Le drame de Villiers le Bel est encore présent dans toutes les mémoires.
Nicolas Sarkozy s'en est emparé pour réendosser son costume de premier flic de France. C'est un habit qu'il affectionne, un discours de tigre de papier qui semble le ravir, une image de père fouettard qui séduit beaucoup de français moyens. Ces français, c'est l'ouvrier qu'on a éduqué dans le respect, le sens de l'ordre et du travail bien fait. C'est la retraitée qui craint de se faire arracher son sac. C'est la mère de famille qui marche vite et tout droit dans la rue, sa progéniture dans son sillage telle une couvée d'oisillons, et qu'elle presse d'avancer pour éviter les mauvaises rencontres. C'est le cadre qui regarde d'un oeil méfiant ces jeunes à capuche qui parlent haut et fort avec cet accent saccadé des banlieues qui les discrimine à lui tout seul.
Le discours de Sarkozy coule tout seul, fait de mots simples, de bon sens, de vérités toutes faites, de préjugés énoncés en vérités ultimes. Il parle au peuple. Comme par exemple, avec cette condamnation de la "voyoucratie", pas loin du mot "racailles". On est confondu devant l'aveuglement et les contresens de certains "responsables politiques" : "je ne vois pas de crise sociale comme explication à ces violences", "on ne brule pas une bibliothèque pour se venger de la police", "ce sont des dealers qui protègent leurs territoires". Affirmations simples, péremptoires, brutales. Violentes ... Alors "Oui" pense le peuple, endormi et embrumé par TF1, "ils ont raison. Il faut répondre à la violence par la violence d'Etat."
Et pourtant, si on examine les raisons de fond qui mènent aux violences, il ne faut pas creuser longtemps pour comprendre que dans ces banlieues, le chômage des jeunes et la discrimination sont la clé. Tout ce qui ressemble à l'autorité ou à l'Etat est la cible du rejet. Crèche ou bureau de poste, dans ces nuits de déraison, rien n'est épargné. Les dealers quant à eux, ont au contraire tout intérêt au calme plutôt qu'à la rebellion. L'explication fait long feu.
Il ne s'agit pas seulement "d'occuper" ces jeunes, de faire jouer au foot de gentils flics avec de jeunes loubards comme l'a caricaturé Sarkozy en parlant de la police de proximité. Cette police était absolument cruciale dans son rôle équilibré de prévention et de répression, et Sarkozy l'a supprimée.
Il s'agit de retisser du lien social, de redonner un projet à ces jeunes et un espoir pour leur avenir. Il s'agit de repousser les tentations anarchistes et suicidaires. Il s'agit de donner l'accès à l'emploi, de donner des moyens de s'en sortir, de canaliser les énergies. Mais pour celà, il faudra autre chose que de mots et qu'un plan "anti-glandouille" pour y arriver. On est loin du plan Marshall pour les banlieues annoncé à grands cris par le président pour se faire élire. Les premiers servis ont été les riches. Comment s'étonner ensuite qu'il ne reste rien pour les plus démunis ? D'autant que les pauvres et les exclus votent moins que les autres, moins que les ouvriers, les retraité(e)s, les mères de famille, les cadres sup qui eux ont voté pour l'omniprésident.
Pas étonnant que rien ne change. Pas étonnant que la haine s'attise. Pas étonnant que le non-droit prospère. Pas étonnant enfin que certains veuillent y envoyer l'armée. C'est l'intérêt objectif des puissants et des nantis que ces zones de relègation existent, que les solidarités s'étiolent. Pas étonnant que la société recule. C'est un choix de société, ou plutôt c'est un choix de non-société.
Non, rien n'a changé. Pour un autre regard sur le même thème, lisez ce que raconte le sociologue Laurent Mucchielli dans un entretien à "Comprendre".
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