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juin 2009

Fête de la rose

A Poissy aujourd'hui a lieu la fête de la rose organisée par la fédération des Yvelines du PS. Je vais y aller pour retrouver des amis et des camarades. L'ambiance est morose, trop morose en raison des dernières européennes et de la crise économique qui touche tant de gens. On dit que le PS est KO. On dit aussi que le mouvement social est KO. Les principaux contre-pouvoirs seraient trop affaiblis pour combattre.

Je suis frappé de ce sentiment mêlé de stupeur, de colère et de désarroi qui touche globalement la société dans cette période, mais surtout à gauche. Beaucoup se réfugient dans le cocon familial ou le travail. 40% des électeurs de Ségolène Royal n'ont pas voté PS. Beaucoup ne s'intéressent plus à la politique. L'action collective se délite.

Positiver, il faut po-si-ti-ver ! Voilà ce qu'il faut faire quand on n'a décidément pas envie de se laisser couler.

C'est la fête aujourd'hui, buvons un verre, amusons nous, ... On a besoin de récupérer nos forces. Et de se retrouver à gauche. 

En cette période de pré-vacances, j'en profite pour vous dire merci à tous pour vos échanges sur le blog : Catherine, Claude, Pablo, Quidam, Josiane, Richard et aussi Serviteur ; ceux que j'oublie me pardonneront.  Je laisse la maison ouverte pour les amis.

PS : La fête de la rose à Poissy c'est là  : http://www.ps78.net/article-32806450.html


Le PS se baillonne à Versailles

Le 22 juin, à Versailles Nicolas Sarkozy va parader devant la représentation nationale pour annoncer les objectifs et les réformes de la seconde partie de son quinquennat. On peut être agacé par l'homme et son goût pour l'autopromotion, mais ne faut-il pas dépasser l'aversion personnelle au profit d'une expression politique ?

Après avoir tergiversé, le PS vient de décider d'y aller mais de se taire, de ne pas participer au débat sans vote qui va suivre. Il s'agit certes d'un congrès spectacle issu de la dernière révision de la constitution, mais ou est la logique si on y va, de ne rien dire ? Je suis sidéré.

L'occasion est trop belle pour la majorité de ricaner en disant que le PS n'a rien à dire aux français, ne veut pas faire de contre-propositions mais se bat pour empêcher la présidentialisation du régime, enjeu éloigné des difficultés quotidiennes des français. Et pourtant, combien de nos parlementaires qui vont assister au discours de Sarkozy, n'auront qu'une envie : répliquer vertement et mettre en évidence ses contradictions et ses erreurs ? Mais non ils se seront eux mêmes baillonnés. A leur place, je me mordrais les lèvres de frustration. Laisser la parole et la place d'opposant à Bayrou, quelle belle idée !

La position des sénateurs socialistes est plus nuancée car ils souhaitent eux, participer aux débats. L'opposition verts et communistes va de son côté boycotter totalement le congrès. Encore la cacophonie !

Pourquoi se priver d'une tribune ? J'avoue que je ne saisis pas.  Personnellement ce n'est pas grave si je ne comprends pas, mais je me demande ce que vont penser les français d'une telle attitude de "protestation". Opposition stérile, puérile, incompréhensible, je vois déjà les qualificatifs. A quoi se plaindre d'être inaudible si quand on peut le faire, on ne dit rien. Désespérant. Le parti est désespérant.


Primaires ou pas primaires ?

Depuis quelques jours, le débat au sein du Parti socialiste tourne autour d'un sujet central : les primaires élargies aux non militants pour désigner notre futur candidat en 2012.

Certains comme Pierre Moscovici lancent même un site dédié à l'affaire : http://primairesouvertes.fr/ . D'autres comme Manuel Valls se déclarent d'ores et déjà candidats à la candidature. Les dirigeants plus classiques comme François Hollande se "préparent" à l'échéance. Les personnalités les plus médiatiques ont des points de vue partagés (Royal est pour - Delanoë, Aubry sont plus sceptiques). 

Le trop plein de leaders est manifeste. L'absence de leadership empoisonne notre vie interne, suscite des empoignades et des ralliements parfois factices, ne permet pas l'émergence d'un projet. Toute la vie du parti est polluée par ces conflits de personnes qui brouillent notre ligne politique dans l'opinion.

Le summum a été atteint au congrès de Reims où une opposition de circonstance a consisté à rallier des strauss-kahniens, des fabiusiens et des hamonistes avec l'assentiment de pro-Delanoë déçus pour que Martine Aubry l'emporte, ou comme ses partisans le disent pour que Royal perde.

