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mai 2009

Les dents de l'amer

J'aime bien relire Jean Quatremer le journaliste de Libération qui sévit à Bruxelles. Il titrait un excellent article le 24/02/2008 : Sarkozy prend la croissance dans les dents. Il était prémonitoire et pourtant on n'avait pas tout vu !

Ce matin l'INSEE enfonce le clou. Avec les résultats de la croissance révisés à la baisse pour 2008 et négatifs pour le premier trimestre 2009 (-1,2%), on touche le fond et on touche du doigt la limite du volontarisme sarkozyste. Quand on connaît le slogan de l'UMP "quand l'Europe veut, l'Europe peut", on se dit que décidémment aucune leçon n'est tirée d'un échec économique total aussi bien dans l'anticipation que dans la décision. La droite expliquait doctement qu'il fallait augmenter le gateau avant de le distribuer et qu'elle seule avait la bonne recette : la recette libérale. On voit à quel point le gateau a augmenté ! 

Sarkozy en défenseur du modèle social français après avoir été l'apôtre de la rupture avec ce même modèle, n'est ce pas savoureux ? Sarkozy en procureur du capitalisme après avoir partagé les mêmes yachts et les mêmes palaces que les nantis ? Sarkozy en apôtre de la justice sociale après avoir érigé le bouclier fiscal ?

Trop c'est trop et pourtant le parti majoritaire, l'UMP (avec le NC) devrait selon les sondages être devant le PS le 7 juin prochain. Quel paradoxe ! A quoi pensent les électeurs ? Pourquoi le vote sanction ne prend-il pas dans l'opinion ? Le sentiment que tout nous dépasse, que la France n'est qu'une coquille de noix dans la mondialisation et que le capitaine n'y est pour rien ? Sans doute. Le sentiment qu'aucune alternative n'est possible ? Qu'un changement radical nous plongerait encore davantage dans l'inconnu ? Certainement, surtout chez les plus âgés, si proches du pouvoir en place. Un pays frileux et découragé, concentré sur ses avantages individuels et catégoriels, voilà l'image que nous renvoient les sondages.

Il est pourtant possible de faire autrement, de confier les rênes de l'économie à des gens compétents et soucieux de l'intérêt général. On n'ose plus (à tort) rappeler les chiffres et le bilan des années Jospin. Mais la création d'emplois et la réduction des déficits associées à une croissance modérée, c'étaient les années Jospin et DSK.

On comprend que la popularité de DSK soit forte et celle de Sarkozy au plus bas. Il y a de quoi être amer du résultat de 2007. Il faut espérer qu'en 2012, le vrai combat entre deux modèles de société se produira et que cette fois, la poudre aux yeux et les paillettes ne l'emporteront plus.


Sarkozy à la recherche de LA réforme

Le buzz médiatique qui évoque les deux premières années de présidence de Nicolas Sarkozy tourne autour de la recherche d'une réforme phare distinctive. En effet si on réfléchit bien, on a du mal à faire ressortir une mesure de la multitude des réformes lancées sans vraie priorité assumée.

Comme tout est important selon Sarkozy, rien ne l'est finalement. Et certains comme Fabius de dénoncer l'absence de vision de l'avenir de la France que celà dénote sur le fond. Comparant Sarkozy avec ses prédécesseurs, l'ancien premier ministre avec son sens de la formule bien connu, avait reconnu au Général de Gaulle une vision de la France éternelle, à Pompidou une vision industrielle, à Giscard une vision moderniste, à Mitterrand une vision de justice sociale et d'avancée européenne, et à Chirac une vision républicaine. A tous en fait il avait reconnu la volonté de ne pas brusquer et diviser la France, quitte à paraître immobilistes sur la fin pour certains.

Sarkozy, agité par tempérament, ne peut rester en place et ne fonctionne que dans l'affrontement dans une logique de préservation de son pouvoir. Zappant sur tous les dossiers, il les bâcle et pêche par activisme. Un seul exemple, le nombre invraisemblable de lois sécuritaires (sept ou huit) qui se sont succédées pour réagir à tel ou tel fait divers et montrer que l'Etat peut s'il le veut. C'est d'ailleurs le slogan de l'UMP pour la campagne européenne : "l'Europe peut si elle veut".

Il est trop tôt pour parler de bilan mais il faut quand même noter que Sarkozy a usé sa période de grâce qui aurait dû lui permettre d'imposer une réforme phare sans coup férir. Nous entrons dans une période d'élections intermédiaires (européennes, et surtout régionales) peu propice. Finalement si c'était celà Sarkozy : un homme qui parle haut et fort mais qui agit peu ou mal. Un homme qui renvoie les responsabilités sur des boucs-émissaires ou sur la crise aujourd'hui, jamais sur lui même "je n'ai commis aucune erreur". Beaucoup pensent que Sarkozy n'a pas eu de chance, mais que la messe étant dite pour les deux ans à venir, il peut bénéficier dans l'opinion de la reprise en 2011, juste à temps. 

Au delà de la vision il est difficile de trouver une pensée suivie chez Sarkozy, l'homme qui voulait copier le modèle anglo-saxon mais qui condamne le capitalisme prédateur. Malheureusement celà ne suffit pas à faire émerger une proposition claire et dominante à gauche. Nous ne pouvons nous contenter de l'échec conjoncturel de Sarkozy et de condamner ses postures, nous devons rassurer les français sur notre capacité à incarner un projet alternatif. La tâche est immense, et pour l'heure la page est blanche.