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juin 2008

Le temps des contributions

C'est l'été. C'est pour moi le temps de la lecture, les heures chaudes et somnolentes où je me plonge au choix dans un livre plaisir (science fiction, polar, ou bande dessinée) ou un essai roboratif et sérieux (politique, économie ou sciences sociales) à décortiquer entre deux magazines et quelques articles picorés sur internet.

Et puis il y aussi les "contributions" ! Ces merveilles de dissertations politiques que le reste du microcosme français envie au Parti Socialiste. Il y en aura une douzaine cette année qualifiées de "contributions générales", auxquelles une centaine de "contributions thématiques" devraient se joindre. Mais ce sont les "générales" qui sont les plus attendues à défaut d'être les plus lues.

L'avantage du temps présent, c'est qu'on peut les lire d'ores et déjà car elles sont toutes disponibles un peu partout sur le net, il suffit de chercher un peu. Elles seront de toute façon publiées sur le site du PS à partir du 7 juillet.

Je ne suis pas certain de toutes les lire in extenso. Mais la question se posera pour les motions, ces textes présentés par les futurs candidats, qui dessineront les lignes de clivage sur au moins trois points clés : le programme, les alliances, le leadership.

Mon problème actuel est de savoir quelle contribution je vais signer (on ne peut en signer qu'une) : j'ai le choix principalement entre celles de Moscovici, Aubry, Delanoë, Royal, ...

Par contre je ne me vois pas signer celle de Hollande, Dray, Mélenchon ou Emmanuelli ... La contribution de Fabius est étonnante par sa qualité et sa richesse, mais bon c'est Fabius !

Alors que faire ? Mon premier réflexe serait de signer celle de Moscovici, mais je n'y ai pas trouvé tout à fait le souffle attendu. Paradoxalement, le texte d'Aubry est bien plus tonique et percutant. Celui de Royal est cohérent et dense, enrichi d'apports externes manifestement. La version de Delanoë ne m'a guère emballé. A brule pourpoint, ma notation des textes me ferait classer 1. Aubry, 2. Royal, 3. Moscovici, 4. Delanoë ... Ah on devrait signer sans savoir de qui ils sont !

Je vais prendre le temps de relire ces quatre textes et puis je me ferai mon idée. Le fait est que la présence médiatique des uns et des autres sera aussi un facteur de décision, de même que la liste des signataires ... Irrationnel ? Pas tant que ça. La capacité à rassembler et à s'opposer est aussi un critère essentiel. Là dessus, c'est Royal qui a pris ces jours ci des longueurs d'avance ... Pas simple.


Les vertus du social libéralisme expliquées par Peter Mandelson

Dans une tribune publiée ce jour, Peter Mandelson, le commissaire européen au Commerce fait l'apologie de l'ouverture des marchés comme garantie de la stabilité et de la croissance mondiales. En contrepoint, il développe une critique sans concession de toutes les tentations protectionnistes.

La phrase qui m'a frappé dans son discours, c'est celle ci :  "Nul ne conteste que la mondialisation comporte des aspects négatifs. L'ouverture des marchés et l'intégration économique qui en sont les moteurs restent cependant, et de loin, les meilleurs outils à notre disposition pour accroître le bien-être économique à l'échelle de la planète, et c'est là une contribution essentielle à la stabilité mondiale. Seuls des Etats stables, capables de coopérer, peuvent faire face aux pressions qui s'exerceront sur des ressources telles que l'énergie, les denrées alimentaires et l'eau. "

Je retiens ce mot "coopérer" comme la pierre angulaire du système du libre-échange. Pour autant, il est frappant de voir ce qui manque dans cette construction : la démocratie. Seuls des Etats stables et coopératifs sont requis pour que le système fonctionne, ce qui signifie que la libre détermination des peuples n'intervient pas dans le raisonnement de Peter Mandelson. On comprend mieux que les votes sur les institutions ne préoccupent guère les commissaires européens. Ils ne l'admettent pas ainsi, mais le vote populaire passe au second plan.

