Le titre de ce post est une devise que j'aurai pu mettre en tête de mon blog, que j'ai lu il y a fort longtemps dans un livre de Gilbert Cesbron qui citait un anonyme.
En un mot il s'agit de relativiser. Idée simple non ? Pas si évident.
Pour illustrer ce propos, j'ai noté cette info dans le Monde :
"Pour le prix de moins de 40 jours passés en Irak, nous pourrions donner une couverture santé à 10 millions d'enfants pour une année entière"
C'est ce qu'a déclaré Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, aux Etats-Unis, face à la demande du président Bush au Congrès d'accorder 42,3 mds de $ supplémentaires pour les opérations militaires en Irak et en Afghanistan en 2008. Cette somme s'ajoute à une rallonge de 147 mds pour l'année fiscale 2008, commencée le 1er octobre. Le prix de la guerre atteindrait ainsi plus de 757 mds de $ depuis 2001. "Le coût colossal de cette guerre croît chaque jour davantage, en vies perdues, en $ dépensés et en crédit que nous avons autour du monde (...). Nous devons mettre fin à cette guerre", a ajouté Mme Pelosi.
C'est en lisant cette déclaration que je me suis rappelé des paroles imprudentes de notre ministre des Affaires Etrangères entendues à la radio, il y a quelques semaines.
C'est en lisant cette déclaration que je me suis rappelé des paroles imprudentes de notre ministre des Affaires Etrangères entendues à la radio, il y a quelques semaines.
Bernard Kouchner devrait réfléchir à ce que vient de déclarer Nancy Pelosi avant de jouer les matamores de salon lorsqu'il a parlé de préparatifs de guerre à propos de l'Iran.
Il a bien sûr démenti ses propos guerriers après les avoir prononcé, ayant compris qu'il ne parlait pas à un petit cercle d'initiés mondains qu'on peut faire frissonner à peu de frais mais à toute la population française que la guerre en Irak ou ailleurs a toujours révulsé. Kouchner a oublié un instant l'horreur de la guerre. Nancy Pelosi lui rappelle aujourd'hui la balance des paiements des souffrances si je peux oser cette analogie.
Maisje me suis quand même posé la question : a t-on le droit de mettre en regard les souffrances d'une population défavorisée dans un pays riche comme les USA et les souffrances d'un peuple d'abord opprimé par un dictateur, puis dévasté par une guerre civile aux horreurs quotidiennes presque banales à force de répétition ? Qui doit on privilégier, selon quelle échelle des valeurs ?
Je pense que oui, on peut tout relativiser, tout mettre en perspective, prendre du recul à condition de savoir gérer les priorités et savoir quelle action il est possible de mener ou pas et au bon niveau. Sans pour autant être taxé d'égoïsme ou d'indifférence.
Je me rappelle d'une parole de Marek Halter il y a fort longtemps à qui on reprochait de ne pas s'indigner pour je ne sais plus quelle population touchée par la famine alors qu'il manifestait pour un autre drame au Soudan ou ailleurs. Il répondait au journaliste quelque chose comme : "voyez vous, nous avons tous notre contingent d'indignation et de révolte. On ne peut pas être sur tous les fronts à la fois. Ce que vous me dites à propos du Soudan [de mémoire] est horrible, mais ma capacité de mobilisation n'est pas sans limites. Il faut s'occuper sérieusement des problèmes un par un. Personne n'a la capacité à traiter tout à la fois".
Je n'ai pas oublié cette réponse de simple bon sens, qu'un Nicolas Sarkozy devrait méditer. A force de zapper entre toutes les catastrophes de la planète, qui nous sont balancées en temps réel sur nos écrans et dans nos journaux, l'individu lambda - moi - ne sait plus gérer les informations et les priorités et pour se protéger il risque de s'enfermer sur ses propres difficultés et schémas de pensée étriqués.
