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juillet 2009

Parti cherche tranquillisants ...

Je découvre avec stupeur les échanges épistolaires entre Martine Aubry et Manuel Valls. Ainsi  la première secrétaire tape-t-elle du poing sur la table pour demander au député maire d'Evry de cesser de critiquer le PS ou sinon de partir. En substance, celui ci répond en qualifiant la lettre de Martine de "datée" et en lui rappelant nos (ses) brillants résultats aux européennes le 7 juin.

En écho, la presse régionale à peu près unanime critique "l'autoritarisme" de Martine, ce qui fait que cette dernière a d'ores et déjà perdu la bataille de la communication. Il n'y a que Fabius et Rocard pour considérer positivement son initiative. Beaucoup de militants, moi le premier, en avons certes assez de ces éléphanteaux qui barrissent à tort et à travers. Faut-il pour autant cibler plutôt l'un que l'autre et surtout mettre notre linge sale sur la place publique ? Non, ça me rappelle l'épisode de la démission de Vallini. Je ne suis pas convaincu par la méthode d'Aubry même si je partage le souci d'unité du parti. Paradoxalement Hollande plus habile a mieux préservé cette unité en acceptant l'expression de nos différences, notamment sur l'Europe. En face la droite conserve des souverainistes au sein de l'UMP. Nous avons depuis perdu Mélenchon qui m'horripilait souvent pourtant. Est ce un progrès ?

C'est parce qu'elle en fait une question de personnes, plus qu'une question d'idées que Martine se trompe à mon avis. Le droit de critiquer la ligne du parti doit rester possible dans certaines limites. Sans véritable analyse sur le fond, une forme d'impatience et d'irritation est désormais palpable chez notre première secrétaire. Notre parti est en permanence au bord de la crise de nerfs. On est franchement loin de la force tranquille. 


Le jeu est régulier ... vraiment ?

Pensée dominante : le marché est le seul système possible au monde pour créer des richesses et des emplois. J'en doute de plus en plus. Ou alors il faut ajouter : au prix d'inégalités invraisemblables et du détournement de la richesse produite.

Le monde de la finance et plus particulièrement celui de la bourse est-t-il le temple nécessaire au financement des investissements des entreprises ou un simple casino destiné à plumer les petits épargnants ? La vérité est sans doute entre les deux.

"Le jeu est régulier". Cette antienne fait partie d'un livre de Paul Loup Sulitzer, issu de sa trilogie "Money - Cash - Fortune". Le jeune trader Franz Cimballi veut fonder un nouveau casino à Atlantic City, dénommé l'éléphant Blanc. Il veut que le" jeu soit régulier" pour éviter de tomber entre les mains des mafias. Peu importe l'intrigue, voilà l'image que le capitalisme veut véhiculer. Le puritanisme anglo-saxon n'admet pas - en théorie - que l'on ne respecte pas les règles du jeu. La sanction est sévère et implacable : Bernard Madoff a pris 150 ans de prison pour cette raison.

Et pourtant, ou est la frontière entre business régulier et escroquerie en col blanc ? Une affaire de "vol de code informatique" révèle l'étendue du problème. En effet une des plus grandes banques de la planète Goldman Sachs vient de porter plainte contre un de ses ex-employés. Sur le blog de Paul Jorion, on apprend "à propos de l’arrestation de Sergey Aleynikov, le voleur de programme de trading, que « La banque (Goldman Sachs) a mentionné la possibilité qu’il existe un danger que quelqu’un qui sache utiliser ce programme puisse l’utiliser pour manipuler les marchés de manière malhonnête », suggérant que son emploi habituel consiste à manipuler les marchés honnêtement."

On découvre ainsi que les banques - ou plutôt leurs plus hauts dirigeants - ont un grand degré d'expertise pour être les "premiers" sur les marchés. Car c'est la clé. Si on connait le résultat du tiercé avant la fin des paris, facile de jouer (c'est d'ailleurs le thème du film l'Arnaque). Amusant d'ailleurs de constater que la cloche est l'instrument qui sert aussi bien au lancement des courses qu'au début d'une séance à Wall Street. Les logiciels présumés volés auraient cette particularité qu'ils permettraient - parce que les systèmes sont automatisés et interconnectés - de connaître à l'avance les coups des adversaires, à savoir les mouvements d'achat ou de vente que certains signaux vont déclencher. Tout celà dans une optique de très court terme, parfois simplement quelques secondes ou quelques minutes. Goldman Sachs tirerait 2 milliards de dollars de profits ainsi.

Est ce légal ? Est ce normal ? Pour certains celà relèverait du pur business. Après tout, libre à chacun d'imaginer et de concevoir de tels programmes. Oui mais alors pourquoi ce qui serait "régulier" pour une banque de taille mondiale, deviendrait "irrégulier" entre les mains d'une petite firme ? Paul Jorion a raison de s'interroger. Ceux qui franchissent la ligne de départ trop tôt sont disqualifiés. Idem pour ceux qui sont dopés.

Il est à peu près certain que le grand public ne retiendra rien de cette histoire de manipulation des marchés financiers, estimant que si les requins se mangent entre eux, c'est leur problème. Ce qu'il oublie, c'est que ces mouvements financiers ne correspondent en rien à l'économie réelle. Si la crise économique crée du chômage, c'est directement la conséquence des désordres financiers. Cet argent qui va à la spéculation et au profit de court terme, manque à l'investissement de long terme.

Si on ne sanctionne pas les tricheurs et les truqueurs, le jeu n'est pas régulier. On comprend que les spécialistes de l'arnaque financière légale demandent que le jeu continue comme avant.  Ces gens là demandent le retour à des rémunérations extravagantes, des bonus, des golden hello, des stocks options comme des drogués du jeu et de l'argent. Si leurs petits jeux ne touchaient pas la vie de tous les citoyens, on pourrait comprendre leurs actionnaires. Mais ils mettent en péril la communauté, pire ils lui demandent de payer leurs erreurs ou leurs tricheries. Ils imposent l'inflation de la dette publique, source de la prochaine crise. Que se passera t-il quand les Etats ne pourront plus la payer ?

Il est plus qu'urgent d'installer une gouvernance globale des Etats face à une finance globale et mondialisée. Plus facile à dire qu'à faire, ce qui fait que je suis pessimiste. Mais faute de quoi nous continuerons d'assister à des crises de plus en plus violentes. Je pense comme Jacques Attali que la crise en cours n'est rien à côté de ce qui nous attend.