Dans ce cadre la Chine et la Russie, tout comme les monarchies du Golfe, mais aussi les républiques populaires sud-américaines sont conviées à la libéralisation de leurs échanges. Il ne leur sera pas demandé de démocratiser leurs institutions. Ce n'est pas nécessaire à l'efficacité du système économique. Le pragmatisme libéral dans toute sa splendeur qui permet de commercer avec des tyrans comme Kadhafi. Mais au nom de quel réalisme économique devrait-on accepter de commercer "à égalité" avec des régimes qui ne protègent pas leurs travailleurs ? Dans ce cas précis, le protectionnisme s'impose.

En fait, on touche ici du doigt ce qui fonde le credo social libéral ou blairiste (Mandelson faisait partie de la dream team de Tony Blair, faut-il le rappeler) : quand on est social-libéral, il faut par priorité lutter contre l'insécurité économique et les inégalités. Mais les atteintes aux libertés et à la démocratie seraient des péchés véniels en comparaison des injustices qu'entraîne la pauvreté.

La logique libérale même parée de social est implacable. Elle peut expliquer le décalage entre nos aspirations "politiques" franco-françaises à plus de démocratie et de puissance politique d'une Europe protectrice et le souci anglo-saxon de tout traiter par l'économie, y compris l'Europe, y compris les problèmes de sécurité et de conditions de vie.  Et finalement, ceci explique le succès des droites en Europe. Dans un contexte économique incertain, les catégories populaires sont forcément plus sensibles aux questions économiques et sociales qu'aux charmes de la démocratie participative ou la démocratie tout court considérées - comme la paix - pour acquises. De ce point de vue, 2007 aura été un terrible révélateur pour la gauche française. Le débat présidentiel centré sur le pouvoir d'achat a fait mouche.

Voilà en tout cas, un beau débat de fond qui oppose sociaux-libéraux et sociaux-démocrates. Je comprends mieux pourquoi l'UMP se dit proche du social-libéralisme alors que le PS s'affiche majoritairement social-démocrate ou réformiste. C'est aussi une façon d'expliquer l'attrait de Tony Blair pour Sarkozy aux meetings de l'UMP et réciproquement.

Pour moi qui m'interroge souvent sur la pertinence du clivage gauche-droite, libéraux contre démocrates, voilà une grille de lecture politique qui me paraît plus convaincante que les vieux débats sur la redistribution, l'intervention de l'état et l'économie de marché.


Aubry, une femme de gauche

J'ai écouté hier soir Martine Aubry sur RTL au Grand Jury. Difficile de ne pas être sensible à la force de caractère et à la personnalité de la dame des 35 heures. Une anti-Ségolène Royal sur le plan de l'image, une sorte de retour aux sources à gauche, qui cultive une image de socialisme gestionnaire de bon aloi.

Un discours bien marqué, sans aspérités contre les autres candidats. Un discours d'unité comme les militants les aiment, mais aussi fortement teinté d'authenticité et de rappel de nos valeurs. Je ne dis pas que je partage toutes les idées, mais la musique n'était pas désagréable à écouter. Et puis elle a une façon de ne pas courir après la droite et de se défendre en attaquant qui n'est pas sans charme.

Voilà une prestation réussie. Pour tout dire, je l'ai même trouvée plus claire et plus convaincante que le maire de Paris dans le même exercice, l'autre jour.

Enfin elle a marqué des points dans un des domaines que je privilégie depuis toujours : l'économique et le social (que je ne dissocie pas). Quand vous trouvez un socialiste capable de parler économie en dépassant les débats simplistes à la Besancenot sur la taxation des profits et des salaires extravagants des patrons, il faut l'écouter attentivement car celui là se sert des deux côtés de son cerveau.

Une pièce de plus dans le dossier de préparation du Congrès de Reims.


Pré-congrès : petits calculs et marchandages

Celui qui peut m'expliquer ce que va faire le courant Socialisme et Démocratie au prochain congrès du PS gagne ... à être connu.

Il est maintenant établi que la coupure est nette parmi les amis de DSK, entre "Moscovicistes", "reconstructeurs", "Delanoeistes", et "Aubrystes". Je ne sais même pas comment qualifier les sous-chapelles, et les sous-courants c'est dire. Certains vont se rejoindre, d'autres vont tenter des alliances improbables, pour tous c'est la confusion totale.

