J'ai trouvé par hasard sur le site d'Alain Lambert - qui explique son retrait de sa candidature à la présidence du Sénat - une analyse intéressante des motions Delanoë, Aubry et Royal. Elle résume assez objectivement les différences et les convergences que tout militant peut observer.
Comme les vélléités de ce sénateur UMP m'intéressent finalement assez peu, je copie ci-après cette analyse publiée par le Bulletin Quotidien.
Congrès du PS : les motions déposées par Mmes Martine AUBRY, Ségolène ROYAL et
M. Bertrand DELANOË défendent des propositions très proches
Dans le cadre de la préparation du Congrès du PS, qui se tiendra à Reims à la mi-novembre, six
motions ont été enregistrées par le Conseil national du parti le 23 septembre dernier (cf. "BQ" du
24 septembre) et ont été distribuées aux militants, qui voteront le 6 novembre dans les sections
pour les départager. Issus de l'actuelle majorité du parti, M. Bertrand DELANOË, Mmes Martine
AUBRY et Ségolène ROYAL ont rendu public le texte de leurs motions respectives (motions A, D,
et E). Logiquement, la lecture de ces textes met en avant leurs convergences sur l'orientation
"réformiste" du PS, mais démontre aussi que leurs désaccords sur les alliances avec le centre et la
conception du parti ne sont pas si importants qu'on le supposait. Il nous a semblé opportun de les
présenter ici en parallèle. Nous reviendrons dans nos prochaines éditions sur les textes des trois
autres motions, présentées respectivement par M. Benoît HAMON, le "pôle écologiste" et le
courant Utopia.
D'une manière générale, les trois contributions (celle du maire de Lille intitulée "Changer à gauche
pour changer la France", celle de M. Bertrand DELANOE intitulée "Clarté, courage, créativité" et
celle de Mme Ségolène ROYAL, dont le premier signataire est le maire de Lyon Gérard COLLOMB,
intitulée "L'espoir à gauche, fier(e)s d'être socialistes) défendent des propositions assez voisines,
voire identiques. Elles prônent toutes un rôle accru de l'Etat pour lutter contre les
déréglementations et mettre fin à la "dérive spéculative" qui a abouti à la crise économique et
financière qui secoue aujourd'hui la planète. M. DELANOE propose par exemple la création d'un
"fonds d'Etat adossé à la Caisse des Dépôts, qui aurait vocation à soutenir les PME innovantes",
tandis que Mme ROYAL évoque la création d'une "banque publique autour de la Caisse des
Dépôts pour accompagner le développement des PME"… Les trois textes insistent beaucoup sur le
triptyque "formation-recherche-innovation" pour assurer une économie performante et sur la
nécessité de défendre un socialisme "réformiste" et pleinement "écologiste". Les propositions se
rejoignent aussi sur la fiscalité (fusion IR et CSG avec prélèvement à la source, modulation de
l'impôt sur les sociétés en fonction de la part des bénéfices réinvestis, etc.), le social (nouvelle
organisation de la durée du travail tout au long de la vie, création de la sécurité sociale
professionnelle, renforcement du syndicalisme, création d'un service public de la petite enfance…),
l'école (limitation du nombre d'élèves par classe dans les ZEP) ou les questions de société
(ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels). Convergences sur l'Europe
aussi : tous plaident pour "une Europe sociale". M. DELANOË est celui qui insiste le plus sur le
credo "profondément européen" du PS et la nécessité de se rapprocher des sociaux-démocrates
européens.
Les vraies pommes de discorde se situent donc à la fin des motions, lorsqu'il s'agit d'évoquer la
stratégie d'alliances du PS, et notamment le fait de savoir s'il faut s'allier ou non avec le MoDem de
M. François BAYROU. Divergences encore sur la nature du PS : Mme ROYAL plaide pour un parti
"de masse", tandis que Mme AUBRY et M. DELANOE veulent "un parti de militants" et non de
"supporters". L'élargissement aux sympathisants pour le choix du candidat PS à l'élection
présidentielle en 2012 est un autre clivage. Il nous a semblé intéressant d'y revenir plus
précisément, en confrontant les trois textes.
La vie du PS et la désignation du candidat
Sans surprise, les signataires de la motion E (COLLOMB-ROYAL) insistent sur la nécessité de
"développer la démocratie participative pour associer en permanence les militants et les
sympathisants" à la vie du parti et de "donner plus de poids aux intelligences territoriales",
notamment en décentralisant des responsabilités aux fédérations (et en leur donnant plus de
moyens). Il s'agit de "faire fonctionner le parti de façon ascendante, en nous appuyant sur les
responsables fédéraux et les élus locaux, qui auront toute latitude pour l'irriguer. Le PS, ce n'est pas
seulement la rue de Solférino, c'est d'abord et avant tout la multitude des compétences qui mettent
les décisions en acte", est-il rappelé. Les signataires de la motion de Mme ROYAL insistent aussi sur
la nécessité de multiplier de façon "massive" le nombre d'adhérents, notamment en "généralisant la
carte à 20 euros pour les premières adhésions". "Nul ne doit être empêché de s'exprimer tant
qu'un vote n'est pas intervenu, mais dès lors qu'il y a eu débat et vote, chacun se doit d'être
solidaire", est-il rappelé par ailleurs, dans une allusion aux déchirements de 2005 autour du traité
constitutionnel européen.
