A force d'utiliser des sigles barbares UIMM, DGS, EADS, AMF, CDC ... on finit par rendre compliquées des affaires à dessein. Surtout on dégoute les français d'essayer d'y voir plus clair comme dans l'affaire Clearstream si mal nommée, tant rien n'est "clear" là dedans.
Qu'est ce que le français moyen comprend à ces affaires où l'argent va de main en main ? Pas grand chose surtout lorsque chacune des personnes mises en cause multiplie les déclarations contradictoires et repousse la responsabilité vers quelqu'un d'autre comme une patate chaude.
Pour EADS, ces derniers jours ce fut le cas de Thierry Breton, Christine Lagarde, Arnaud Lagardère, Dominique de Villepin, le patron de la Caisse des Dépots (Augustin de Romanet) déclarant chacun la main sur le coeur (et le portefeuille) qu'ils ne sont coupables de rien.
Pour l'UIMM, c'est Yvon Jacob, Denis Gautier Sauvagnac lui même, et tous les chefs syndicalistes la main sur le coeur (et le portefeuille) qui jurent que personne n'y est pour rien, en tout cas pas eux.
Pas vu, pas pris, telle semble la devise de ces beaux messieurs et de ces belles dames. A croire qu'il n'y a rien de mal. Tout ce qu'on entend n'est qu'une légende venant d'esprits mal intentionn
és.
Ces affaires hérissent le poil du citoyen lambda dont moi, au plus haut point. Cette délinquance en col blanc a ceci de répugnant qu'elle s'accompagne de réflexes de protection dignes de la mafia : omerta, boucs émissaires, proclamations de bonne foi indignées, appel à la (légitime) présomption d'innocence, juridisme pointilleux derrière des textes de loi obsolètes (comme la loi de 1884 sur les syndicats patronaux).
Il y a pourtant des gens qui ont perdu de l'argent, beaucoup d'argent et d'autres qui ont en bénéficié de manière indues. Il n'y a pas mort d'homme, mais les principes moraux de base dans une société développée en prennent un sérieux coup.
Pour EADS, c'est vous et moi au travers de l'argent de l'Etat et de son bras financier la CDC, qui avons perdu 200 millions d'euros. Une paille vous me direz quand on connait nos déficits, mais aucune raison de tolérer qu'on s'asseoit dessus, pendant que quelques actionnaires privés se gobergent.
Pour l'UIMM, ces 20 millions d'euros appartenaient aux patrons ou plutôt aux entreprises qui financaient le syndicat patronal. Ils avaient le droit de faire ce qu'ils voulaient de leur argent ? Eh bien non, le financement des partis politiques en petites coupures ou l'achat des permanents des syndicats de salariés n'est pas dans l'objet social d'un syndicat professionnel. C'est même purement et simplement interdit. Syndicaliste CGT, je serais scandalisé si on m'apprenait que les juristes ou les administratifs de la porte de Montreuil voyaient leurs fiches de paie agrémentées de subsides patronaux. Il est vrai que c'est plutôt FO qui est en ligne de mire, mais c'est la même chose.
Sur le blog de JM Aphatie, le journaliste s'étrangle en apprenant de la bouche de l'ancien patron des RG Yves Bertrand que tout ceci est un secret de polichinelle. Les patrons ont toujours financé les partis, même après les lois sur le financement public ... On reste sans voix. Est ce que tout le monde trouve celà normal ? La droite qui a un rapport décomplexé avec l'argent ne doit y voir qu'une logique "business" des rapports dans notre société. Mais à gauche, où la morale n'a pas toujours été respectée (cf les années 1990 avec à la clé une claque mémorable en 1993), on ne peut donc rien dire de plus fort, de plus audible, de plus outragé ? Ou sont nos ténors ? Ouhouh il y a quelqu'un à Solférino ? On a peur d'ouvrir un peu trop la boite de Pandore ?
Alors moi modeste militant de base, simple citoyen qui paye ses impôts jusqu'au dernier centime d'euro, qui fait de la politique pour pas un rond, ou plutôt à qui ca coûte de s'investir ... j'ai envie de hurler à nos "élites" : OU VA L'ARGENT ? A QUI PROFITE LE CRIME ?
Nom de Zeus ! Il n'y a donc personne d'honnête et responsable dans ce panier de crabes capable de comprendre tout le mal que quelques individus véreux font courir à tout notre système démocratique ?!