Je me doute que ces questions de soutien à l'un ou l'autre des textes n'intéressent pas grand-monde mais celà me préoccupe. Ces textes que l'on appelle contribution ou motion dans notre jargon, seront portés par les candidats au poste de premier secrétaire du parti. Pour l'instant j'attends, car j'aime les positions claires et nettes. Pour l'heure je ne vois personne dévoiler une stratégie qui peut nous mener au succès en 2012. Peut-être n'est ce pas souhaitable car en y réfléchissant, le coup de la promesse de victoire, on nous l'a déja fait.

Trop d'ambitions, trop d'egos, trop de calculs dans cette période. Je n'aime pas celà. D'autant que je sens que par exemple entre Delanoé et Moscovici, ces différences sont essentiellement tactiques et cachent plus des enjeux de pouvoirs que des divergences sur le fond, ce fond qu'on n'aborde jamais ou presque.

La question est quand même simple : est-on capable de vivre ensemble dans le même parti, oui ou non ? Bien sûr que oui. Oui si on respecte la règle commune. Oui si on est loyal. Il suffit de prendre ces principes simples comme boussole : respect et loyauté. Les militants et les sympathisants de gauche veulent l'union dans leur grande majorité. A partir du moment où nous partageons les mêmes valeurs exprimées dans notre nouvelle déclaration de principes, il semble logique d'examiner les propositions et la candidature de chacun en fonction de sa capacité à rassembler le plus grand nombre, y compris à l'extérieur du PS. Avec un objectif simple : gagner.

Sur ces bases, certains partent avec un handicap : Ségolène Royal pour avoir snobé le parti, et les partisans de Laurent Fabius et du sénateur Mélenchon pour ne pas avoir respecté les votes internes. Quant aux autres candidats possibles, je reste dans l'expectative. Il faudra sans doute que j'affine ma grille de sélection avec d'autres critères. Pour partie sur la base du projet qui n'est rien d'autre que la vision de la société dans laquelle nous voulons vivre et pour partie, sur ... l'intuition. Je n'élimine personne.

Une certitude : face à l'offensive droitière de Sarkozy, Fillon et consorts, je ne suis pas sûr que nos concitoyens de gauche apprécient tous ces petits jeux. Heureusement, les députés socialistes présentent lundi prochain un premier bilan de l'action de l'opposition.  Voilà quelque chose qui nous sort de ce nombrilisme destructeur.


Etre de gauche ou etre de droite

Il m'arrive régulièrement de me reposer la question existentielle suivante : est ce que le clivage gauche droite a encore du sens ? Certains s'emploient à le nier (Bayrou) ou à le brouiller (Sarkozy), pour mieux asseoir leur volonté d'accéder au pouvoir ou de le conserver. Quoi de mieux qu'une espèce de consensus mou sur tous les sujets.Encore mieux cela permet de justifier l'immobilisme à savoir la conservation du pouvoir par la droite ou de se placer en permanence au centre du jeu.

Une fois ces considérations tactiques évacuées, il y a quand même un certain nombre de principes, de valeurs que nous partageons ou nous ne partageons pas.

J'ai été assez frappé de voir que l'UMP se met à utiliser les mêmes mots que nous dans sa dernière convention thématique : justice sociale ! L'UMP défenseur de la justice sociale, ca je n'y aurais pas pensé. Ils font vraiment fort pour entretenir la confusion ces gens de droite. Ils veulent jouer le rôle de la majorité et de l'opposition tout à la fois ! Et en plus je suis convaincu qu'ils sont persuadés d'agir de bonne foi dans l'intérêt général.

Mais non ce n'est pas pareil. La valeur ultime de gauche par essence c'est bien la solidarité, la vraie solidarité, qui ne se confond ni avec la charité, ni avec la compassion. Quand quelqu'un tombe à l'eau, on le récupère, c'est normal. La droite n'est pas plus inhumaine que la gauche, elle propose comme nous les filets de sécurité ou les équipes de pompiers qui vont venir au secours des malheureux, la question n'est pas là.

