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avril 2008

Une erreur de casting au sommet de l'état.

On avait dit de Ségolène Royal qu'elle était une erreur de casting pour la gauche. Quelles que soient mes préférences affichées, je ne partageais pas ce point de vue car je crois que la dame a vraiment une autorité naturelle. Par contre je suis maintenant convaincu que les français ont commis une erreur magistrale en mai dernier.

Le président Sarkozy aurait prononcé la phrase suivante en conseil des ministres :

«Ça fait cinq fois que je le dis. Il n’y en aura pas de sixième»
Libération reprend cette formule pour en faire un article sans concession : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/321676.FR.php
Alors Sarkozy "faux dur" ou "vrai sentimental", on hésite. A force de reculer l'heure des sanctions et des actes, c'est bien l'autorité du chef de l'Etat qui en pâtit. Sarkozy dictateur, omniprésident avec concentration des pouvoirs, c'est une vaste blague ... En fait le président s'occupe de tout mais mal car il exerce son pouvoir sans priorité et sans hiérarchie claire des orientations. Nous avons affaire à un vélléitaire, un homme qui ne dirige pas vraiment le pays, qui ne prend pas de décisions avec un projet en bandoulière mais un sondage dans chaque poche.
L'exercice du pouvoir sarkozyste est plus que jamais tourné vers l'opinion, vers la dictature de l'opinion. L'oeil braqué sur les sondages, Sarkozy a réussi dans sa quête du pouvoir, usant et abusant de stratagèmes et de prises de positions ou de postures populaires à la limite du populisme.
Ce souci de plaire et surtout de ne pas déplaire, est devenue la caractéristique du sarkozysme. Cette manie de s'enthousiasmer sur tous les rapports qu'on lui présente (Camdessus, Attali, Larcher, ...) et de vouloir "tout" appliquer est stupéfiant. L'homme ne manque pas d'idées et d'énergie mais il manque singulièrement de lucidité sur le sens de sa fonction qui consiste à arbitrer et définir une cohérence d'ensemble, une ligne générale, une direction pour le pays.
Ce manque de profondeur de la réflexion et une forme d'immaturité étonnante, voilà bien ce qui surprend le plus dans la personnalité de Nicolas Sarkozy.
Cette absence de vision combinée à l'autoritarisme de façade est un vrai souci pour le pays qui avait cru qu'au contraire, le projet Sarkozy était fort et cohérent : quelle énorme méprise et quelle surprise pour les français !

L'affaire NKM : beaucoup de victimes collatérales

Tout le monde connait la polémique soulevée par Nathalie Kosciusko-Morizet à propos des OGM et surtout du comportement de MM. Borloo et Copé taxés de lâcheté et d'inélégance, pas moins.

Tout le monde sait que François Fillon, chapitré par l'Elysée, mais heureux de faire preuve d'autorité avait "puni" sa secrétaire d'Etat en l'obligeant à faire des excuses publiques, en l'interdisant d'assemblée nationale et aussi en la privant d'un voyage officiel au Japon.

Dans la presse, les "mâles blessés" ont - comme Copé - surjoué l'indignation et la fureur, se sentant "blessés" par les injures ou affiché leur grande âme, comme Borloo, mais en buvant du petit lait. Faire mine de pardonner l'offense est de bon ton quand on croit "tenir" désormais la trublionne grâce à la faute commise. Les "victimes" se sont octroyées le beau rôle. Du moins le croyaient-elles.

Avec un peu de recul, on constate sans surprise que la meute, son sous-chef et son petit chef ont perdu la partie sur le plan de l'opinion.

Un sondage vient conforter ce qu'intuitivement n'importe quel observateur un peu averti pouvait anticiper. Face à des "victimes" aussi peu sympathiques que cette bande de mâles au cuir tanné par les années au pouvoir, face à la sanction qui a suivi le délit d'opinion, la fraîche et belle secrétaire d'Etat aux yeux cernés de fatigue et aux convictions écologistes ne pouvait que gagner la bataille. C'est elle la victime ; elle avait raison selon l'opinion, près de 80% de français le disent.

Comme nombre de ministres femmes de ce gouvernement, Rachida, Rama, Fadela, et même à un degré moindre les trois Christine (Lagarde, Albanel, Boutin), Nathalie a le droit de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Pour une fois que François - encouragé par Nicolas - a voulu faire preuve d'autorité, il est passé au travers. Cela ne déplaira pas au président car il est certain que la popularité du premier ministre va en prendre un coup. De là à dire que Sarkozy qui normalement "sent ces choses là ", a organisé l'affaire ...

Au final un coup double pour Sarkozy ? Stop aux sorties intempestives des ministres et des conseillers et stop à la prééminence de Fillon dans les sondages ? Je n'en suis pas totalement certain tant il apparaît que l'omniprésident affaibli par les dernières élections, ne contrôle finalement pas grand chose dans son camp. Un sans grade comme Claude Goasguen se permet même de dire aujourd'hui que le "volontarisme du président s'étiole". La droite s'écharpe toute seule ... la gauche n'a rien à faire qu'à compter les points sans sembler s'émouvoir du risque de faire émerger une nouvelle égérie à droite "Nathalie" "NKM" après d'autres ... La concurrence s'annonce de plus en plus féroce entre toutes ces dames pour un poste de premier plan. 

A court terme, cette série de couacs à droite est plutôt une bonne nouvelle pour la gauche snobée et moquée par beaucoup pour son inconsistance. Mais ce n'en est pas une pour un pays de plus en plus dirigé à vue et à la petite semaine. Une telle somme d'amateurs au pouvoir ce n'est jamais une bonne chose pour les citoyens qui peuvent craindre à leur tour de devenir des victimes collatérales.