Un constat partagé : la crise économique actuelle est l'une des pires que nous rencontrons depuis les années 30. La baisse de la production mondiale et la montée du chômage sont exceptionnelles en un si court laps de temps. La mondialisation de la finance et la dérégulation nées de la révolution néo-conservatrice de Thatcher et Reagan ont conduit à l'explosion d'une énorme bulle spéculative. L'onde de choc s'est étendue au monde réel, frappant producteurs et consommateurs, industriels et salariés, pays riches et pays en développement.
Alors pourquoi dans un tel contexte, les idées de la social-démocratie qui fondent le modèle continental européen ne percent pas plus dans les urnes au détriment des néo-libéraux ?
Plusieurs pistes :
- La gauche n'est pas crédible quand elle exprime des solutions de redistribution pure alors que l'argent public manque et que la dette atteint des sommets. Aux yeux de tous, l'Etat-providence ("l'Etat-civilisation" disait Rocard) a touché ses limites. On lui demande maintenant de faire mieux avec moins. Il y a de moins en moins de grain à moudre dans l'esprit des citoyens ce qui fait reculer l'idée même de solidarité.
- La proposition socialiste d'économie sociale de marché ne rassure pas le commun des mortels. Un seul exemple : le concept de flexsécurité séduisant pour les cadres et techniciens des grands groupes habitués à "bouger", se heurte - comme les 35 heures - à la réalité vécue par beaucoup d'ouvriers et d'employés. Au nord de l'Europe, si le dialogue social l'emporte, au sud, c'est la crainte de plus de précarité et de ruptures dans les parcours professionnels sans contreparties réelles.
- En n'osant pas revisiter temporairement, des concepts tabous comme protectionnisme et nationalisations, la gauche s'enferme dans des combats perdants autour de logiques de renoncement. Une partie de la gauche considère comme la droite traditionnelle que la lutte contre la mondialisation est perdue d'avance. Le "volontarisme politique" n'est plus bien porté dans une gauche de gouvernement. Une autre partie de la gauche s'enferme dans un registre revendicatif dur à la mode syndicale en se lavant les mains du pouvoir. Pourtant comme disait Mendes France, "gouverner c'est choisir".
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Pour un temps, délaissant les thèses monétaristes, la droite pioche sans vergogne dans la théorie keynésienne de relance. Même si l'intervention reste contrainte, la droite européenne brouille les cartes en adoptant un pragmatisme proche du reniement idéologique. Sur le plan économique, le social-libéralisme devient la pensée dominante, temporairement. Blair et Clinton en leur temps ont pratiqué en leur temps ce que les "spin doctors" ont théorisé sous le nom de triangulation : prendre dans le camp opposé des références ou des marqueurs idéologiques.
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Un réflexe légitimiste : en Europe la droite est aujourd'hui majoritairement au pouvoir pendant la guerre économique. Dans un bateau qui tangue dangereusement, l'électeur-passager se regroupe derrière l'élu-capitaine au moins le temps de traverser l'orage.
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L'électeur qui se déplace le plus aux urnes est un électeur âgé, conservateur, doté d'un petit capital, et réfractaire à l'impôt. Toutes les propositions qui tendent à rétablir les finances publiques et à protéger les propriétaires ou aspirants propriétaires sont plébiscitées. La sociologie du vote explique une part du résultat.
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La culture de la division à gauche : que de partis et de sensibilités incapables de se fédérer quand un enjeu de gouvernement se forme. Les raisons principales : l'absence de leadership et l'intransigeance idéologique surtout perceptible au sud de l'Europe.
Toutes ces raisons cumulées concourrent au maintien au pouvoir de partis politiques conservateurs ou socio-libéraux. Alors point de salut ? Pas vraiment. Pour demain le salut de la gauche pourrait venir de l'exemple américain.
Aux Etats-Unis, un homme politique hors du commun a su conjuguer volontarisme ("yes we can") et pragmatisme idéologique alternant interventionnisme massif et foi dans l'économie de marché. Le président Obama n'hésite pas à défendre les intérêts de son pays et des américains tout en luttant contre les égoïsmes à l'intérieur et l'image impérialiste des Etats-Unis à l'extérieur. Résultat : les américains sortiront sans doute les premiers de la crise économique que leur propre système a généré et leur réputation internationale se sera redressée.
Ce qui manque à la gauche pour gagner ? Peut-être un Obama européen de gauche capable d'incarner le camp du progrès et surtout un discours plus offensif, plus fort en contenu. Certes la présidence de l'Union Européenne ou de la commission n'a pas le même pouvoir. La victoire n'est d'autant pas acquise que le culte de l'homme providentiel est étranger à la gauche. Mais à droite, qu'on ne se rassure pas pour autant : on ne dispose pas non plus d'une personnalité ayant le charisme du président américain. Pour l'heure la droite européenne prospère surtout sur les contradictions de son adversaire, à commencer par savoir adapter son discours aux nécessités du temps présent tout en redonnant de la force au rêve européen.