Entre le Darfour, RESF, le réchauffement climatique, les crises palestiniennes et iraniennes, la guerre en Irak, ... on ne sait plus quoi mettre en perspective, on se replie sur soi et on finit par baisser les bras. Chacun d'entre nous a t-il le poids de la misère du monde sur ses épaules ? Ce n'est pas supportable. Il faut arrêter de condamner et de culpabiliser tout un chacun à tout instant.
Car la conséquence est là : ce poids du monde, voilà ce qui nourrit et alimente l'individualisme ambiant. Le besoin de cocooning qui guette chacun d'entre nous. Ce n'est pas nouveau mais le mécanisme s'auto-entretient dans notre société.
En outre, la misère n'est pas qu'au bout du monde, dans les campagnes chinoises, les dunes sub-sahariennes, les déserts africains ou la plaine indienne. Quand on connait à côté de chez nous la détresse de nombre de nos concitoyens qui ont tellement de mal à joindre les deux bouts, à se loger, à se déplacer, à vivre tout simplement, on finit par avoir du mal à faire preuve d'empathie, à comprendre et "arbitrer" entre toutes ces priorités. Comment peut-on hiérarchiser l'action publique pour remédier à toutes ces souffrances sans paraître inhumain ? La solution de Sarkozy : je m'occupe de tout, je peux tout, je suis partout. Que de déceptions potentielles à la clé !
Maisje me suis quand même posé la question : a t-on le droit de mettre en regard les souffrances d'une population défavorisée dans un pays riche comme les USA et les souffrances d'un peuple d'abord opprimé par un dictateur, puis dévasté par une guerre civile aux horreurs quotidiennes presque banales à force de répétition ? Qui doit on privilégier, selon quelle échelle des valeurs ?
Je pense que oui, on peut tout relativiser, tout mettre en perspective, prendre du recul à condition de savoir gérer les priorités et savoir quelle action il est possible de mener ou pas et au bon niveau. Sans pour autant être taxé d'égoïsme ou d'indifférence.
Je me rappelle d'une parole de Marek Halter il y a fort longtemps à qui on reprochait de ne pas s'indigner pour je ne sais plus quelle population touchée par la famine alors qu'il manifestait pour un autre drame au Soudan ou ailleurs. Il répondait au journaliste quelque chose comme : "voyez vous, nous avons tous notre contingent d'indignation et de révolte. On ne peut pas être sur tous les fronts à la fois. Ce que vous me dites à propos du Soudan [de mémoire] est horrible, mais ma capacité de mobilisation n'est pas sans limites. Il faut s'occuper sérieusement des problèmes un par un. Personne n'a la capacité à traiter tout à la fois".
Je n'ai pas oublié cette réponse de simple bon sens, qu'un Nicolas Sarkozy devrait méditer. A force de zapper entre toutes les catastrophes de la planète, qui nous sont balancées en temps réel sur nos écrans et dans nos journaux, l'individu lambda - moi - ne sait plus gérer les informations et les priorités et pour se protéger il risque de s'enfermer sur ses propres difficultés et schémas de pensée étriqués.
Entre le Darfour, RESF, le réchauffement climatique, les crises palestiniennes et iraniennes, la guerre en Irak, ... on ne sait plus quoi mettre en perspective, on se replie sur soi et on finit par baisser les bras. Chacun d'entre nous a t-il le poids de la misère du monde sur ses épaules ? Ce n'est pas supportable. Il faut arrêter de condamner et de culpabiliser tout un chacun à tout instant.
Car la conséquence est là : ce poids du monde, voilà ce qui nourrit et alimente l'individualisme ambiant. Le besoin de cocooning qui guette chacun d'entre nous. Ce n'est pas nouveau mais le mécanisme s'auto-entretient dans notre société.
