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novembre 2007

La culture de la punition

Les grèves se terminent et je suis frappé de lire certains commentaires dans la presse de droite et chez quelques leaders de l'UMP pour signifier que les syndicats auraient pu être cassés, qu'ils auraient du l'être. L'opinion était tellement hostile aux mouvements sociaux de quelques "privilégiés" que l'occasion était belle de donner un coup de balai dans ces citadelles du secteur public. Etrangement, et il faudra y revenir, Sarkozy ne s'y est pas rallié. Il n'a pas vu dans ce conflit la mère des batailles qu'il fallait mener pour terrasser l'hydre syndicale.

Une certaine droite continue de rêver à des fantasmes thatchériens ou reaganiens de soumission des travailleurs à la loi du marché et du profit. Il est étrange que tout ce qu'on appelle réforme aujourd'hui - et depuis des années - soit en fait assimilable à des renoncements et à des sacrifices. Pourquoi les accepter ? Parce que demain sera meilleur. Ca ne vous rappelle rien ce monde meilleur ? C'est bien sûr le futur paradis promis par l'église en cas de soumission à l'ordre établi. Il faut accepter son sort en ce bas monde, car c'est dans l'au delà que le croyant aura sa récompense.

Et s'il n'y a pas foi, s'il n'y a pas soumission, il y a punition. Toute l'idéologie droitière dans notre pays et au delà professe la culture du sacrifice et de la sanction en ces temps de mondialisation effrénée. Gare aux trublions !

Il y a néanmoins une nouveauté dans cette description du monde futur : nous sommes tirés vers le bas inexorablement par nos voisins les plus pauvres, affamés et en haillons, nous dit-on. Soyons heureux de notre sort en somme. En fait il n'y a pas d'espoir d'un monde meilleur, mais juste la lutte pour conserver certains acquis. Comment s'étonner que les travailleurs les plus radicaux - et les autres - ne veuillent pas de ce monde là, étouffant, générateur des peurs les plus vives car elles concernent l'avenir des enfants, et des enfants de nos enfants.

Comment ne pas voir que ces peurs, ces craintes, ces renoncements sont irraisonnés. Ils sont construits pour générer la soumission à l'ordre. Ils sont fondés sur des choix politiques qui ne correspondent pas à l'état du monde en réalité, à une juste répartition des fruits du travail. Pourtant le monde change et nous changeons en même temps ! La France s'adapte et grogne mais elle bouge ! En lisant la presse de droite, on croirait revenu le temps des déclinologues que dénoncait un ancien premier ministre.

Il me tarde qu'un vent nouveau souffle sur notre pays, un vent d'espoir et d'optimisme. Sarkozy, homme d'Etat volontaire, avait fait lever un espoir lors de son élection. Il y a une déception, un retour à la déprime collective dont on voit qu'elle n'était que passagèrement calmée.

Alors non il n'y a pas que le choix entre la carotte et le baton, la récompense et la punition. Il y a aussi le choix libre et consenti d'un avenir fait de justice et d'un autre ordre que celui des puissants. Oh je ne dirai pas que le concept d'ordre juste de Ségolène Royal était la solution. On y voyait aussi des relents de croyance mystique et religieuse éloignée de nos valeurs laïques. Mais la réflexion de la gauche sur un nouvel ordre économique  et social sera la clé de sa renaissance. Ne laissons jamais la place aux marchands de malheur et de cilice que la droite cache en son sein. La solidarité c'est l'effort partagé consenti, ce n'est jamais l'acceptation du chantage. Une fois de plus, la droite a réussi à renverser les rôles : le privilégié est devenu l'ouvrier gazier, le cheminot ... Le patron est devenu la victime ... Et ceux qui infligent la punition sont devenus des héros. Etrange non ?

La droite dure a stigmatisé les grévistes comme des preneurs d'otage, repris en ces termes par une Ségolène Royal mal inspirée. Un contre-emploi manifeste. Contre l'opinion, les syndicalistes avaient perdu d'avance ce combat. La gauche socialiste est devenue trop prudente à force de se vouloir "responsable" et "bonne gestionnaire".

Les vrais maître-chanteurs sont ceux qui sont nés du bon côté du manche. Et Sarkozy en est le chef.

[Edit : je corrige ma conclusion après avoir entendu Sarkozy ce soir dire que la France avait été prise en otage, qu'il y avait eu trop de souffrances (!) mais qu'il était heureux d'avoir réalisé une de ses promesses avec la réforme des régimes spéciaux. L'arrogance et le narcissisme du président me choquent. Entre la fascination et la répulsion, je crois que la seconde l'emporte chez moi contre cet homme ce soir.]


Le Taser est mortel

J'avais écrit il y a quelque temps sur l'utilité du Taser pour les polices municipales. Je trouvais possible de l'utiliser avec certaines précautions.

Force est de constater que l'actualité vient de me donner dramatiquement tort. Un innocent a trouvé la mort dans des circonstances scandaleuses au Canada en octobre dernier. Mon camarade et ami Nicolas D. m'a transmis l'information ce matin et j'avoue avoir été profondément remué par la vidéo qu'il m'a fait découvrir.

