La crise financière atteint un paroxysme. A la clôture ce soir la bourse de Paris aura perdu près d'un quart de sa valeur en une semaine ! Environ 160 milliards d'euros partis en fumée.
Quand on se souvient des comptes d'apothicaire, du lobbying des bénéficiaires du bouclier fiscal, des grimaces de la droite qui avaient conduit au financement du RSA pour environ 1,5 milliard d'euros, on est saisi de vertige.
J'ai déjà assisté au même phénomène lors de la bulle internet en 2000, mais le panurgisme qui mène à l'emballement suivi de la déroute boursière m'étonne encore et toujours. La cupidité et la peur sont les moteurs de ces mouvements qui défient toute rationalité. On n'a jamais raison tout seul dans ces circonstances, il est inutile de croire qu'on peut renverser une tendance même si la raison vous hurle que vous faites une bétise en participant à l'euphorie ou à la panique générales.
Le plus simple est de ne rien faire. C'est ce que je fais, j'observe à peu près tétanisé l'évolution de cette crise. Il apparaît que le monde change sous nos yeux en profondeur. Saurons nous prendre la mesure de ce qui est en train de se produire ou allons nous simplement faire le dos rond jusqu'à la prochaine crise encore plus violente ?
Nous sommes en fin d'un cycle, que je situe pour ma part au début des années 1980, les années Mitterrand certes mais surtout les années Reagan au Etats-Unis où la déréglementation a commencé son oeuvre. Les produits et concepts financiers toxiques (CDS, subprimes, titrisation) qui tuent les banques aujourd'hui sont nés de cette idéologie néo-libérale qui a conduit à empêcher tout contrôle digne de ce nom. Le règne du court-termisme, l'apologie de l'argent roi, la domination du financier sur l'industriel. Quand j'entends à la radio Jacques Delpla, l'économiste du CAE parler de "socialisme financier" pour expliquer les racines cette crise, en disant que l'Etat est trop intervenu aux Etats-Unis, je me dis qu'il y a des claques qui se perdent et des ultra-libéraux indécrottables.
Un mot devrait émerger de ces décombres, la solidarité. Mais ce n'est qu'un voeu pieux. A l'heure où j'écris ces lignes, on a malheureusement l'impression d'un sauve-qui-peut général, d'un chacun pour soi. Chaque pays, chaque banque, chaque investisseur tente de s'en sortir en poussant les autres comme sur le Titanic ce qui ne présage rien de bon au final. Pour l'instant sauf quelques rares exceptions, on a décidé de perdre ensemble ... .
