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novembre 2009

Présomption d'innocence, grands principes, petits arrangements

Julien Dray se plaint du mauvais traitement qui lui est fait par le PS en Essonne, car il ne figure pas sur la liste des candidats socialistes pour les régionales. En substance il reproche au parti et à Martine Aubry de s'asseoir sur la présomption d'innocence pour une sombre revanche politique contre lui masquée par des préoccupations morales de facade. 

Mis en retrait d'office avant même d'être mis en examen, il est exact que Dray peut s'estimer lésé. C'est une façon de dire à la justice : "Nous avons plus confiance dans vos accusations que dans les dénégations de notre camarade. Nous n'attendons pas votre verdict pour prendre des mesures conservatoires, en l'espèce : nommer une tête de liste provisoire dans l'attente d'une décision de justice le 15 décembre."

Depuis le départ de cette affaire, il est vrai que la présomption d'innocence a été foulée aux pieds. Il est vrai que le dossier de l'instruction a "fuité" dans les médias d'une façon systématique et suspecte. Il est vrai enfin que la justice agit avec une lenteur particulière qui étonne. Complot de droite ou manoeuvres à gauche, Julien Dray - anxieux et soupçonneux par nature - n'a pas mis longtemps pour se convaincre d'une conspiration destinée à l'abattre. Faute de connaître le fond du dossier hormis ce qu'on peut en lire dans la presse, il est difficile de trancher.

Je n'ai pas de sympathie particulière pour Julien Dray mais je n'aime pas l'injustice. On ne se connait pas, il est dans mon camp politique même s'il a défendu des personnes et des causes qui n'étaient pas mon choix premier : Royal et la démocratie d'opinion. L'histoire fait aujourd'hui que l'opinion se retourne contre lui. Enfant de la mitterrandie, Julien Dray peut reprendre à son compte l'apostrophe sur "l'honneur d'un homme jeté aux chiens" concernant Pierre Bérégovoy. Sur le plan personnel, il a tout mon soutien.

Seulement voilà, il est nécessaire d'attendre la justice dans cette affaire. C'est ce qu'a décidé de faire le parti socialiste. En d'autres temps, mis en examen, DSK avait démissionné de ses fonctions ministérielles en 1999 avant d'être blanchi par la justice, puis de rebondir comme on le sait. A tort ou à raison, le PS anticipe la mise en examen de Julien Dray ce dont celui ci se scandalise. On peut le comprendre, mais il faut qu'il admette qu'un élu de premier plan se doit d'assumer ses responsabilités en toute occasion. Julien Dray n'a de cesse de faire croire qu'il y a une relation étroite entre son cas personnel et les idées qu'il défend au sein du PS. Il parle des valeurs de la république foulées aux pieds. J'entendrais mieux l'argument s'il ne défendait pas son affaire à lui par la même occasion. Les grands principes au secours des causes individuelles, j'ai un peu de mal surtout quand la même personne semble s'être affranchie des grands principes dans la gestion des deniers d'autrui. Il y a eu de son propre aveu de petits arrangements. Restons terre à terre.

Député, vice-président du conseil régional, membre de la direction nationale, Julien Dray n'a entendu personne - à commencer par Martine Aubry - lui demander de renoncer à ses mandats, ce qu'on a fortement suggéré à DSK. Pour en briguer de nouveaux il y a une hypothèque judiciaire à lever, c'est un minimum il me semble. Je ne suis pas certain que Julien Dray, meurtri et aveuglé par les attaques personnelles, ait pris la juste mesure du rôle de bouclier contre la justice qu'il veut faire jouer au Parti socialiste. Quoiqu'il en dise, il demande au parti de marquer sa solidarité - la neutralité n'a pas de sens - par rapport à des actes privés dont personne ne sait rien avec certitude en dehors de son premier cercle. Cette affaire douloureuse n'est pas qu'une question de calendrier électoral, c'est aussi l'affaire d'un homme avec ses qualités et ses faiblesses qu'il faut traiter avec justice.


Batailles d'appareil

Plongés dans la constitution des listes pour les régionales, les partis politiques sont dans leur élément favori : les guéguerres d'appareil. Le scrutin de liste est l'instrument favori de l'apparatchik pour exister politiquement. Ses talents individuels n'étant pas toujours suffisants ou reconnus, il tient là sa revanche.

