Sempiternel débat : jusqu'ou doit-on pousser le pragmatisme de la realpolitik en matière de politique étrangère ?
Y-a t-il du cynisme à recevoir Kadhafi ? Y-a t-il un scandale à troquer des valeurs contre des contrats ? La bien-pensance dit que c'est mal. Le marché dit que les autres pays font preuve d'un zèle commercial qui occulte complètement les faits et gestes du dictateur.
Pour justifier cette visite, le gouvernement souligne que le chef de l'Etat Libyen a changé. Qu'il vaut mieux discuter avec un régime aussi peu démocratique soit-il qu'avec des leaders terroristes qui se cachent dans des montagnes et font assassiner des innocents. Admettons. Mais alors il faudrait que ces régimes condamnent les actes terroristes de Ben Laden ou des Etats voyous. C'est tout le contraire, Kadhafi vient de justifier à Lisbonne le recours au terrorisme par des "Etats faibles", sous prétexte qu'ils sont exploités par l'Occident.
Rien que cette déclaration aurait du suffire à exclure le chef d'état libyen de la communauté des Nations. Mais non, les pays occidentaux et notre chef de la diplomatie (le président) supportent toutes les outrances. Notre exécutif ne voit aucun mal à recevoir ce dangereux récidiviste. Autre provocation : j'ai lu quelque part que Kadhafi aurait demandé à rencontrer 200 femmes durant ce voyage. Pourquoi ? Nul ne le sait.
Je crains que Sarkozy ne soit finalement qu'un piètre négociateur dans cette circonstance, hormis pour lui même. Il a tiré un bénéfice personnel immense avec le rapatriement des infirmières bulgares. On sait que la démocratie a un prix. Mais le narcissisme du président est tel qu'il n'a cure du prix à payer par le pays. Avec l'excuse de ces contrats juteux et des objectifs humanitaires, il démontre que l'éthique et la vie ont un prix. Peu glorieux tout ça, mais c'est toujours le dilemme : faut-il payer ou non une rançon ? La réponse n'est pas simple. La froideur des calculs des diplomates et des hommes d'affaires tient dans une équation : les avantages de la libération des infirmières transaction sont-ils supérieurs au prix à payer ? A priori pour Sarkozy, la réponse est oui, à l'aune d'une étrange conception de la balance de la justice.
Tout cela aurait du sens si la France n'affichait pas un certain cynisme en vendant des armes à un tyran d'opérette qui pourra très bien les retourner un jour contre nous. Tout le monde prend ce genre de risque pour de l'argent ? Oui et alors ? Est ce une raison pour vendre n'importe quoi à n'importe qui ?
Et Kadhafi à Paris, c'est vraiment n'importe quoi.