Alors primaires ouvertes ou pas ? La réponse est plutôt positive selon moi. Si on veut créer un engouement autour d'une candidature incarnant la nouveauté, c'est la solution. On comprend que les personnalités les moins charismatiques et populaires hésitent à se soumettre à l'exercice mais c'est nécessaire dans un parti qui n'a pas sû ou pu de lui même faire émerger un leader. C'est moins l'exercice démocratique qu'il faudra saluer que la solution à un problème lancinant. Mais ce ne sera pas suffisant.

Ensuite il faudra exprimer comme l'a dit François Hollande, trois ou quatre propositions fortes - pas plus - de façon à identifier l'offre du candidat de la gauche réformiste, de façon simple et concrète. Pas la peine de refaire un catalogue de propositions touffu et illisible. On vient de subir une déroute avec le manifesto et ses 71 propositions, pas la peine de recommencer l'erreur.

Enfin il sera nécessaire de rassembler la gauche, sans forfanterie, sans arrogance. Certains parlent d'une maison des gauches ou d'un nouveau front populaire. Pourquoi pas, à condition de ne pas oublier les démocrates et les progressistes qui permettront à la gauche d'accroître ses chances de victoire. Il ne s'agit pas que nos partenaires renoncent à présenter un candidat mais qu'ils adhèrent à un contrat de gouvernement.

Face à l'entreprise de destruction de Nicolas Sarkozy et à sa force de frappe, il est plus que temps de cesser nos divisions. Si la gauche part désunie à la bataille, elle sera battue. Pour gagner enfin, plions nous à la logique présidentielle de la Vème république. Nous changerons la maison une fois que nous en aurons pris les clés.

J'ai néanmoins un cauchemar qui me taraude. Le pire scénario serait un vote aux primaires à la mode du congrès de Reims proche d'un 50/50 qui laisserait ouverte la question de la légitimité et attiserait les divisions. En ce cas, les primaires ne résoudraient rien et contribueraient à nous feraient perdre l'élection de 2012. Heureusement le pire n'est pas toujours sûr.

Alors malgré ces réserves, je dis oui à une solution de raison, oui aux primaires ouvertes pour remettre le PS sur les rails.


Colère

Je suis en colère. Une colère froide. Immense. Qui me prend aux tripes.

Nous avons échoué hier comme rarement le parti socialiste a échoué. Je ne supporte plus ces défaites à répétition. En moins de deux ans, trois défaites nationales (dont une majeure la présidentielle pour la troisième fois) pour une victoire locale.

40% de militants en moins et surtout 40% d'électeurs en moins ...  Chapeau.

Je ne veux plus de ces chefaillons qui se croient un destin national alors qu'aucun n'arrive à la cheville de Mitterrand ou de Rocard, les derniers hommes d'Etat socialistes français. Je me suis bouché les oreilles en vain.

Je ne veux plus de ces querelles byzantines qui tuent le Parti socialiste, qui lui font regarder son propre nombril, qui lui enlèvent toute once de respect y compris à mes propres yeux. J'ai fermé les yeux en vain.

Je ne veux plus de ces tracts qu'on croirait sortis des années de plomb avec une rhétorique simpliste, surannée et manichéenne. J'en ai trop distribué, trop boité, trop fourgué en sachant que je ne pourrais rien dire d'intelligent aux gens qui les recevaient ... Je me suis retenu de hurler en vain.

Non et non, j'en ai marre d'être le bon petit soldat qui accepte les consignes sans rechigner.

Le Parti Socialiste doit réagir. J'ai reçu une lettre de Martine Aubry comme tous les responsables fédéraux et les secrétaires de section. Elle reconnaît "la responsabilité du parti" dans cet échec cuisant. C'est bien le moins. Et après ? On continue ... Jusqu'à la prochaine raclée ?

Je veux qu'on arrête de jouer aux trois petits singes une bonne fois pour toutes. Il est temps de donner un coup de pied au fond de la piscine ! Non et non, nos idées ne veulent pas mourir ! Elles ne peuvent pas mourir comme ça partout en Europe, le même jour ou presque.

Le PS est en grand danger. Il peut disparaître. Je le sais. Je le sens.

3singes


Pourquoi la gauche européenne ne profite pas de la crise

Un constat partagé : la crise économique actuelle est l'une des pires que nous rencontrons depuis les années 30. La baisse de la production mondiale et la montée du chômage sont exceptionnelles en un si court laps de temps. La mondialisation de la finance et la dérégulation nées de la révolution néo-conservatrice de Thatcher et Reagan ont conduit à l'explosion d'une énorme bulle spéculative. L'onde de choc s'est étendue au monde réel,  frappant producteurs et consommateurs, industriels et salariés, pays riches et pays en développement.

