En apprenant que le RSA défendu par Martin Hirsch faisait l'objet d'un financement basé sur une taxe sur l'épargne, j'ai été à la fois agréablement surpris et suis resté perplexe.
Agréablement surpris, car qui pourrait dire que le RSA n'est pas une bonne mesure ? Il faut être de la plus mauvaise foi pour dire qu'en procédant ainsi, on transforme "les pauvres en travailleurs pauvres", comme le dit le PCF. Avec 150 ou 200 euros par mois en plus, on est toujours pauvre certes mais on vit mieux. On peut toujours critiquer la modestie de la mesure mais celà n'empêche pas de la juger équitable et allant dans le bon sens. Surtout dans sa dimension d'intégration car elle incite le retour à l'emploi. Sans compter que les collectivités locales, notamment les départements seront libres d'accompagner le dispositif. Il faudrait par exemple, aider la prise en charge de la garde des enfants en cas de reprise d'emploi. Non je suis agréablement surpris, je l'avoue et je ne voudrais pas que par maximalisme le PS tombe dans l'opposition stérile.
Pour autant je reste perplexe concernant le coup politique que celà représente pour Nicolas Sarkozy. Ayant largement favorisé sa clientèle avec le paquet fiscal, il reprend - modestement - d'une main, ce qu'il vient de lui donner. Il y a donc de sa part un calcul et une conviction. Le calcul d'ores et déjà réussi, c'est celui d'embarrasser la gauche qui va osciller on le voit déjà entre soutien et surenchère. L'autre élément du calcul, c'est que la droite parlementaire va se servir du débat à l'assemblée pour restaurer des modalités plus conformes à l'intérêt électoral de son camp et noyer une part du financement dans le déficit budgétaire. C'est ainsi que la mesure passera, comme l'a été la loi constitutionnelle. Je trouve cette opération très habile. Enfin la conviction sarkozyste c'est qu'il vaut mieux donner un peu à la gauche pour obtenir beaucoup dans l'opinion. Avec cette approche soi-disante ni de gauche, ni de droite, mais totalement opportuniste, nul doute que la remontée de la côte de popularité du président dans les sondages - déjà amorcée - va s'affirmer.
S'il y a un domaine où on peut saluer l'expertise retrouvée de Nicolas Sarkozy, c'est celle du sens politique, et par contraste, la confusion de ses adversaires de droite comme de gauche. Au passage, chapeau à Martin Hirsch d'avoir réussi à faire passer une mesure de gauche par un gouvernement de droite. Le RSA est à mettre à son crédit. Il peut quitter ce gouvernement la tête haute, quand il veut désormais. Ce n'est pas le cas de tous les autres ministres dits d'ouverture.
