Nicolas Sarkozy a reçu ce jour le rapport d'Hubert Védrine qu'il lui avait commandé dans le cadre de sa politique d'ouverture.
Je viens de parcourir rapidement la prose de ce dernier sur la place de la France dans la mondialisation dans le Monde.
Après avoir parcouru les "meilleures feuilles" de ce rapport de 60 pages, je suis un brin perplexe. On sait que Védrine a été un des meilleurs ministres des Affaires Etrangères de la Vème république. Mais justement son rapport me paraît davantage relever d'une analyse géopolitique de l'état du monde que d'une vraie boite à outils et à propositions pour la France lui permettant de s'inscrire - ou non - dans le projet de la mondialisation. Je ne voudrais pas paraître obsédé par les questions économiques et sociales mais je n'ai rien lu en la matière de concret dans ce résumé. Ou sont les propositions qui relèvent de ces domaines majeurs ? La mondialisation touche pourtant la vie quotidienne des français : leur emploi, leur pouvoir d'achat, leur mode de consommation, leur culture, leur environnement.
Tout tourne autour de la politique étrangère. Quand Védrine parle d'une participation offensive de la France à la mondialisation, c'est toujours dans une optique de défense des intérêts diplomatiques de la France et par delà la France de l'Union Européenne dans le processus en marche. Alors certes, les questions géostratégiques sont cruciales mais j'ai vaguement l'impression d'un "hors sujet", ou si je ne veux pas être sévère, d'une analyse intelligente mais partielle du phénomène observé.
Accentuant mon malaise, quand l'ancien ministre aborde le sujet, il y a je dirais un soupçon de "patriotisme économique" dans le document que je trouve légèrement gênante. En fait il épouse en cela le discours musclé de Nicolas Sarkozy sur une répartition de la richesse Nord-Sud qui préserve le milliard d'occidentaux - et ses travailleurs pauvres ou précaires - contre les cinq milliards de non-occidentaux - et ses foules de pauvres encore plus nombreux. Une contradiction avec un message fédéraliste européen à première vue. Protéger l'Union Européenne oui, la bunkeriser non, l'atomiser en laissant de la place aux arbitrages nationaux encore moins. La critique de "l'européisme" m' a laissé pantois. Sujet à interprétation, rédigé en termes parfois sybillins j'ai peut-être du mal avec le message du rapport. La doctrine socialiste évolue elle clairement, dans le sens d'une acceptation de la mondialisation, ce que l'auteur dit aussi mais je ne suis pas certain de soutenir les moyens protectionnistes envisagés.
La lettre de mission du président était sans doute orientée sur les spécialités diplomatiques d'Hubert Védrine mais je me demande si ce dernier a voulu "plaire". Je devrais réserver mon jugement après la publication du rapport intégral, car j'ai comme un sentiment d'inachevé à la lecture de la synthèse. Cela n'enlève rien à mon estime pour Hubert Védrine mais j'attendais bien autre chose. Quelque chose qui puisse nous servir dans les forums thématiques dont l'un porte justement sur la mondialisation. Je crains que cela ne soit pas tout à fait le cas. Dommage.