Je ne parlerai pas beaucoup des batailles à droite. D'abord j'en ignore les coulisses ensuite je prise peu les méthodes à la hussarde de l'UMP dont l'autorité du chef éclipse tout. A noter cependant la victoire personnelle de Rama Yade sur l'appareil UMP puisqu'elle va figurer en N° 2 dans les Hauts de Seine au lieu du Val d'Oise où certains voulaient l'exiler. La popularité, c'est le talisman. C'est aussi à sa popularité que David Douillet doit sa 2ème place dans les Yvelines derrière Valérie Pecresse. Je retiens enfin que l'UMP et le NC ont finalisé un accord national.

A gauche, c'est un peu l'éclatement avec le PS, les Verts et le front de gauche. Les partenaires PRG, MRC, et des groupuscules divers font payer cher au PS un certain isolement. Ils prennent une large part dans les listes régionales dirigées par le PS sans avoir le plus souvent une légitimité particulière, ni notoriété, ni implantation locale. La frustration s'accentue quand on connait de l'intérieur les luttes fratricides au sein ou entre les courants du parti pour s'arroger les meilleures places éligibles. Inutile d'épiloguer, je suis en plein dedans et j'avoue que c'est très révélateur des luttes d'ego en politique.

Certains assimilent l'élection régionale à un concours d'entrée dans l'administration, avec statut et indemnités. D'autres la confondent avec une élection de conseiller général pour défendre leur village ou leur canton. Les derniers enfin sont prêts à marcher sur la tête de quiconque conteste leur position compte tenu des services rendus. Tous portent la main sur le coeur pour expliquer qu'ils veulent "servir". Mouais. Servir, être servi, se servir il y a un peu de tout ça. Mais qu'on ne se méprenne pas, c'est un constat vrai à gauche comme à droite.

Les Verts et le front de gauche ont eux aussi un redoutable appareil partisan, doté de sous chapelles et de sensibilités diverses. Mais ils n'ont pas encore aux yeux de l'opinion cette réputation de partis d'élus et pour cause, ils ont plus d'aspirants que de places.

Au fnal, les listes seront constituées avec plus ou moins de bonheur. Elles ne reflèteront pas forcément l'expression des meilleurs talents et des couleurs des régions. Elles seront le fruit de compromis et de tractations. Nos concitoyens n'y verront que goutte mais il n'y a pas de quoi les réconcilier avec la politique. Je comprends que le Général de Gaulle ait voulu en finir avec le régime des partis par excellence, à savoir la IVème république où le règne des combinaisons, niant le mérite, privilégiant l'entregent, constitue un cauchemar pour les "purs". Il ne faut pas être naïf, c'est sans doute inévitable dans les assemblées élues à la proportionnelle.

Le débat sur la démocratie représentative est vieux comme le monde. Pourtant tout serait si simple si tout le monde était d'accord pour limiter ce fichu scrutin de liste à l'élection municipale. Pour le coup, je suis de plus en plus favorable à la généralisation du scrutin uninominal à deux tours.


Désespoir à Gauche

Peillon ou Royal, Royal ou Peillon ? Le week-end politique a sombré à nouveau dans des querelles entre socialistes.

Vincent Peillon, brillant leader d'Espoir à Gauche (EAG) a manifesté sa mauvaise humeur publiquement devant la venue impromptue de Ségolène Royal à la réunion qu'il organisait à Dijon sur le thème de l'éducation.

Faisant fi du sujet principal, Ségolène est venue en quelque sorte récupérer le bien qu'elle avait abandonné à la sortie du congrès de Reims : le mouvement EAG au sein du PS et sa cohorte de militants. Elle avait préféré s'occuper de Désirs d'Avenir et ses sympathisants hors du PS. Vincent a bien sûr moyennement apprécié. Qui dirige Espoir à Gauche ? En principe c'est celui qui l'anime, celui qui organise les évènements, celui qui rassemble depuis plus d'un an. Pour moi normalement c'est Peillon. Mais pour elle, l'intendant ne compte pas, la propriétaire c'est elle. Et sans prendre de gants, elle lui a infligé une belle humiliation. Choqué, Peillon l'a ensuite disqualifiée pour mener la gauche. Ambiance.

Naturellement les médias sont venus pour les empoignades "joyeuses" entre socialistes, pas pour les dossiers - en l'occurence l'éducation - que l'animateur, Vincent Peillon, voulait traiter.

Quand on pense que Peillon et Royal étaient très proches il y a peu, on reste perplexe. La solution pour la gauche s'éloigne, alors que le rapprochement des progressistes d'où qu'ils viennent est une idée forte.