"Il y a urgence à mettre un terme aux dérives vers l'hyperpersonnalisation, vers une
"présidentialisation" rampante de nos modes de fonctionnement, vers la transformation des
courants d'idées (…) en clubs de supporters", estiment à l'inverse les signataires de la motion A
(DELANOE-HOLLANDE), selon lesquels "les initiatives d'extériorisation et de contournement des
lieux de débat et de décision communs, qui se sont dangereusement développés, notamment
pendant et après l'élection présidentielle, doivent prendre fin", visant clairement Mme ROYAL.
"L'urgence est de redynamiser un parti de militants", insiste le texte de la motion, qui revient aussi
sur la nécessité de "respecter les décisions prises". Ainsi, "lorsque les militants sont appelés à
s'exprimer, leur décision doit s'imposer, légitimement, à l'ensemble de notre famille", est-il
rappelé.
La motion de Mme AUBRY fustige elle aussi les dérives vers la "présidentialisation du parti" et
appelle à "retrouver le sens du collectif". "Nous refusons de croire au mythe de l'homme ou de la
femme providentielle", écrivent les auteurs. "Pour nous, la priorité n'est pas de désigner un
candidat ou une candidate à l'Elysée dès à présent…", ajoutent-ils, qui appellent les socialistes à
"penser par eux-mêmes, plutôt que par les sondages" et à "refuser la dérive "people" du débat
public". Elle justifie aussi son rapprochement avec les amis de M. Laurent FABIUS, se félicitant
d'une "fraternité retrouvée" et appelant à "ne pas refaire le match du référendum de 2005". "Tous
les socialistes sont des pro-européens convaincus. Nous sommes bien sûr tous des réformistes. (…)
Là aussi, rendons notre Congrès utile en évitant les faux débats", insiste le texte. Et de rappeler
comme les deux autres, que "lorsque nous avons adopté une ligne, nous devons parler d'une
même voix, dès lors que la position a été élaborée collectivement et précédée d'un véritable débat
mené jusqu'à son terme".
En ce qui concerne la désignation du candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2012, le texte
de la motion de Mme ROYAL indique qu'un "élargissement du collège électoral de désignation du
candidat sera mis en place en direction des sympathisants. L'organisation de ces primaires de
masse sera soumise à une procédure validée par les adhérents du PS".
"Une convention sera organisée pour fixer les modalités de désignation du candidat socialiste avec
l'objectif de créer une dynamique populaire à gauche et de ne pas dessaisir les militants socialistes
de leur choix", indique le texte de la motion A (DELANOE-HOLLANDE). "Des perspectives
nouvelles se dessinent pour que les forces de la gauche de gouvernement engagent dès maintenant
le travail d’élaboration d’un Contrat de majorité pour gagner en 2012 et pour gouverner ensemble.
Une structure permanente de travail et d’initiatives, associant étroitement les groupes
parlementaires, sera mise en place pour préparer des "Forums de l’Unité et du changement" dans
les départements qui déboucheront sur des Assises de la gauche et de l’écologie", est-il précisé.
Les partisans de Mme AUBRY prônent pour leur part "des primaires dignes de ce nom pour mettre
le PS en position de force face à la droite en 2012". "Aujourd'hui, ce sont les militants qui
décident. Dans le dialogue avec nos partenaires, nous travaillerons à ouvrir plus largement la
décision à ceux qui se reconnaissent dans le socialisme, afin de donner plus de force à notre
candidat. Les principes et modalités seront arrêtés par le Conseil national", est-il indiqué sans plus
de précision.
La stratégie d'alliances : pomme de discorde ou faux débat ?
Sur cette question cruciale, les trois motions se rejoignent pour dire que le rassemblement de la
gauche doit être privilégié avant d'envisager la moindre ouverture. Si Mme ROYAL va plus loin, en
lançant un appel à "tous les démocrates qui partagent des valeurs communes avec nous",
M. DELANOE estime que le rassemblement doit s'arrêter à ceux qui "refusent le clivage entre la
gauche et la droite" (sous-entendu le MoDem). Mais que celui-ci en vienne à faire "sans ambiguïté
le choix de la justice sociale et du progrès, et le dialogue sera possible", écrit-il. De même,
Mme AUBRY s'oppose clairement à toute alliance avec le centre, mais évoque les "démocrates"
avec qui le PS pourrait agir.
