Une fois de plus, Ségolène Royal donne le tempo. A Montpellier hier, elle a appelé au "dépassement du PS". Les mots comptent. Elle appelle les adhérents et les sympathisants à dépasser le parti. Qu'est ce que ca veut dire ? Bataille sémantique ou nouveau débat nombriliste ?
Il s'agit si on entend bien de "créer un mouvement puissant" capable de renverser la droite. Si on ne peut que partager l'objectif, on a le droit d'être dubitatif sur les moyens. En meeting, les accents populistes de Ségolène Royal sont de plus en plus marqués. Elle excelle dans la condamnation des élites, des pouvoirs intermédiaires, des apparatchiks et des élus "professionnels" (comprendre chefaillons de section ou de fédération, cumulards et indéboulonnables). Succès garanti en meeting, défendre les petits contre les grands, faire huer un ennemi bouc émissaire est une stratégie de communication éprouvée. D'ailleurs Sarkozy en fait autant.
En début de semaine, Ségolène Royal dénoncait sur son nouveau site pas très réussi, la "loi du silence" concernant les tricheries internes au dernier congrès. Cette expression est forte, elle signifie qu'une mafia dirige le parti. Je me demande si Ségolène se rend compte de l'image du parti qu'elle renvoie à l'extérieur. Elle tape fort, qu'elle ne s'étonne pas des retours de manivelle.
Mais justement le PS que doit-il faire, que doit-il devenir ? Si on veut appeler tous les acteurs actuels à se rénover, y compris les ténors, y compris l'appareil, y compris les élus, sans les opposer aux simples militants blancs comme neige, que faire ? Pour moi, la bonne formule consisterait à proposer au parti de se dépasser et non à dépasser le parti. La métamorphose est nécessaire. Si nous réfléchissions ensemble à cette tâche gigantesque : l'union des gauches. Allons vers une fédération (je ne crois pas au parti unique ou à un nouveau parti) avec un projet commun. Je crois que les verts , les communistes, les chevenementistes et les radicaux y sont ouverts, sans doute le parti de gauche aussi.
Si Ségolène pouvait reformuler sa proposition en ce sens, j'y serais favorable. En fait c'est déjà la proposition de Martine Aubry assez mal perçue de "maison commune". On a peiné à y mettre du contenu et les ambitions internes ont fait le reste pour repousser ce pan de la rénovation aux calendes grecques. Mais si nos leaders pouvaient se mettre d'accord sur cette direction, je suis certain qu'au delà des mots, le PS et la gauche auraient un avenir. Une fois qu'on aurait défini un projet commun, comment ne pas accepter un candidat commun désigné par des primaires, comment ne pas voir qu'une immense dynamique porterait ce candidat en 2012 et forcerait le centre de Bayrou au compromis. La victoire en dépend. Non la bataille de l'union des gauches n'est pas une question de nombril, c'est une question d'avenir.