La question politique essentielle est de savoir ce qui ressort de la responsabilité de l'individu et de la responsabilité collective. pour moi, c'est là que le curseur n'est pas le même quand on est de droite et de gauche. Pour les gens de gauche, la responsabilité de la société est supérieure à celle de l'individu car il y a inégalité des forces en présence. La société opprime dans une lutte pot de fer contre pot de terre. Pour les gens de droite au contraire, la responsabilité individuelle est en cause car c'est la liberté de chacun qui prime. Chacun décide de son sort en quelque sorte.

Est- ce suffisant de dire que la primauté accordée à la liberté et l'égalité est le facteur discriminant gauche-droite ? Pas sûr vu que la droite s'ingénie à brouiller les pistes en mêlant efficacité économique et justice sociale dans ses discours.

Bon, en ces temps de bac et d'examens de toutes sortes, c'était ma minute de réflexion basique. Pourquoi ne pose t-on jamais cette question au bac d'ailleurs ? C'est quoi être de gauche ou être de droite ? Allez, dissert, je ramasse les copies dans deux heures ... !


La terre tourne

Au fait, je me suis réveillé ce matin et je me suis aperçu que la terre tournait encore ... Le résultat du référendum irlandais m'avait paru catastrophique vendredi, et puis le week-end est passé.

Oui, nous survivons et l'Europe est toujours debout. Nous vivons avec le traité de Nice et ce depuis 2001 sans que la planète se soit effondrée autour de nous.

Finalement la lecture de certains articles du Monde qui relatent d'autres résultats négatifs pour l'Europe relativisent fortement l'évènement. J'avais même évoqué une atmosphère de fin d'un monde en convoquant Hitler dans un de mes derniers posts. Le point Godwin atteint en quelques instants ...

Alors certes il faudra un jour sortir de ce marasme institutionnel ; nous prenons du retard mais il n'y a pas de tragédie immédiate. Prenons un peu le temps de la réflexion. Cet épisode chaotique n'est pas la fin de l'histoire de l'Union européenne.


35 h ou 65h ? La surenchère et la contre-réforme

Normes minimales ou harmonisation du temps de travail ? Voilà un débat qui embrouille de nouveau les esprits au bénéfice des jusqu'auboutistes de tous bords. Mais une chose est claire : la protection sociale et le droit du travail sont attaqués.

Quand l'Union Européenne - comme c'est son rôle -  s'emploie à légiférer sur le plan social comme le rapportent fort bien Maitre Eolas ou Alain Lipietz, malheureusement la confusion s'installe. Alors que l'Union tente de produire des normes, le fait qu'elle les produit sous forme d'un compromis ne satisfait personne, alors que par construction il ne peut en être autrement !

Si on doit résumer la question en deux phrases, comme l'a dit Nicolas Sakozy, il s'agit de savoir si l'Europe protège ou si elle expose. mais contrairement à ce qu'affirme notre président, la politique qu'il soutient ne protège pas les français. Rien n'est encore tranché, mais en acceptant des clauses d'opt-out (des exceptions, des dérogations) portant la durée du temps de travail jusqu'à 65 heures dans certains pays, l'Union Européenne envoie un mauvais signal pour la défense du modèle social de l'Europe Continentale.

Toute la difficulté est de parvenir à un compromis qui ne soit pas tiré vers le bas, c'est à dire vers la position la plus minimaliste en termes de protection des salariés. L'Europe sera rejetée par les peuples si elle ne fait rien, mais elle sera rejetée aussi si elle légifère en revenant sur les minimas sociaux sous prétexte d'adaptation à la mondialisation.

Le fait d'encadrer les législations nationales avec des normes aussi "basses" est en fait la clé du problème. C'est - comme le CPE- mal présenté comme un "mieux que rien" ce qui fait qu'avec nos 35 heures, nous "bénéficions" d'un avantage comparatif extraordinaire. Les salariés français sont stigmatisés comme des privilégiés ! Pas étonnant que les syndicats réformistes soient vent debout. Il fallait entendre ce matin la véhémence de François Chérèque contre le gouvernement.

