Enfin, les patrons sont sur la sellette. Depuis vingt ans, et la révolution néo-conservatrice, on avait tendance à tout accepter, tout laisser faire à une caste de soi-disant surdoués des affaires. La richesse de quelques uns devait entrainer celle de tous. Difficile de croire que l'aveuglement a persisté aussi longtemps mais la crise a tout balayé.
Trop c'est trop, les parachutes dorés, les golden hello, les stock-options, les salaires et les bonus faramineux, les comités de rémunérations complaisants, la cooptation entre copains et anciens élèves, les réseaux d'associés complices, ... Tout celà a fini en captation de la richesse par une minorité et l'explosion des inégalités. Le capitalisme atteint le paroxysme d'une crise majeure, avec cette indigestion de profits et de privilèges. La supercherie a éclaté. Des milliards perdus, des fortunes englouties, des chômeurs par millions qui paient l'inconséquence et l'incurie d'un système qui a produit de fausses richesses et une noblesse bourgeoise de pacotille. Des escrocs en costume cravatte.
Aujourd'hui devant la catastrophe économique et sociale, même la droite ne peut se voiler la face. La crise de cupidité et la perte de repères de certains patrons a atteint de telles proportions qu'il faut agir. Sinon la révolution guette tout le système. L'ordre social est en péril. Le citoyen pourrait envisager des solutions plus extrêmes encore que le simple changement de quelques lois.
Le partage des richesses est une question clé dans l'organisation d'une société. La tolérance à l'injustice et aux inégalités a touché ses limites. Il est temps que certains arrêtent de gagner des fortunes en faisant supporter aux autres tous les risques. Ce n'est d'aillleurs pas un grand sacrifice qu'on leur demande, et on ne leur coupera pas la tête. Mais qu'ils fassent attention à ne pas se faire désigner comme les agents nuisibles d'un système perverti. Faire des profits n'est pas illégitime quand c'est le résultat d'un vrai travail, d'une vraie prise de risques, d'une vraie production de richesses.
La refonte du système capitaliste passe par la mise en oeuvre de repères, de bornes, de guides. Les acteurs privés étant incapables d'auto-régulation, c'est à l'Etat qu'il revient de les édicter et ensuite de les adapter. Ces repères sont des symboles, des échelons à graver dans le marbre d'une société juste et solidaire.
Pourquoi ne pas dire par exemple que l'écart de salaires entre les plus petits et les plus grands ne doit pas dépasser un rapport de 1 à 20 ? Pourquoi ne pas dire que les rémunérations doivent supporter un impôt progressif et donc que tout bouclier fiscal est illégitime ? Pourquoi ne pas réserver les avantages de la propriété du capital à ceux qui prennent un vrai risque financier contrairement au mécanisme actuel des stock options ? Etc ...
Il est sans doute difficile de ne pas céder à la démagogie et au populisme dans le climat ambiant de chasse aux patrons voyous. Mais le pire serait de ne rien faire. D'attendre que la crise passe et que tout continue finalement comme avant, jusqu'à la prochaine crise. Il est temps d'agir et de réguler. Sans écouter les cris d'orfraie des conservateurs et des ultralibéraux. Sans se laisser influencer par les tenants d'un ancien monde de privilèges. On l'a fait en 1789 dans le bruit et la fureur. On peut le refaire en 2009 dans le calme et la rigueur. C'est urgent et nécessaire.