Jugeant "parfaitement légitime" que le Congrès du PS débatte de sa stratégie d'alliances, les
signataires de la motion COLLOMB-ROYAL mettent en avant plusieurs "principes" pour engager
cette discussion. Tout d'abord, ils se donnent pour "objectif ambitieux" de faire du PS un parti
dépassant les 30 % des suffrages exprimés lors des premiers tours des élections, rejoints en cela par
les deux autres motions (Mme AUBRY évoque un seuil de "30 à 35 %", M. DELANOE veut porter
l'assise électorale du PS "bien au-delà – et durablement – des 25 %" actuels). En ce qui concerne
les alliances, "nous gardons bien sûr la stratégie d'alliance née à Epinay", précisent les signataires
de la motion COLLOMB-ROYAL. Cette stratégie, rappellent-ils, "consiste d'abord à rassembler la
gauche, toute la gauche. C'est à partir de cette stratégie que nous ferons appel, lors des élections, à
ceux qui se reconnaîtront dans notre projet et dans ce rassemblement de la gauche ouvert à tous
ceux qui veulent offrir à la France des perspectives nouvelles. A partir de là, il est possible et
nécessaire de réunir, avec toutes les gauches rassemblées au soir du premier tour, tous les
démocrates qui partagent des valeurs communes avec nous", estiment-ils.
"Nous voulons exprimer avec clarté notre conviction sur cette question centrale qui touche à la
crédibilité de notre identité et à la sincérité de notre démarche politique", écrivent pour leur part
les signataires de la motion DELANOE-HOLLANDE. "Le Parti socialiste est désormais la seule force
politique à gauche qui puisse créer une dynamique de changement et opérer un rassemblement
majoritaire pour conquérir le pouvoir. Il n'est pas pour autant en situation d'hégémonie politique et
idéologique et il ne le revendique pas", ajoutent-ils. "L'essentiel est de concentrer nos efforts sur la
construction de nos propres forces pour aimanter des alliances autour de choix politiques et
idéologiques clairs", estiment-ils. "Les alliances sont indispensables". Mais "elles doivent être à
gauche avec tous ceux qui veulent participer à la construction de majorités nationales et locales
pour gouverner ensemble", ajoutent-ils, en proposant de créer des "formes permanentes de
coordination et d'actions communes" avec les partis de l'ancienne gauche plurielle (Verts,
communistes, radicaux de gauche et républicains). "Quant au centre, constatons lucidement qu’il
n’est pas à gauche…", ajoute le texte. "La question n'est pas ici de porter jugement sur les
circonstances électorales locales qui ont amené des camarades à conclure des accords municipaux
avec ce parti. Mais une circonstance ne fait pas une stratégie d'ensemble. (…) Les seules frontières
du rassemblement que nous voulons construire sont entre ceux qui veulent y participer et ceux qui
se réfugient dans la contestation ou dans le refus du clivage entre la gauche et la droite", insiste le
texte. "Croyons en nous-mêmes, en nos capacités, travaillons, rassemblons des forces et il reviendra
alors à celles et à ceux qui se définissent aujourd'hui comme centristes de choisir leur chemin.
Qu'ils s'opposent vraiment à la politique de la droite, qu'ils fassent sans ambiguïté le choix de la
justice sociale et du progrès et le dialogue sera possible", ajoute-t-il toutefois, laissant la porte
entr'ouverte.
"Nous voulons des alliances claires et nous réaffirmons notre attachement au rassemblement de la
gauche", écrivent quant à eux les signataires de la motion D (AUBRY). "Notre Congrès doit mettre
fin à la ligne politique en zigzag illustrée notamment, entre les deux tours de la dernière l'élection
présidentielle", dénoncent-ils, visant clairement Mme ROYAL et sa main tendue à M. François
BAYROU. "Avec nous, c'est clair : il n'y aura pas de retournement d'alliances au profit du centre",
assurent-ils. M. BAYROU "certes s'oppose à Nicolas SARKOZY, mais refuse d'adhérer au projet des
socialistes et de la gauche. A lui de sortir de l'ambiguïté. Or aujourd'hui, son projet est flou quand
il n'est pas contraire à ce à quoi nous croyons", dénoncent-ils, prenant pour exemple son combat
contre les 35 heures. "Pour nous, c'est clair, le rassemblement de la gauche est prioritaire. Il
n'exclut pas que le PS agisse avec d'autres démocrates", ajoutent-ils toutefois, en mettant en avant
"les millions de femmes et d'hommes qui refusent la politique de N. SARKOZY et attendent un
projet différent pour la France et pour l'Europe". "A nous de les convaincre que c'est par le vote
socialiste que le changement est possible", concluent-ils.
