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janvier 2009

Ego centrée

La lecture des bonnes feuilles du prochain livre sur Ségolène que publie le Nouvel Obs me laisse songeur.

Il y a bien sûr ces portraits acides sur la classe politique actuelle (Sarkozy, Aubry, ...)  et ancienne (Jospin, Lang). Ils sont pour le moins pittoresques et sans doute assez justes, mais le hic c'est qu'ils viennent de quelqu'un qui passe son temps à dire qu'elle ne fait pas de la politique comme les autres et notamment qu'elle ne critique personne. Eh bien, là on est servi. Elle qui disait avoir inspiré Obama (mais on a appris ensuite que c'était de l'humour), n'a pas dû retenir tous les préceptes de la campagne du nouveau président US, notamment l'absence d'attaques personnelles.

Ségolène Royal est une femme blessée "qui en a marre". Elle se lâche donc et exprime son amertume d'avoir été bafouée par ses "camarades". Elle réclame une improbable victoire a posteriori au congrès de Reims, jouant une nouvelle fois sa carte de la victimisation. Ca m'agace au plus haut point.

On est loin du débat d'idées et certainement pas à la hauteur de ce qu'attendent les français de leurs responsables politiques. A-t-on jamais vu François Mitterrand ou le Général de Gaulle se plaindre qu'on leur a volé la victoire et débiner consciencieusement et publiquement les autres leaders politiques ?

C'est une autre façon de faire de la politique qui ne me convainc pas. Il faudra bien autre chose à Ségolène que surfer sur le thème de l'injustice faite à une femme pour faire un projet politique et entraîner un vote d'adhésion. Admettons que ce livre soit un cri de colère et passons dessus, mais alors passons vite. Car aujourd'hui c'est grève nationale quand même ! Quel culot de se mettre en avant un jour comme aujourd'hui. Cette stratégie permanente du coup de pub centré sur soi est exaspérante.


Il est urgent d'imaginer des solutions à la crise

J'étais à Alfortville dimanche dernier pour la réunion nationale Besoin de Gauche. Pierre Moscovici a réuni environ 300 personnes pour débattre des orientations du courant et avancer un programme de travail. J'ai été séduit par la démarche et en même temps il faut bien le dire je mesure l'ampleur de la tâche.

Pour être clair, j'ai apprécié la présence et les exposés de gens de talents comme Catherine Trautmann sur l'Europe, Thomas Chalumeau sur l'économie ou François Patriat sur les collectivités. Sans oublier une intervention marquante de Marisol Touraine sur la crise sociale.

Ce que je ressens après avoir écouté ces débats, c'est que nous sommes toujours dans l'excellence des diagnostics. Ah que nous sommes forts pour raconter l'histoire telle qu'elle s'est déroulée ! Et pour en décrire les circonvolutions étape par étape, avec la logique implacable que personne ne viendra contredire puisqu'on est dans le passé réel.

Mais qui a anticipé ces crises ? Qui a tiré la sonnette d'alarme sur ces systèmes financiers en temps utile ?  De qui peut-on dire, "il avait tout annoncé ?". Il faut exclure les cassandre professionnels, les Besancenot et autres extrêmistes qui contestent le système quelle que soit la phase qu'il traverse. Trop facile. Il faut exclure aussi les zélotes du pouvoir qui par opposé trouvent que par construction, l'action des gouvernants en place est toujours juste et appropriée. Il faut enfin exclure tous les partisans, nous y compris, qui par une vision trop manichéenne, n'ont pas le recul suffisant. 

Alors qui reste-t-il ? Les experts de tous bords. Et ceux là aussi ont failli. A part je crois Jacques Attali qui navigue en eaux transversales, et peut-être Patrick Artuis qui avait écrit "le capitalisme est en train de s'auto-détruire", aucun intellectuel français, économiste ou sociologue, n'avait réellement décrit en termes précis ce qui s'est passé et envisagé des solutions. L'exercice de la prévision étant difficile, je ne jette la pierre à personne.

Mais pour en revenir à Besoin de Gauche, je me dis que là aussi, nous péchons comme tout le monde dans la construction des solutions. La voix de Pierre Moscovici et celle de nos experts ne portent pas assez dans le débat national et surtout européen. Un DSK au FMI intervient plus audiblement de par sa fonction que les opposants français. Ceci devrait nous interpeller sur notre rapport au pouvoir. Nous sommes un parti de gouvernement et sans le pouvoir, nous ne ferons rien. Pire nous réfléchirons mal.