Alors pourquoi dans un tel contexte, les idées de la social-démocratie qui fondent le modèle continental européen ne percent pas plus dans les urnes au détriment des néo-libéraux ?

Plusieurs pistes :

  • La gauche n'est pas crédible quand elle exprime des solutions de redistribution pure alors que l'argent public manque et que la dette atteint des sommets. Aux yeux de tous, l'Etat-providence ("l'Etat-civilisation" disait Rocard) a touché ses limites. On lui demande maintenant de faire mieux avec moins. Il y a de moins en moins de grain à moudre dans l'esprit des citoyens ce qui fait reculer l'idée même de solidarité.
  • La proposition socialiste d'économie sociale de marché ne rassure pas le commun des mortels. Un seul exemple : le concept de flexsécurité séduisant pour les cadres et techniciens des grands groupes habitués à "bouger", se heurte - comme les 35 heures - à la réalité vécue par beaucoup d'ouvriers et d'employés. Au nord de l'Europe, si le dialogue social l'emporte, au sud, c'est la crainte de plus de précarité et de ruptures dans les parcours professionnels sans contreparties réelles.
     
  • En n'osant pas revisiter temporairement, des concepts tabous comme protectionnisme et nationalisations, la gauche s'enferme dans des combats perdants autour de logiques de renoncement. Une partie de la gauche considère comme la droite traditionnelle que la lutte contre la mondialisation est perdue d'avance. Le "volontarisme politique" n'est plus bien porté dans une gauche de gouvernement. Une autre partie de la gauche s'enferme dans un registre revendicatif dur à la mode syndicale en se lavant les mains du pouvoir. Pourtant comme disait Mendes France, "gouverner c'est choisir".
  • Pour un temps, délaissant les thèses monétaristes, la droite pioche sans vergogne dans la théorie keynésienne de relance. Même si l'intervention reste contrainte, la droite européenne brouille les cartes en adoptant un pragmatisme proche du reniement idéologique. Sur le plan économique, le social-libéralisme devient la pensée dominante, temporairement. Blair et Clinton en leur temps ont pratiqué en leur temps ce que les "spin doctors" ont théorisé sous le nom de triangulation : prendre dans le camp opposé des références ou des marqueurs idéologiques.

  • Un réflexe légitimiste : en Europe la droite est aujourd'hui majoritairement au pouvoir pendant la guerre économique. Dans un bateau qui tangue dangereusement, l'électeur-passager se regroupe derrière l'élu-capitaine au moins le temps de traverser l'orage.

  • L'électeur qui se déplace le plus aux urnes est un électeur âgé, conservateur, doté d'un petit capital, et réfractaire à l'impôt. Toutes les propositions qui tendent à rétablir les finances publiques et à protéger les propriétaires ou aspirants propriétaires sont plébiscitées. La sociologie du vote explique une part du résultat.

  • La culture de la division à gauche : que de partis et de sensibilités incapables de se fédérer quand un enjeu de gouvernement se forme. Les raisons principales : l'absence de leadership et l'intransigeance idéologique surtout perceptible au sud de l'Europe.

Toutes ces raisons cumulées concourrent au maintien au pouvoir de partis politiques conservateurs ou socio-libéraux. Alors point de salut ? Pas vraiment. Pour demain le salut de la gauche pourrait venir de l'exemple américain. 

Aux Etats-Unis, un homme politique hors du commun a su conjuguer volontarisme ("yes we can") et pragmatisme idéologique alternant interventionnisme massif et foi dans l'économie de marché. Le président Obama n'hésite pas à défendre les intérêts de son pays et des américains tout en luttant contre les égoïsmes à l'intérieur et l'image impérialiste des Etats-Unis à l'extérieur. Résultat : les américains sortiront sans doute les premiers de la crise économique que leur propre système a généré et leur réputation internationale se sera redressée.

Ce qui manque à la gauche pour gagner ? Peut-être un Obama européen de gauche capable d'incarner le camp du progrès et surtout un discours plus offensif, plus fort en contenu. Certes la présidence de l'Union Européenne ou de la commission n'a pas le même pouvoir. La victoire n'est d'autant pas acquise que le culte de l'homme providentiel est étranger à la gauche. Mais à droite, qu'on ne se rassure pas pour autant : on ne dispose pas non plus d'une personnalité ayant le charisme du président américain.  Pour l'heure la droite européenne prospère surtout sur les contradictions de son adversaire, à commencer par savoir adapter son discours aux nécessités du temps présent tout en redonnant de la force au rêve européen.