Il a raison. Comment défendre efficacement le maintien de la durée légale à 35 heures si 48 heures est la norme ailleurs, pas très loin, dans un autre pays occidental, et pas en Chine à savoir la Grande Bretagne ? Les séides de la majorité vont bien entendu se servir de ces "exemples" étrangers pour fustiger à nouveau la paresse française et le peu de goût de la gauche pour la valeur travail. "Libérons le travail" va t-on entendre clâmer sur les bancs les plus à droite de l'Assemblée ! "Nous avons été élus pour celà !". "Sus aux 35 heures" !

La reprise du combat idéologique contre les 35 heures, présentés par une propagande récurrente comme une catastrophe économique, s'explique tout naturellement. L'Europe penche à droite, on le sait depuis que Sarkozy, Berlusconi et aussi Merkel ne l'oublions pas, sont au pouvoir. Dans deux ans, les tories seront sans doute revenus aux manettes en Grande Bretagne, ce qui fait qu'une coalition conservatrice aura les coudées franches pour "revitaliser l'économie" et "fluidifier le marché du travail" comme on lit dans les publications néo-libérales.

Ce débat sur la durée du travail n'est pas à mon sens assez vivement soulevé et entretenu par la gauche de gouvernement ici en France. Il devrait pourtant donner lieu à d'intenses débats quand l'affaire sera débattue à nouveau par le parlement européen en fin d'année. Qui le sait ? Qui s'en préoccupe ? Trop peu de monde, alors que chacun s'accorde à penser que l'Europe est trop éloignée des problèmes quotidiens. C'est faux, l'Europe s'en occupe mais pas assez devant les caméras. Ceux qui pensent que la France seule - gouvernée par la droite - va faire contre-pouvoir se trompent lourdement. Mais de là à accuser l'Union Européenne, c'est n'importe quoi. Ce ne sont pas les institutions qui sont en cause, mais les politiques pratiquées !

Demain 17 juin c'est un jour de grève en France décidé par la CFDT et la CGT. Le PS appelle à se mobiliser. C'est exceptionnel qu'il le fasse mais il faut participer, c'est très important de se défendre tous ensemble.


Damned : the irish said "NO" !

Les irlandais sont sur le point de dire NON au traité de Lisbonne si on en croit les premiers résultats. C'est un choc énorme à défaut d'être une énorme surprise.

Voilà donc l'Europe enlisée une nouvelle fois et pour un bon moment. Que d'énergie dépensée pour tenter de construire un cadre de fonctionnement plus adapté, en pure perte ! Le processus date d'il y a plus de dix ans, c'est la fin d'un cycle. Il faut reconnaître l'échec.

Et maintenant l'Europe sociale clamaient les socialistes après Maastricht. Malheureusement, on ne l'a jamais vu arriver l'Europe sociale, même quand l'Europe penchait à gauche à la fin des années 2000. Au contraire, les privatisations, la dérégulation, la libéralisation et le marché ont continué à prospérer quasiment sans entraves. Les directives européennes pondues à Bruxelles n'ont jamais vraiment intégré la dimension sociale et écologique d'une économie moderne et solidaire. Grave échec collectif. L'Europe a oublié de protéger et de préparer l'avenir pour les citoyens. A quoi bon disent ces derniers donner un règlement intérieur à une communauté qui vit sans se préoccuper de nos problèmes quotidiens ? Quels que soient les bénéfices retirés de l'adhésion à l'Union, ce "non" est une forme de bras d'honneur de tous ceux qui pensent qu'ils ne s'en sortiront pas grâce à l'Europe dans la mondialisation. Et ils ont sans doute malheureusement raison.

Grave échec surtout d'une génération de dirigeants européens et nationaux dont aucun à commencer par le président Sarkozy - et Chirac avant lui - n'a pris l'enjeu européen à bras le corps et avec la passion nécessaire pour entraîner les foules. Sarkozy a essayé de passer à côté du vote des français de 2005 en ne reposant pas la question du traité de Lisbonne (TCE bis). En vain.

