Je suis un joueur d'échecs à un modeste niveau amateur. C'est un jeu que j'aime beaucoup tant il combine une dimension humaine (la compétition) et une dimension esthétique (la combinaison) qui en font le charme.
Dans le jeu il y a certes le plaisir de gagner, de dominer l'adversaire, de lui être supérieur. Ce n'est pas le principal attrait pour moi de ce jeu tant il est fréquent de perdre à son tour, de se voir dominé, de se sentir inférieur. Le besoin mâle de domination n'est pas assouvi de la meilleure façon qui soit chez le joueur moyen. Le goût de la compétition n'est pas une fin en soi.
Non le plaisir essentiel est dans la combinaison réussie. Dans la touche personnelle, l'art du jeu que l'on déploie pour marquer de son empreinte une partie. C'est comme une façon d'exister par soi même, d'affirmer son identité et de l'assumer. Le style de jeu peut correspondre intimement à la personnalité du joueur, à ses fractures et à ses failles, à ses fulgurances et à ses saillies. J'aime essayer de deviner l'Autre quand j'observe la partie de mon adversaire ou celle d'autres joueurs.
Les ordinateurs sont aujourd'hui plus forts que 99% des humains. Ce n'est pas avec eux que j'aime à me confronter. Déjà parce que je perds à tout coup. Ensuite parce que le goût de la combinaison, de la feinte, voir du bluff (en blitz, c'est à dire en parties rapides) n'est jamais satisfait avec un logiciel. Un robot ne vous applaudit pas. Il n'admire pas la combinaison. Il analyse froidement et sans passion.
La politique comme les échecs est un jeu à pratiquer idéalement entre humains. C'est une faiblesse que de croire qu'on pourrait remuer les foules avec un logiciel aussi parfait soit-il.
