Les grèves se terminent et je suis frappé de lire certains commentaires dans la presse de droite et chez quelques leaders de l'UMP pour signifier que les syndicats auraient pu être cassés, qu'ils auraient du l'être. L'opinion était tellement hostile aux mouvements sociaux de quelques "privilégiés" que l'occasion était belle de donner un coup de balai dans ces citadelles du secteur public. Etrangement, et il faudra y revenir, Sarkozy ne s'y est pas rallié. Il n'a pas vu dans ce conflit la mère des batailles qu'il fallait mener pour terrasser l'hydre syndicale.
Une certaine droite continue de rêver à des fantasmes thatchériens ou reaganiens de soumission des travailleurs à la loi du marché et du profit. Il est étrange que tout ce qu'on appelle réforme aujourd'hui - et depuis des années - soit en fait assimilable à des renoncements et à des sacrifices. Pourquoi les accepter ? Parce que demain sera meilleur. Ca ne vous rappelle rien ce monde meilleur ? C'est bien sûr le futur paradis promis par l'église en cas de soumission à l'ordre établi. Il faut accepter son sort en ce bas monde, car c'est dans l'au delà que le croyant aura sa récompense.
Et s'il n'y a pas foi, s'il n'y a pas soumission, il y a punition. Toute l'idéologie droitière dans notre pays et au delà professe la culture du sacrifice et de la sanction en ces temps de mondialisation effrénée. Gare aux trublions !
Il y a néanmoins une nouveauté dans cette description du monde futur : nous sommes tirés vers le bas inexorablement par nos voisins les plus pauvres, affamés et en haillons, nous dit-on. Soyons heureux de notre sort en somme. En fait il n'y a pas d'espoir d'un monde meilleur, mais juste la lutte pour conserver certains acquis. Comment s'étonner que les travailleurs les plus radicaux - et les autres - ne veuillent pas de ce monde là, étouffant, générateur des peurs les plus vives car elles concernent l'avenir des enfants, et des enfants de nos enfants.
Comment ne pas voir que ces peurs, ces craintes, ces renoncements sont irraisonnés. Ils sont construits pour générer la soumission à l'ordre. Ils sont fondés sur des choix politiques qui ne correspondent pas à l'état du monde en réalité, à une juste répartition des fruits du travail. Pourtant le monde change et nous changeons en même temps ! La France s'adapte et grogne mais elle bouge ! En lisant la presse de droite, on croirait revenu le temps des déclinologues que dénoncait un ancien premier ministre.
Il me tarde qu'un vent nouveau souffle sur notre pays, un vent d'espoir et d'optimisme. Sarkozy, homme d'Etat volontaire, avait fait lever un espoir lors de son élection. Il y a une déception, un retour à la déprime collective dont on voit qu'elle n'était que passagèrement calmée.
Alors non il n'y a pas que le choix entre la carotte et le baton, la récompense et la punition. Il y a aussi le choix libre et consenti d'un avenir fait de justice et d'un autre ordre que celui des puissants. Oh je ne dirai pas que le concept d'ordre juste de Ségolène Royal était la solution. On y voyait aussi des relents de croyance mystique et religieuse éloignée de nos valeurs laïques. Mais la réflexion de la gauche sur un nouvel ordre économique et social sera la clé de sa renaissance. Ne laissons jamais la place aux marchands de malheur et de cilice que la droite cache en son sein. La solidarité c'est l'effort partagé consenti, ce n'est jamais l'acceptation du chantage. Une fois de plus, la droite a réussi à renverser les rôles : le privilégié est devenu l'ouvrier gazier, le cheminot ... Le patron est devenu la victime ... Et ceux qui infligent la punition sont devenus des héros. Etrange non ?
La droite dure a stigmatisé les grévistes comme des preneurs d'otage, repris en ces termes par une Ségolène Royal mal inspirée. Un contre-emploi manifeste. Contre l'opinion, les syndicalistes avaient perdu d'avance ce combat. La gauche socialiste est devenue trop prudente à force de se vouloir "responsable" et "bonne gestionnaire".
Les vrais maître-chanteurs sont ceux qui sont nés du bon côté du manche. Et Sarkozy en est le chef.
[Edit : je corrige ma conclusion après avoir entendu Sarkozy ce soir dire que la France avait été prise en otage, qu'il y avait eu trop de souffrances (!) mais qu'il était heureux d'avoir réalisé une de ses promesses avec la réforme des régimes spéciaux. L'arrogance et le narcissisme du président me choquent. Entre la fascination et la répulsion, je crois que la seconde l'emporte chez moi contre cet homme ce soir.]

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