Si j'osais un parallèle, je dirais que cet échec est aussi grave que l'échec des démocrates allemands à empêcher l'avènement du leader populiste et nationaliste qu'était Hitler en 1933. C'était un échec démocratique annonciateur de la 2nde guerre mondiale. Personne n'incarne clairement un Hitler moderne en Europe, mais qui va empêcher désormais le repli sur soi et la tentation souverainiste dans chaque pays ?

Les leçons de cet échec seront pour sûr sévères pour toute la communauté européenne. L'incapacité à réfléchir ENSEMBLE à notre avenir collectif est la cause principale de cet échec. Il faut vraiment se poser la question si le simple fait de se dire européen a encore du sens. Les discussions interminables et les compromis n'ont débouché sur rien. Tout le monde se retrouve au point de départ.

Personne n'a gagné en Europe, ni les nonistes, ni les ouistes. Quel gâchis. Une certaine idée de l'Europe aura vécu. Les autres blocs mondiaux en pleine accélération (USA, Brésil, Russie, Inde, Chine) doivent se réjouir aujourd'hui de voir l'Europe à nouveau bloquée.

PS : A lire le billet de Quatremer sur les suites possibles du NON irlandais. Et notamment cette hypothèse qui me séduit : l'Irlande sort de l'Union. Elle ne s'en portera pas plus mal que la Suisse.


L'Irlande nous ballade ...

J'aime beaucoup l'Irlande, ses paysages, sa bière rousse, ses pubs, son équipe de rugby rugueuse et entêtée,  les vagues qui explosent sur des côtes de bout du monde, ...

Mais là, j'avoue que les irlandais m'agacent. Quand on apprend que le vote NON au référendum sur le mini-traité a de fortes probabilités de l'emporter, on se demande si les habitants de la verte Irlande n'ont pas abusé des pintes que l'Union Européenne leur a permis d'absorber. Ce qui m'agace c'est qu'ils ont des raisons sérieuses à côté d'égoïsmes "rationnels" et de peurs irrationnelles.

Un excellent article de RUE89 exprime très bien le défi démocratique que l'Europe affronte à nouveau.

La conclusion me paraît fort juste : l'Europe vue comme un terrain de chasse aux subventions ne suffit plus à enflammer les imaginations, face à certains carcans administratifs réels ou supposés. Sur un fond de questions complexes et parallèles, il suffit d'ajouter une dose de mauvaise foi et de populisme, pour rassembler facilement une coalition de mécontents qui ont en France abouti à refuser le TCE. Ce mélange de bonnes et mauvaises raisons ne fait qu'embrouiller le débat et le rendre inextricable pour les partisans du OUI.

Voter NON est très facile car si on cherche une raison de voter NON, on la trouve à coup sûr. Mais refuser de se livrer à un référendum offre des objections faciles aux détracteurs d'une Europe peu démocratique et élitiste. C'est le piège démocratique. Quand on veut poser 1 000 questions à la fois, c'est à dire autant de questions que d'articles dans le traité, on s'expose à autant d'occasions de dire NON.

Autant dire que la méthode référendaire pays par pays n'est pas la bonne puisque il y a un piège congénital dans cette construction. L'Europe n'a pas d'institutions démocratiques et pas d'existence juridique forte : elle n'existe que par des traités. Commencons par lui en donner avant que de les faire approuver par autant de minorités que de pays. Il faut absolument sortir de ce piège de l'unanimité à 27 ou 30. Ce traité le permet. Tous ceux qui veulent garder le contrôle de leur souveraineté ne veulent pas de l'Europe, voilà la vérité toute simple.

Faute d'un grand et lumineux pédagogue à la tête de l''Europe, l'Irlande risque de ballader l'Europe à son tour et de la laisser à quai. L'Europe manque de cette vision et de ce leader charismatique et prophétique qui pourraient dessiner un futur collectif. Les actuels dirigeants européens (Barroso, Juncker) n'ont pas le profil nécessaire. Quant aux chefs d'Etat et de gouvernement, aucun n'a l'envergure et l'ascendant pour séduire d'autres peuples que le sien. Pourtant dans ce rôle quasi évangélique, à la recherche d'une nouvelle frontière, il n'y a qu'à voir comment Barack Obama réussit dans ce rôle au delà de son pays, comment il transcende les foules et les clivages ... Je ne sais pas ce que décidera l'Amérique, mais le monde vote Obama.

