J'étais à Alfortville dimanche dernier pour la réunion nationale Besoin de Gauche. Pierre Moscovici a réuni environ 300 personnes pour débattre des orientations du courant et avancer un programme de travail. J'ai été séduit par la démarche et en même temps il faut bien le dire je mesure l'ampleur de la tâche.
Pour être clair, j'ai apprécié la présence et les exposés de gens de talents comme Catherine Trautmann sur l'Europe, Thomas Chalumeau sur l'économie ou François Patriat sur les collectivités. Sans oublier une intervention marquante de Marisol Touraine sur la crise sociale.
Ce que je ressens après avoir écouté ces débats, c'est que nous sommes toujours dans l'excellence des diagnostics. Ah que nous sommes forts pour raconter l'histoire telle qu'elle s'est déroulée ! Et pour en décrire les circonvolutions étape par étape, avec la logique implacable que personne ne viendra contredire puisqu'on est dans le passé réel.
Mais qui a anticipé ces crises ? Qui a tiré la sonnette d'alarme sur ces systèmes financiers en temps utile ? De qui peut-on dire, "il avait tout annoncé ?". Il faut exclure les cassandre professionnels, les Besancenot et autres extrêmistes qui contestent le système quelle que soit la phase qu'il traverse. Trop facile. Il faut exclure aussi les zélotes du pouvoir qui par opposé trouvent que par construction, l'action des gouvernants en place est toujours juste et appropriée. Il faut enfin exclure tous les partisans, nous y compris, qui par une vision trop manichéenne, n'ont pas le recul suffisant.
Alors qui reste-t-il ? Les experts de tous bords. Et ceux là aussi ont failli. A part je crois Jacques Attali qui navigue en eaux transversales, et peut-être Patrick Artuis qui avait écrit "le capitalisme est en train de s'auto-détruire", aucun intellectuel français, économiste ou sociologue, n'avait réellement décrit en termes précis ce qui s'est passé et envisagé des solutions. L'exercice de la prévision étant difficile, je ne jette la pierre à personne.
Mais pour en revenir à Besoin de Gauche, je me dis que là aussi, nous péchons comme tout le monde dans la construction des solutions. La voix de Pierre Moscovici et celle de nos experts ne portent pas assez dans le débat national et surtout européen. Un DSK au FMI intervient plus audiblement de par sa fonction que les opposants français. Ceci devrait nous interpeller sur notre rapport au pouvoir. Nous sommes un parti de gouvernement et sans le pouvoir, nous ne ferons rien. Pire nous réfléchirons mal.
Quand je lis le Manifeste (Téléchargement Manifesto_Francais[1]) pour les prochaines européennes, je vois bien le décalage entre ce que les socialistes européens - plus souvent que nous au pouvoir- avancent et ce que nous français pouvons dire et écrire. Il reste comme un parfum d'inachevé dans cet exercice entamé à Alfortville. Une réflexion commune et la production à venir des conventions thématiques ne m'en paraissent que plus urgentes.
