Les faits marquants à deux jours de l'ouverture du congrès sont relativement simples : la motion E est arrivée en tête et Royal sort sa candidature du frigidaire. A côté de celà rien n'existe. Ségolène Royal a réussi à se mettre au centre du jeu et faire en sorte que ses thèmes de campagne monopolisent les débats. Quelle diablesse de femme politique avons nous là ! C'est stupéfiant.
Le résultat néanmoins c'est que l'incertitude est à son comble. Les adversaires semblent tétanisés dans l'attente du prochain coup de la présidente de Poitou-Charente. Ségolène est une dame de coups : coups médiatiques, coups d'échecs, coups de théâtres, ... On peut tous les citer : la dame est capable de tout et son contraire !
Un "coup" qui est peu commenté, c'est - si sa candidature se confirme - un coup double contre ses propres partisans :
- un coup contre les barons locaux (Guerini, Collomb) qui ne voulaient pas d'un présidentiable à toute force. Ils sont sur le point d'avaler une couleuvre monumentale, alors que leur appui a été décisif dans la première place de Madame Royal : 73% dans les Bouches du Rhône c'est irréel !
- un coup contre les aspirants à la fonction : les Dray, Rebsamen et surtout Peillon qui s'y voyait déjà. La dame va tuer dans l'oeuf l'émergence d'un talent susceptible de lui faire de l'ombre. Les médias ont tressé trop de lauriers récemment à l'endroit du brillant quadragénaire, scellant sans doute la décision royale.
Etonnamment, aucun de ces "perdants" ne manifeste de déception publique, ce qui montre l'autorité et le leadership de la dame dans son propre camp. Il est vrai que la victoire apportera sans doute quelques compensations.
Au delà de ces péripéties, la tentation du front anti-Royal est perceptible. C'est manifeste chez Benoit Hamon (qui m'a fait inviter demain à une réunion de blogueurs à l'AN à laquelle je ne pourrai pas me rendre). C'est palpable chez Aubry qui voudrait se faire désigner chef de la ligue anti-Royal par les autres motions. C'est diffus chez Delanoë dont certains partisans (Sapin, Désir) dressent des herses devant les propositions de rapprochement de l'équipe Royal.
En résumé, Ségolène Royal mène le jeu avec ses 4 ou 5 points d'avance. Elle a des cartes maîtresses entre ses mains, dont la première et sans doute la plus forte est la division de ses concurrents. Cette carte c'est celle dont elle a bénéficié le 6 novembre, Delanoë et Aubry s'ingéniant à se contrer et à ne pas alimenter le TSS, en oubliant de marquer les divergences. Seconde carte maîtresse : elle a un camp plus uni que celui des autres. Et enfin, manifestement elle est là : physiquement et politiquement là, alors qu'on ne sait qui va la défier dans le camp d'en face. Royal a démontré à ce stade un sens politique et une intuition de première force. Au risque de subir l'accusation de TSS, je ne vois personne lui résister si un front uni ne se forme pas désormais avec un argument majeur pour contrer le TSS : Ségolène Royal est Madame 29%.