Paradoxalement, celui qui aurait pu tenir ce rôle à mes yeux - Tony Blair - est issu d'un des pays les plus eurosceptiques. Et sa politique atlantiste pro-Bush n'aide pas non plus sa cause. Mais qui d'autre ? Angela Merkel ? Sarkozy ? Berlusconi  ... Rien d'enthousiasmant.

Voilà pourtant un job en or pour qui veut entrer dans l'Histoire. Europe en panne cherche grand homme (ou femme) politique qui la fasse rêver !


Socialiste et libéral : bof bof

Je viens de lire ou plutôt de parcourir le livre de Delanoë. Bof, bof. Je n'ai toujours pas de vision claire de ce que pense cet homme sur les grands sujets. Et pourtant on dit qu'il est présidentiable, qu'il sera un homme clé de 2012. Oui sûrement, mais bon comment faire pour accrocher un rêve présidentiel sur cet homme ? Un rêve de gauche s'entend. Je n'y arrive pas.

Le pseudo-débat "libéral et socialiste" me fait bailler. Il y a longtemps que j'ai adhéré à la pensée social-démocrate sans avoir besoin d'y accrocher le mot libéralisme. Nous acceptons tous l'économie de marché, même qualifiée d'écologique et de sociale.

Ce n'est pas un gros mot libéralisme, mais quand même ce n'est pas un des marqueurs de gauche. On s'est fait piquer l'idée par la droite, peut-être, mais est ce une raison pour changer notre discours ou en avoir honte ?

La gauche a gagné sur le plan des idées. Le fait est incontestable et mal perçu par les commentateurs qui disent que la droite l'a emporté sur le plan de la refondation de la doctrine qui nous préoccupe tant : oui la gauche a gagné idéologiquement - et depuis longtemps - avec ses valeurs d'humanisme fondées sur les principes républicains de liberté et d'égalité !

Certes, la tentation réactionnaire existe encore ici ou là sur le plan sociétal, mais c'est ailleurs que le clivage gauche droite doit s'interpréter et se mesurer : c'est sur le terrain de la réalité économique et sociale.

Un seul exemple : le débat sur les 35 heures. La droite a fait mine de réhabiliter le dialogue social en France en appliquant une théorie social-démocrate bien connue : privilégier le contrat par rapport à la loi. Laissons les partenaires discuter et s'entendre entre eux plutôt que de légiférer. Oui sauf que si les conclusions des discussions ne conviennent pas au petit Bonaparte, celui ci reprend ses mauvaises habitudes jacobines et dicte de nouvelles conditions aux protagonistes en leur signifiant : discutez autant que vous voulez mais à la fin c'est moi qui décide.

C'est bien là un cas significatif et très concret pour les français - plus attachés aux 35 heures et aux RTT  que les politiques et les experts - d'atteinte à leurs acquis sociaux. Est ce une réforme progressiste que celle qui consiste à déplafonner les heures supplémentaires dans les entreprises ? Non évidemment non. Travailler jusqu'au plafond légal de 48 heures hebdomadaires ne passera jamais aux yeux des salariés comme un progrès social au XXIème siècle.

Travailler oui, mais pas jusqu'à en perdre le sens de la vie et parfois de la dignité. Voilà une différence majeure avec la droite. La valeur travail dans l'idéologie libérale correspond bien plus à une sublimation douloureuse et quasi religieuse de l'effort indispensable pour vivre sur notre terre qu'à l'analyse scientifique des termes de l'échange entre le capital et le travail ... dont la gauche réformiste conteste l'équité et la gauche marxiste la légitimité, jusqu'à la propriété.

Mais voilà que je m'égare à nouveau. Socialiste et libéral disais je ... Bof, bof. Social-démocrate, c'est largement suffisant pour nous identifier.