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décembre 2007

La présipauté de Nicolas Sarkozy

Quel homme ! Quel séducteur ! Quel président ! Ah ca c'est de la rupture ...

Après Cécilia, Anne, Laurence, et d'autres, c'est maintenant Carla qui fait la une des journaux en compagnie de l'omniprésident.

Après la nuit du Fouquet's, après la croisière sur un yacht en Crête, après des vacances de nabab aux Etats-Unis, après s'être augmenté de 174%, après nous avoir saturé de ses joggings, de ses pectoraux et sans qu'on ignore rien ou presque de sa vie sexuelle, il s'affiche avec une personnalité people hyper connue. Combien de temps cela va durer ? Nul ne le sait. L'important c'est d'être sans cesse dans les premières pages des magazines.

Quel talent pour nous faire oublier le bouclier fiscal, le référendum, Poutine, Chavez, Kadhafi, le pouvoir d'achat, l'inflation, les tests ADN, les SDF, la croissance anémique ... Chapeau l'artiste ! Ni de Gaulle, ni Mitterrand ne nous avaient jamais habitués à celà.

Sarkozy, le président que la principauté de Monaco nous envie ! C'est consternant.


Kadhafi à Paris : n'importe quoi

Sempiternel débat : jusqu'ou doit-on pousser le pragmatisme de la realpolitik en matière de politique étrangère ?

Y-a t-il du cynisme à recevoir Kadhafi ? Y-a t-il un scandale à troquer des valeurs contre des contrats ? La bien-pensance dit que c'est mal. Le marché dit que les autres pays font preuve d'un zèle commercial qui occulte complètement les faits et gestes du dictateur.

Pour justifier cette visite, le gouvernement souligne que le chef de l'Etat Libyen a changé. Qu'il vaut mieux discuter avec un régime aussi peu démocratique soit-il qu'avec des leaders terroristes qui se cachent dans des montagnes et font assassiner des innocents. Admettons. Mais alors il faudrait que ces  régimes condamnent les actes terroristes de Ben Laden ou des Etats voyous. C'est tout le contraire, Kadhafi vient de justifier à Lisbonne le recours au terrorisme par des "Etats faibles", sous prétexte qu'ils sont exploités par l'Occident.

Rien que cette déclaration aurait du suffire à exclure le chef d'état libyen de la communauté des Nations. Mais non, les pays occidentaux et notre chef de la diplomatie (le président) supportent toutes les outrances. Notre exécutif ne voit aucun mal à recevoir ce dangereux récidiviste. Autre provocation  : j'ai lu quelque part que Kadhafi aurait demandé à rencontrer 200 femmes durant ce voyage. Pourquoi ? Nul ne le sait.Bois_tourne_drole_de_justic

Je crains que Sarkozy ne soit finalement qu'un piètre négociateur dans cette circonstance, hormis pour lui même. Il a tiré un bénéfice personnel immense avec le rapatriement des infirmières bulgares. On sait que la démocratie a un prix. Mais le narcissisme du président est tel qu'il n'a cure du prix à payer par le pays. Avec l'excuse de ces contrats juteux et des objectifs humanitaires, il démontre que l'éthique et la vie ont un prix. Peu glorieux tout ça, mais c'est toujours le dilemme : faut-il payer ou non une rançon ? La réponse n'est pas simple. La froideur des calculs des diplomates et des hommes d'affaires tient dans une équation : les avantages de la libération des infirmières transaction sont-ils supérieurs au prix à payer ? A priori pour Sarkozy, la réponse est oui, à l'aune d'une étrange conception de la balance de la justice.

Tout cela aurait du sens si la France n'affichait pas un certain cynisme en vendant des armes à un tyran d'opérette qui pourra très bien les retourner un jour contre nous. Tout le monde prend ce genre de risque pour de l'argent ? Oui et alors ? Est ce une raison pour vendre n'importe quoi à n'importe qui ?

Et Kadhafi à Paris, c'est vraiment n'importe quoi.


La violence des banlieues : rien n'a changé

Le drame de Villiers le Bel est encore présent dans toutes les mémoires.

Nicolas Sarkozy s'en est emparé pour réendosser son costume de premier flic de France. C'est un habit qu'il affectionne, un discours de tigre de papier qui semble le ravir, une image de père fouettard qui séduit beaucoup de français moyens. Ces français, c'est l'ouvrier qu'on a éduqué dans le respect, le sens de l'ordre et du travail bien fait. C'est la retraitée qui craint de se faire arracher son sac. C'est la mère de famille qui marche vite et tout droit dans la rue, sa progéniture dans son sillage telle une couvée d'oisillons, et qu'elle presse d'avancer pour éviter les mauvaises rencontres. C'est le cadre qui regarde d'un oeil méfiant ces jeunes à capuche qui parlent haut et fort avec cet accent saccadé des banlieues qui les discrimine à lui tout seul.

Le discours de Sarkozy coule tout seul,  fait de mots simples, de bon sens, de vérités toutes faites, de préjugés énoncés en vérités ultimes. Il parle au peuple. Comme par exemple, avec cette condamnation de la "voyoucratie", pas loin du mot "racailles". On est confondu devant l'aveuglement et les contresens de certains "responsables politiques" : "je ne vois pas de crise sociale comme explication à ces violences",  "on ne brule pas une bibliothèque pour se venger de la police", "ce sont des dealers qui protègent leurs territoires". Affirmations simples, péremptoires, brutales.  Violentes ... Alors "Oui" pense le peuple, endormi et embrumé par TF1, "ils ont raison. Il faut répondre à la violence par la violence d'Etat."

