Le buzz médiatique qui évoque les deux premières années de présidence de Nicolas Sarkozy tourne autour de la recherche d'une réforme phare distinctive. En effet si on réfléchit bien, on a du mal à faire ressortir une mesure de la multitude des réformes lancées sans vraie priorité assumée.
Comme tout est important selon Sarkozy, rien ne l'est finalement. Et certains comme Fabius de dénoncer l'absence de vision de l'avenir de la France que celà dénote sur le fond. Comparant Sarkozy avec ses prédécesseurs, l'ancien premier ministre avec son sens de la formule bien connu, avait reconnu au Général de Gaulle une vision de la France éternelle, à Pompidou une vision industrielle, à Giscard une vision moderniste, à Mitterrand une vision de justice sociale et d'avancée européenne, et à Chirac une vision républicaine. A tous en fait il avait reconnu la volonté de ne pas brusquer et diviser la France, quitte à paraître immobilistes sur la fin pour certains.
Sarkozy, agité par tempérament, ne peut rester en place et ne fonctionne que dans l'affrontement dans une logique de préservation de son pouvoir. Zappant sur tous les dossiers, il les bâcle et pêche par activisme. Un seul exemple, le nombre invraisemblable de lois sécuritaires (sept ou huit) qui se sont succédées pour réagir à tel ou tel fait divers et montrer que l'Etat peut s'il le veut. C'est d'ailleurs le slogan de l'UMP pour la campagne européenne : "l'Europe peut si elle veut".
Il est trop tôt pour parler de bilan mais il faut quand même noter que Sarkozy a usé sa période de grâce qui aurait dû lui permettre d'imposer une réforme phare sans coup férir. Nous entrons dans une période d'élections intermédiaires (européennes, et surtout régionales) peu propice. Finalement si c'était celà Sarkozy : un homme qui parle haut et fort mais qui agit peu ou mal. Un homme qui renvoie les responsabilités sur des boucs-émissaires ou sur la crise aujourd'hui, jamais sur lui même "je n'ai commis aucune erreur". Beaucoup pensent que Sarkozy n'a pas eu de chance, mais que la messe étant dite pour les deux ans à venir, il peut bénéficier dans l'opinion de la reprise en 2011, juste à temps.
Au delà de la vision il est difficile de trouver une pensée suivie chez Sarkozy, l'homme qui voulait copier le modèle anglo-saxon mais qui condamne le capitalisme prédateur. Malheureusement celà ne suffit pas à faire émerger une proposition claire et dominante à gauche. Nous ne pouvons nous contenter de l'échec conjoncturel de Sarkozy et de condamner ses postures, nous devons rassurer les français sur notre capacité à incarner un projet alternatif. La tâche est immense, et pour l'heure la page est blanche.
