Une petite recherche sur Google sur "plan de rigueur" dans l'actualité et voilà le résultat : près de 200 articles évoquent la possibilité, la probabilité, l'éventualité ... d'un plan de rigueur. (1)
Il est vrai que la succession des mots "guerre, faillite, menace nucléaire, crise boursière, croissance anémique, déficits publics abyssaux, trou de la sécu ..." commence à faire froid dans le dos. Tout est catastrophique sauf le trou de la sécu qu'on supporte parce qu'on y est peu ou prou habitué depuis des lustres.
Y aura-t-il un plan de rigueur ? Je n'en sais rien. Mais on fait tout pour nous y préparer. La seule question est de savoir si ce sera un vrai grand plan de rigueur avec gel des salaires, baisse des budgets publics, contrôle des dépenses, fiscalité aggravée, etc ... ou un plan d'accompagnement du ralentissement économique. Je ne crois pas que Sarkozy ait le courage ou la lucidité d'un vrai plan de rigueur, car ce serait reconnaître que son paquet fiscal de 15 milliards était une aberration.
J'en suis venu à me demander depuis quand un plan de rigueur n'a plus été appliqué en France. Et j'ai trouvé ! Si on excepte les mesures du plan Juppé de 1995, que celui ci a fini par retirer partiellement, le dernier plan d'austérité en bonne et dûe forme date de 1983 ... et ce sont les socialistes qui l'ont mis en oeuvre. Le tournant de la rigueur ... la parenthèse jamais refermée. Ce fut le passage à l'ère social-démocrate jamais assumée au parti socialiste, mais qu'un Emmanuelli par exemple a cité comme étant le jour où le PS a définitivement reconnu l'économie de marché.
Alors faut-il penser que notre aggiornamento est déjà réalisé ? Que tous nos travaux de refondation sont d'ores et déjà achevés ? Que nous parlons nous les socialistes, le "capitalisme" comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir ? Je crois que c'est un leurre.
Il est significatif que ceux qui nient le besoin de rénovation du PS sont ceux mêmes qui ont contesté l'opportunité d'un plan de rigueur en 1983. Les Mauroy, Emmanuelli, Chevènement, même Fabius et toute la Mitterrandie ne se sont rendus que tardivement aux réalités de la crise économique.
Il s'en est fallu de peu que ce tournant ne se soit pas produit si on en croit Jacques Attali. Mitterrand a changé d'avis au tout dernier moment à la suite de la réunion de la dernière chance avec le gouverneur de la Banque de France, à qui il demandait : "Monsieur le Gouverneur, combien de temps le franc va t-il tenir quand nous aurons annoncé que nous sortons du serpent monétaire européen ?" "Oh quelques heures, monsieur le Président". Mitterrand que personne n'a jamais vraiment pu déstabiliser, en est resté sans voix. Il était ignare en économie, mais il n'ignorait pas les conséquences financières pour le pays de la sortie massive des capitaux.
Et c'est comme celà que la France socialiste a connu son Bad Godesberg économique... sans jamais le reconnaître. Mais sur le plan social, qui est l'essence même de notre parti, a t-on remis en cause nos dogmes étatistes ? Non. La mise en oeuvre autoritaire des 35 heures en est l'exemple le plus criant. Ne laissons donc pas croire que la rénovation n'est qu'une aimable plaisanterie de salon pour sociaux-démocrates ou sociaux-libéraux échevelés.
Les mots ont un sens. N'employons pas les mots au hasard, pour choquer, pour exister ou pour le plaisir de faire un "bon mot". Certains n'y résistent pas, comme Kouchner ou Fillon, et c'est dommage.
A ce sujet, et pour finir sur une note plaisante, j'ai découvert sur le blog de JM Aphatie, trois blagues de Laurent Fabius (!) que je ne connaissais pas sous ce jour :
Petit déjeuner. Trois blagues de Laurent Fabius, très détendu et catastrophé par l'état du débat au PS. Des colloques pour la rénovation, pfff… a-t-il pouffé.
Première blague, c'est Laurent Fabius qui parle. Hier, Nicolas Sarkozy m'a fait penser à ce cow boy qui s'arrête à la porte du saloon et qui dit d'une grosse voix: il y a quelqu'un qui veut la bagarre ici? Non? Bon, alors je rentre.
Deuxième blague, toujours Fabius qui parle. J'ai lu dans un journal un échange imaginaire qui décrit parfaitement la méthode de François Hollande. Un socialiste dit: il est six heures du matin. Un autre dit: il est six heures du soir. Et François Hollande conclut: nous sommes tous d'accord, il est six heures.
Troisième blague. On nous dit toujours que nous devrions faire notre Bad Godesberg (allusion à un congrès du SPD allemand, en 1959, où il abandonne son vieux programme marxiste et accepte l'économie de marché). Ce serait mieux de faire un Good Godesberg.
Pourquoi n'a-t-il pas fait ces blagues au micro? A mon avis, il aurait dû.
Amusant non ?
(1) A lire : les articles d'actualité de Google sur "le plan de rigueur" ...
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