de sympathie particulière pour Julien Dray mais je n'aime pas l'injustice. On ne se connait pas, il est dans mon camp politique même s'il a défendu des personnes et des causes qui n'étaient pas mon choix premier : Royal et la démocratie d'opinion. L'histoire fait aujourd'hui que l'opinion se retourne contre lui. Enfant de la mitterrandie, Julien Dray peut reprendre à son compte l'apostrophe sur "l'honneur d'un homme jeté aux chiens" concernant Pierre Bérégovoy. Sur le plan personnel, il a tout mon soutien.
Seulement voilà, il est nécessaire d'attendre la justice dans cette affaire. C'est ce qu'a décidé de faire le parti socialiste. En d'autres temps, mis en examen, DSK avait démissionné de ses fonctions ministérielles en 1999 avant d'être blanchi par la justice, puis de rebondir comme on le sait. A tort ou à raison, le PS anticipe la mise en examen de Julien Dray ce dont celui ci se scandalise. On peut le comprendre, mais il faut qu'il admette qu'un élu de premier plan se doit d'assumer ses responsabilités en toute occasion. Julien Dray n'a de cesse de faire croire qu'il y a une relation étroite entre son cas personnel et les idées qu'il défend au sein du PS. Il parle des valeurs de la république foulées aux pieds. J'entendrais mieux l'argument s'il ne défendait pas son affaire à lui par la même occasion. Les grands principes au secours des causes individuelles, j'ai un peu de mal surtout quand la même personne semble s'être affranchie des grands principes dans la gestion des deniers d'autrui. Il y a eu de son propre aveu de petits arrangements. Restons terre à terre.
Député, vice-président du conseil régional, membre de la direction nationale, Julien Dray n'a entendu personne - à commencer par Martine Aubry - lui demander de renoncer à ses mandats, ce qu'on a fortement suggéré à DSK. Pour en briguer de nouveaux il y a une hypothèque judiciaire à lever, c'est un minimum il me semble. Je ne suis pas certain que Julien Dray, meurtri et aveuglé par les attaques personnelles, ait pris la juste mesure du rôle de bouclier contre la justice qu'il veut faire jouer au Parti socialiste. Quoiqu'il en dise, il demande au parti de marquer sa solidarité - la neutralité n'a pas de sens - par rapport à des actes privés dont personne ne sait rien avec certitude en dehors de son premier cercle. Cette affaire douloureuse n'est pas qu'une question de calendrier électoral, c'est aussi l'affaire d'un homme avec ses qualités et ses faiblesses qu'il faut traiter avec justice.