De nouvelles inimitiés et incompréhensions viennent de se fabriquer l'espace d'un week-end. Les royalistes ne parlent plus aux fans de Peillon, qualifié à son tour d'usurpateur comme Aubry. Des invectives s'échangent sur internet, sur facebook notamment. On n'est plus "amis". La caisse de résonance médiatique bat son plein. La droite jubile. C'est pitoyable.

Cette initiative a été  organisée par Jean-Louis Bianco dit-on. Il a sans doute parié sur le fait que Peillon n'oserait pas bouger devant la reprise en main de Royal. Pas de chance, celui ci a bougé ; et plus que celà, il a sévèrement condamné. Erreur d'anticipation. Sermonner Peillon ? Erreur de communication : le ton moralisateur était malvenu. Erreur de stratégie : qui peut comprendre qu'après avoir jeté son jouet, la dame veuille le récupérer ? Tout cela semble tenir du caprice. Erreur sur les attentes des français : on est très loin des préoccupations des gens qui attendent moins une star qu'un projet et une alliance que Peillon tentait de construire. Pour autant, j'ignore ce qui a motivé celui ci à réagir aussi vivement si ce n'est la colère de se voir retirer le fruit de son travail, sentiment partagé par ... Ségolène.  

C'est suicidaire. Je n'arrive pas à comprendre comment on peut espérer regagner la faveur des citoyens en étalant publiquement nos désaccords. A court terme, dans l'optique des régionales, c'est de toute façon un coup porté à l'unité des socialistes.

DSK reviens, ils sont devenus fous !


"DSK seul à pouvoir battre Sarkozy" ah non pas ça !

070224_dsk_1224688451 J'en frémis d'avance ! La lecture du dernier sondage sur les présidentielles de 2012 indique que seul DSK bat Sarkozy au deuxième tour. Je nous vois déjà - nous les strauss-kahniens - entonner un couplet similaire à celui qui nous avait tant irrité en 2006 : Ségolène est la seule à pouvoir gagner ... On a entendu des milliers de fois, jusqu'à l'écoeurement cette antienne gonflée à l'hélium médiatique . Le gimmick royaliste d'une stratégie basée sur les sondages. On a vu le résultat.

Alors non je ne vais pas me mettre à ce petit jeu si facile, si simpliste que j'ai tant condamné. Par contre je n'admettrai pas l'ombre d'une critique sur la popularité de DSK de la part de ceux qui ont joué à fond de cette carte des médias.

Car les faits sont là : populaire et compétent, Dominique - s'il revient, ce dont je ne sais fichtre rien - serait un excellent candidat pour la gauche en 2012. Un vrai atout. Un rêve de victoire. Mais pitié qu'on ne gâche pas nos chances en abaissant le débat à une caisse de résonance médiatique et à un Tout sauf Sarkozy !

Je souhaite vivement qu'on réfléchisse à la date des primaires pour ne pas perdre cet atout. Certes c'est à lui de décider le moment venu de ce qu'il fera. L'eau va couler sous les ponts et rien ne dit que la situation sera aussi favorable dans deux ans. En outre,pour l'instant, le silence imposé au directeur du FMI le protège. Les français aiment beaucoup les non-candidats.

Une chose est certaine : strauss-kahnien j'étais, strauss-kahnien je reste. Quel come back ce serait !

Un bout de rêve microscopique. Fabuleux, ce serait fabuleux. Dans l'état de l'opposition aujourd'hui, pouvoir gagner en 2012, vous y croyiez vous ?!


Un chic type David Douillet ?

On peut en douter quand on lit le Canard Enchaîné cette semaine.

Dans son livre paru en 2000, David Douillet s'exprime ainsi : « On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes. »  Voilà qui est clair.

Des propos empreints de beauferie comme il en existe dans tous les camps y compris à gauche. Mais voilà, on parle d'un champion admiré des français, nouveau député, possible ministre des sports lors du prochain remaniement. Il chiperait la place de Rama Yade chassée par une belle brochette de courtisans sarkozystes. La meute comprend les Fillon, Morano, Lefebvre ... encouragés par un Sarkozy qui semble ne plus supporter qu'une femme ait du caractère et ne reste pas à sa place. Comme Douillet.

Dans cette hypothèse, Douillet le misogyne ne détonerait pas dans ce gouvernement marqué par l'élégance , la culture et la classe. Il rejoindrait de brillants éléments comme Hortefeux, Estrosi, Devedjian, aux premières loges et les Balkany dans les coulisses. 

Malgré le départ de Rachida Dati et Bernard Laporte, la France a un gouvernement dont le niveau reste bien bas. Il n'aura rien à envier à celui de Berlusconi si Sarkozy ne procède pas à la nomination de vrais ministres.