Cette semaine est historique sur le plan de la finance mondiale.
Au niveau planétaire, les bourses ont connu une période de panique suivie d'euphorie comme on n'en a pas connue depuis fort longtemps. Les valeurs financières dont certaines avaient chuté de 50, 60 ou même 80% ont rebondi fortement. Les autorités américaines ont nationalisé des banques, des assurances, créé un fond gigantesque de 700 milliards de dollars pour héberger les créances douteuses, à l'image de ce que l'état français avait fait pour sauver le Crédit Lyonnais.
Tout celà sous la houlette d'un gouvernement décrié - l'administration Bush - dans le pays symbole du libéralisme dominé par le dogme de la libre entreprise.
Tout celà s'est déroulé sans que les institutions mondiales aient coordonné leur action afin de dénouer la crise. Qui a entendu dire que la Banque mondiale, les banques centrales, la BCE, la Fed, le FMI aient été les acteurs de la solution ? L'Union européenne n'a pas manifesté son existence sur le sujet. Notre hyperprésident n'a pas dit un mot.
J'aurais aimé qu'en cette période extraordinaire pour les marchés financiers, DSK au FMI ait eu les moyens de proposer et mettre en avant la solution qui a été retenue. Les ressources du FMI (environ 350 milliards de dollars) sont incontestablement insuffisantes et d'ailleurs pas destinées à cet objectif. Mais j'aurais aimé lire une tribune, un appel, une intervention de DSK qui aurait imaginé les bases du plan de sauvetage des banques américaines.
Non c'est l'Etat fédéral américain qui a agi. Vite et brutalement. Pourquoi ?
1. Les USA sont la cause du problème, ils règlent le problème, c'est normal. 2. Les masses en jeu ne peuvent être mobilisées que par un pays comme les Etats-Unis. Jamais le pragmatisme américain n'aura pris autant le pas sur l'idéologie libérale non interventionniste car et enfin - c'est la raison principale - 3. Il s'agit de la survie du système financier, rien de moins.
C'est donc l'ancien patron de Goldman Sachs, Henry Paulson, actuel ministre des finances de Bush, qui en aura été l'artisan et donc aux yeux du monde, apparaît comme le sauveur du capitalisme financier.
Dans cet épilogue provisoire il y a un gros bémol. "Socialiser les pertes, privatiser les profits", telle est l'image que véhicule le plan de sauvetage des banques. En fait ce n'est pas si simple, tout dépendra du financement de ces mesures. Si c'est le contribuable qui paie, c'est vrai qu'il y aura injustice. Si c'est par un prélèvement exceptionnel sur le capital, ce sera plus acceptable. Tout va dépendre des nouvelles régulations et c'est là que les débats parlementaires américains seront fort éclairants sur la façon dont la "morale" de cette crise - qui n'est pas finie - sera tirée ou non.
Pour progresser regardons vers l'Europe. Elle est déjà dotée d'une théorie financière et comptable spécifique capable de faire pièce à l'unilatéralisme américain et à ses méthodes excessives. Elle doit surtout se doter d'un fond de réserves, levé par un emprunt européen afin de gérer le cycle économique, élargir et rénover le rôle de la BEI. Dans ce domaine comme dans d'autres le modèle européen continental - à la fois plus industriel, plus prudent et plus solidaire - peut apporter un plus. Face à l'Oncle Sam impérial qui pointe son doigt d'un air guerrier, on veut voir une communauté européenne plus sûre d'elle même, agissante et préventive. L'Etat étoilé c'est aussi l'Union Européenne.