En outre, la misère n'est pas qu'au bout du monde, dans les campagnes chinoises, les dunes sub-sahariennes, les déserts africains ou la plaine indienne. Quand on connait à côté de chez nous la détresse de nombre de nos concitoyens qui ont tellement de mal à joindre les deux bouts, à se loger, à se déplacer, à vivre tout simplement, on finit par avoir du mal à faire preuve d'empathie, à comprendre et "arbitrer" entre toutes ces priorités. Comment peut-on hiérarchiser l'action publique pour remédier à toutes ces souffrances sans paraître inhumain ? La solution de Sarkozy : je m'occupe de tout, je peux tout, je suis partout. Que de déceptions potentielles à la clé !
C'est le lot des politiques paraît-il. Il faut se blinder dit-on si on veut résister et c'est bien ce que je crois pour ma part. Pour tous ceux qui s'interrogent sur l'absence de compassion apparente que cela révélerait de la part de ceux qui ont "le pouvoir", je leur demanderai simplement : savez vous ou est le vrai pouvoir ? Qu'est ce que le pouvoir ? Et autre question sans doute délicate : que faites vous à votre niveau, que proposez vous, que faites vous à titre bénévole ?
La réponse peut paraître simple : citoyens, prenez le pouvoir, prenez les choses en main ! Mais est ce que les citoyens s'emparent de leur avenir ? Pas facile quand on est au pied du mur de dire ce qu'il faut faire. Tellement plus facile de s'en remettre à - ou de dénoncer - ceux qui ont le pouvoir, les capacités, l'instruction, les moyens de faire changer les choses. Ces fameux "ils" qui abreuvent les conversations de comptoir. "Ils" vont encore augmenter les impôts. "Ils" s'enrichissent sur notre dos. "Ils" sont tous obsédés par le pouvoir, l'argent, la notabilité. "Ils" ne s'occupent pas de nous.
Je n'ai que cette réponse de Halter à opposer : traitons les problèmes un par un au bon niveau. Personne n'a le pouvoir sur toutes les choses. Faire à sa mesure. Par petites touches, progressivement et d'abord dans son environnement immédiat, là où on touche du doigt les vraies questions. C'est celà être modéré en tout. Modéré et modeste.
Mais ne jamais renoncer à l'utopie, voilà ce qui est contenu dans la fin de la formule : "y compris en modération". Ne pas renoncer à notre part de rêve, voilà notre surmoi "gauchiste" qui reste en chacun de nous hommes et femmes de gauche, y compris chez les plus intégrés dans le monde d'aujourd'hui.
La réponse peut paraître simple : citoyens, prenez le pouvoir, prenez les choses en main ! Mais est ce que les citoyens s'emparent de leur avenir ? Pas facile quand on est au pied du mur de dire ce qu'il faut faire. Tellement plus facile de s'en remettre à - ou de dénoncer - ceux qui ont le pouvoir, les capacités, l'instruction, les moyens de faire changer les choses. Ces fameux "ils" qui abreuvent les conversations de comptoir. "Ils" vont encore augmenter les impôts. "Ils" s'enrichissent sur notre dos. "Ils" sont tous obsédés par le pouvoir, l'argent, la notabilité. "Ils" ne s'occupent pas de nous.
Je n'ai que cette réponse de Halter à opposer : traitons les problèmes un par un au bon niveau. Personne n'a le pouvoir sur toutes les choses. Faire à sa mesure. Par petites touches, progressivement et d'abord dans son environnement immédiat, là où on touche du doigt les vraies questions. C'est celà être modéré en tout. Modéré et modeste.
Mais ne jamais renoncer à l'utopie, voilà ce qui est contenu dans la fin de la formule : "y compris en modération". Ne pas renoncer à notre part de rêve, voilà notre surmoi "gauchiste" qui reste en chacun de nous hommes et femmes de gauche, y compris chez les plus intégrés dans le monde d'aujourd'hui.
Cette volonté utopique de changer le monde, c'est ce qui nous différencie de la droite gestionnaire de la société. Les vrais agents de transformation de la réalité sociale ce sont les socialistes et plus spécifiquement les sociaux-démocrates. Une tranformation à petites touches. De type impressionniste. A l'image du portrait de Jaurès qui figure en haut de ce blog. Tel est mon credo.