Et pourtant, si on examine les raisons de fond qui mènent aux violences, il ne faut pas creuser longtemps pour comprendre que dans ces banlieues, le chômage des jeunes et la discrimination sont la clé. Tout ce qui ressemble à l'autorité ou à l'Etat est la cible du rejet. Crèche ou bureau de poste, dans ces nuits de déraison, rien n'est épargné. Les dealers quant à eux, ont au contraire tout intérêt au calme plutôt qu'à la rebellion. L'explication fait long feu.

Il ne s'agit pas seulement "d'occuper" ces jeunes, de faire jouer au foot de gentils flics avec de jeunes loubards comme l'a caricaturé Sarkozy en parlant de la police de proximité. Cette police était absolument cruciale dans son rôle équilibré de prévention et de répression, et Sarkozy l'a supprimée.

Il s'agit de retisser du lien social, de redonner un projet à ces jeunes et un espoir pour leur avenir. Il s'agit de repousser les tentations anarchistes et suicidaires. Il s'agit de donner l'accès à l'emploi, de donner des moyens de s'en sortir, de canaliser les énergies. Mais pour celà, il faudra autre chose que de mots et qu'un plan "anti-glandouille" pour y arriver. On est loin du plan Marshall pour les banlieues annoncé à grands cris par le président pour se faire élire. Les premiers servis ont été les riches. Comment s'étonner ensuite qu'il ne reste rien pour les plus démunis ? D'autant que les pauvres et les exclus votent moins que les autres, moins que les ouvriers, les retraité(e)s, les mères de famille, les cadres sup qui eux ont voté pour l'omniprésident.

Pas étonnant que rien ne change. Pas étonnant que la haine s'attise. Pas étonnant que le non-droit prospère. Pas étonnant enfin que certains veuillent y envoyer l'armée. C'est l'intérêt objectif des puissants et des nantis que ces zones de relègation existent, que les solidarités s'étiolent. Pas étonnant que la société recule. C'est un choix de société, ou plutôt c'est un choix de non-société.

Non, rien n'a changé. Pour un autre regard sur le même thème, lisez ce que raconte le sociologue Laurent Mucchielli dans un entretien à "Comprendre".

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Réunion locale Socialisme et Démocratie 78

La semaine dernière, j'ai assisté à une réunion du courant S&D des Yvelines à l'invitation de Catherine Tasca, et en présence de Jean-Paul Huchon, Alain Bergounioux et Claude Vuillet, maire de Bois d'Arcy, hôte de notre groupe pour la circonstance.

Je n'ai pas l'intention de faire un compte rendu public de nos débats, mais il me semble important de faire état des sentiments mêlés qui animaient les participants à l'issue de cette rencontre.

D'abord le fait est que la nomination de DSK au FMI a laissé un grand vide, reconnu par de nombreux membres. De la fierté certes devant la reconnaissance internationale du talent de notre leader, mais aussi l'impression que ses capacités auraient pu s'exercer plus utilement au service direct des français, à l'heure où Ségolène Royal reconnaît qu'elle n'était pas prête à exercer la fonction. Regrets vains, tant on ignorera à jamais si DSK aurait battu Sarkozy au final.

Ensuite le constat général - et que je partage - est une forme d'étonnement devant la liberté d'expression très large que s'accordent tous les socialistes depuis les élections. Tout peut être dit au PS en ces jours de post-défaite, d'ailleurs tout et son contraire. Et certains nous promettent un congrès sanglant, en appellent même à un congrès de "clarification", où tout sera mis sur la table. Cette division entre une gauche "décomplexée", au risque de passer pour "droitière" dans certains thèmes abordés, une gauche "rénovatrice" protéiforme qui bouscule la doctrine, ou bien cette gauche "fondamentaliste" qui a envie de rejouer le match du référendum c'est bien le signe du trouble profond, de la crise qui agitent le parti. C'est le temps de la mutation.

Oui mais quelle mutation ? Doit-on aller à nouveau vers la conquête du pouvoir en étant "réalistes" ou se recroqueviller sur nous mêmes pour éviter la déception liée au renoncement à certaines valeurs ? L'ambition ou le remords ? C'est en fait le titre d'un bouquin d'Alain Bergounioux et Gérard Grunberg que je viens d'acheter ... De fait nous ne sommes pas sortis du dilemme. Et pourtant, le temps est venu de l'alignement. L'alignement sur les positions de tous nos partis frères européens, du PSE, des défenseurs du modèle social européen, ouvert, moderne et solidaire. Les "résistants" au sein du PS ne s'y retrouveront pas, nous serons vilipendés par la gauche du PS mais c'est bien une révolution qui est proposée.

Certains disent qu'il faut foncer, ne pas hésiter y compris par des alliances étonnantes, à bousculer le vieux parti, l'empêcher de redevenir la SFIO, ce parti de notables et d'élus municipaux qui n'a jamais su assumer le pouvoir.

Assumer : tel est le verbe qui ressortira de cette réunion selon moi. Prendre nos responsabilités, avoir le courage de nos opinions, les porter haut et fort. Cela se traduira en 2008, par une motion S&D au prochain Congrès. Une motion qui s'appuiera sur le manifeste mais qui traduira encore plus clairement la prééminence, le rôle de pionnier et d'avant garde que Socialisme et Démocratie veut assumer pour le futur Parti Socialiste, au sein de sa future majorité, nous l'espérons. Ce rôle serait incarné idéalement par celui dont nous attendrons le retour : Dominique Strauss-Kahn. Mais si l'idéal ne se produit pas, ce qui reste probable, c'est pour ma part vers Pierre Moscovici que se tourne d'ores et déjà mon regard.