Quand je lis le Manifeste (Téléchargement Manifesto_Francais[1]) pour les prochaines européennes, je vois bien le décalage entre ce que les socialistes européens - plus souvent que nous au pouvoir- avancent et ce que nous français pouvons dire et écrire. Il reste comme un parfum d'inachevé dans cet exercice entamé à Alfortville. Une réflexion commune et la production à venir des conventions thématiques ne m'en paraissent que plus urgentes.


2009 année du retour de la gauche

L'élection de Nicolas Sarkozy a consacré selon beaucoup de commentateurs une victoire idéologique de la droite en 2007. Comme l'ont étées en Europe celles des partis conservateurs ou libéraux, qui dirigent maintenant une large majorité de pays sur les 27 que compte l'Union.

La fin de 2008 et plus certainement l'année 2009 marquent la fin de ce cycle. L'élection d'Obama aux Etats-Unis en est le premier symbole - et quel symbole ! - éclatant. En fait la crise constitue l'évènement majeur et le catalyseur de ce retournement. J'écris LA crise, mais on sait qu'il y a DES crises dans toute la société touchant de nombreuses dimensions : économique, financière, alimentaire, énergétique, climatique ...  la dernière en date n'étant pas la moins douloureuse à savoir la crise sociale. En effet, c'est par le chômage, les faillites individuelles et les expulsions que se paye la facture des années "fric" de la révolution néo-conservatrice aux Etats-Unis.

C'est en fait la fin d'un triple mythe d'une société mitée !

Le mythe de la richesse créée par les riches et partagée par le plus grand nombre est en train de s'écrouler sous nos yeux. Cette richesse était souvent factice, concentrée et surtout insoutenable à long terme.  On a assisté en réalité à une distorsion incroyable dans le partage capital-travail qui a on le sait détourné 10 points de richesse de PIB du second vers le premier.

Un second mythe a vécu, c'est celui de la mondialisation heureuse. Celui du libre-échange sans contraintes et sans règles, permettant à des pays capitalistes d'Etat comme la Chine d'exploiter leur propre peuple sans aucune rétorsion des pays dits démocratiques. Ce mythe était aussi celui de la possibilité qu'un équilibre naturel se forme par le cercle vertueux de la croissance. La démocratie et la paix devaient venir dans les wagons de la prospérité du modèle occidental. On a vu le résultat en Irak et en Russie.

Un troisième et dernier mythe est passé de vie à trépas : celui de la dérégulation comme mode de fonctionnement ultime de nos sociétés. Sociétés mitées par cette ode à l'individualisme, à l'égoïsme dans une logique de compétition et de division, accordant à quelques uns les plaisirs sans entraves de la société de consommation. Celà a fini dans le scandale financier, le délire des rémunérations et l'incurie manifeste de certaines institutions. Le laisser faire a montré ô combien ses limites.

La gauche retrouve donc des couleurs et des valeurs. L'Etat est de nouveau accepté comme régulateur mais il doit l'être aussi comme acteur, les corps intermédiaires sont à nouveau légitimes pour exprimer l'attente sociale, le besoin de solidarité reprend de la force dans notre vie en commun. Il manque encore le débouché politique à ce regain de forme idéologique. Une voix nouvelle doit se faire entendre pour porter ces messages à gauche. Il y faut de l'intensité, de la conviction, de l'énergie, car sinon les camelots de droite vont s'emparer encore une fois de nos thèmes et de nos icônes pour occuper notre espace !

2009 doit être le retour des valeurs sociales et solidaires que la gauche incarne le mieux aux yeux de tous. Ce temps de crise est la preuve de l'échec patent des modèles conservateurs, donc une alternative crédible doit se mettre en place. Une force de proposition et d'opposition progressiste est plus nécessaire que jamais en France comme partout ailleurs. Ne nous laissons pas dépasser par les imposteurs qui ont trompé la France. Cette fois, il faudra privilégier une gauche sans complexes et culottée qui n'ira pas au combat à reculons et en s'excusant de ne pas être "moderne". Marquons notre différence, nous avons défendu notre camp et fait le dos rond, maintenant il est temps de contre-attaquer ! Oui en 2009 la gauche est de retour !

Nota : je souhaite naturellement une bonne année à tous les visiteurs de ce blog, habitués ou de passage !