Je vous laisse regarder la vidéo et l'histoire ci-dessous, mais cette terrible bavure change complètement ma perception du taser : non, cette arme ne doit pas être mise à disposition de flics cow-boys, et en application du principe de précaution j'estime aujourd'hui qu'elle ne doit être confiée à aucun policier, municipal ou non.

Une réaction impulsive ou émotive diront certains. Peut-être mais voir tant d'inhumanité chez certains policiers, c'est terrifiant dans de telles circonstances. Ils n'ont fait qu'obéir aux ordres et utiliser les moyens qu'on leur donne ? Alors c'est un choix politique : changeons les ordres et les moyens. Et considérons le taser pour ce qu'il est : une arme mortelle.

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La vérité sur les "privilèges" des cheminots.

En ces temps de grèves impopulaires à la SNCF et à la RATP, il est de bon ton de tirer sur le pianiste ... euh pardon sur le cheminot moyen, accusé de financer sa retraite dorée sur le dos des contribuables.

L'UMP n'hésite pas à caricaturer le débat pour manipuler l'opinion, à cent lieues de la vérité. Sur internet circulent nombre de hoax, ces informations mensongères qui travestissent la réalité. Sous couvert de révéler au citoyen la turpitude et les privilèges des salariés du secteur public ces individus jouent avec la vérité et le souci légitime d'équité des français.

Devant des abus manifestes, la SNCF elle même a estimé nécessaire de rétablir la vérité. Visitez ce site pour vous forger votre propre opinion : http://www.entreprise-sncf.com/communiq/hoax2.htm

Il faut se méfier des radicaux des deux bords. Les partisans du jusqu'au boutisme syndical et ceux de la contre-réforme libérale se rejoignent objectivement pour faire s'opposer deux France entre elles. Seuls les extrêmes ont intérêt à ce que les conflits s'enveniment et soufflent sur les brasiers.

Pour ma part je félicite vivement Bernard Thibault le secrétaire général de la CGT d'avoir eu le courage de faire le premier pas vers la négociation. Si on en croit certains sondages, il y a encore du chemin pour que l'image protestataire et politisée de la CGT change mais c'est un pas dans la bonne direction.


Vengeance, vendetta, un combat pour des valeurs.

Après le viol et le meurtre d'une italienne de 47 ans réalisé a priori par un tzigane roumain, une vague de xénophobie s'est abattue sur l'Italie et sur son gouvernement de centre gauche.

Devant l'émotion soulevée par ce crime, Romano Prodi a pris un décret sécuritaire anti-étrangers en un délai record. Malgré cela des représailles ont eu lieu contre des immigrés roumains innocents les jours qui ont suivi.

Outre le fait que le texte pourrait être contraire à la législation européenne et aux traités internationaux protégeant les droits de l'homme, il apparaît que le gouvernement a réagi rapidement pour satisfaire l'opinion avant de se faire accuser de laxisme par l'opposition de droite et surtout les néo-fascistes italiens de la ligue du Nord. Tout ceci a un goût de vengeance (de vendetta comme on dit en italien) qui n'est pas digne de l'Italie, tant on est loin de l'idée qu'on se fait d'une justice sereine. Certains hommes de gauche, tels le maire de Rome, ont en pris conscience en appelant à combattre la "bête du racisme" qui sommeille et guette.

Dans les faits : xénophobie rampante, amalgame entre immigration et délinquance, mesures d'exception à caractère populiste, ... on croirait du Sarkozy.

Nul doute que ces mesures discriminatoires vont faire un tabac parmi beaucoup de braves gens émus par un crime tout à fait ignoble. Ils n'écouteront guère ceux qui prendront la défense d'une population précarisée - les roms - qui a pour tort principal d'être différente, étrangère et mal intégrée.

Certes, il peut paraître très difficile de défendre des principes de respect des droits de l'homme quand des malfaiteurs les foulent au pied sans hésiter. Mais le danger immense est de stigmatiser toute une communauté par la faute de quelques uns. C'est aussi un risque de retour d'une Loi du Talion :  "Oeil pour oeil, dent pour dent". A l'arrivée, c'est une part de notre système de valeurs européennes qui est en cause.

Voilà pourquoi cette réaction à chaud des autorités italiennes me pose problème tant elle traduit une forme de régression de nos idées de justice, de tolérance et de respect. Parallèlement, il faut agir. Ne rien faire est une arme donnée aux forces réactionnaires dirigées par Silvio Berlusconi.

Dans ces affaires médiatisées à outrance il est difficile de trouver une réponse proportionnée en appliquant au mieux le principe de précaution, sans céder à la politique et à la justice spectacles. Face à un crime spectaculaire, le citoyen lambda attend des mesures spectaculaires. Mariant prévention et répression, le chemin de la gauche est plus étroit et plus difficile à assumer devant l'opinion. A force de pédagogie et à condition de prouver qu'on peut ainsi obtenir de meilleurs résultats dans la lutte contre la délinquance, le choix d'une politique équilibrée, juste mais ferme peut convaincre. Pour définir de telles mesures, il faut du temps, ce que manifestement le gouvernement italien n'a pas su se donner.

Lutter contre la tentation de la justice expéditive dite populaire est très difficile. C'est pourtant ce qui distingue une civilisation évoluée de la barbarie. C'est un choix de société qui a un prix électoral de court terme. De ce point de vue, le vrai courage n'est pas chez ceux qui tressent la corde du juge Lynch.