En cette période de vacances, je lis. Par exemple j'ai acheté à la FNAC de Cergy, le livre de Jean-Christophe Cambadélis, Parti Pris.
Ce livre raconte la vie interne du parti socialiste depuis 2002, les luttes de pouvoir, les manœuvres de François Hollande, l'ascension de Ségolène Royal, les conditions de la campagne présidentielle et l'issue fatale pour la gauche.
Je n'ai lu qu'une centaine de pages de ce livre pour l'instant donc je ne donnerai pas ici toutes mes impressions, mais je le trouve littéralement passionnant. Un acteur éminent de la classe politique (je sais qu'il n'aime pas cette expression) nous délivre sa part de vérité sur ce qui est souvent réservé à quelques initiés des soirées parisiennes.
Cela me paraît utile et nécessaire à ce stade de notre rénovation. Les autres livres qui relatent la campagne comme celui de Claude Bartolone dans "Une élection imperdable" sont davantage un procès à charge contre la candidate, qu'une analyse dans la durée qui explique et met en perspective la longue crise qui secoue le PS depuis au moins cinq ans.
L'analyse des mécanismes à l'oeuvre au sein du premier parti d'opposition est fondamentale si on veut comprendre ce qui a failli dans notre logiciel et ce qu'il convient d'en conclure. J'y reviendrai ultérieurement quand j'aurai fini ma lecture.
Par ailleurs, je lis dans le Figaro une synthèse des premières contributions à la réflexion collective sur la rénovation et il est frappant de noter que c'est la prose de DSK qui retient le plus l'attention, car la plus riche et la mieux développée. J'imagine que les futures contributions s'appuieront sur un diagnostic partagé : un parti trop replié sur lui même, en mal d'innovation, en perte de sens.
Le danger de ce genre de débat est de ne déboucher que sur des vastes considérations philosophiques sur l'état du monde, de la société et des individus. Les socialistes adorent réinventer le monde idéal. Mais ils ne le font pas ce nouveau monde. Ils s'arrêtent en chemin ou se perdent dans des combats périphériques comme celui de leur propre organisation.
Or justement c'est ce que propose François Hollande : organiser des discussions thématiques sur notre organisation, notre mode de désignation du candidat, notre représentation, faut-il en finir avec les courants, ... vaste débat qui n'intéresse en rien les français. Oh bien sûr il y a ces débats philosophiques sur le PS et l'individu, le PS et la nation, le PS et la mondialisation. Il ne faut pas désespérer de la réflexion collective, mais comment imaginer que l’on puisse prendre un bout de chacune des meilleures contributions et que l’ensemble fasse système ? J’interroge la cohérence d’ensemble, la pertinence et la force du message qui en découlera.
Le pire serait de reproduire les erreurs du passé, la synthèse émolliente, la liste de propositions incomplètes ou incompatibles entre elles et de ne pas voir la conséquence naturelle : floue ou contradictoire, les français ne comprennent pas le sens de notre démarche. Donnons un sens simple et clair à notre action. Si nous mêmes ne sommes pas cohérents avec la direction empruntée, si nous attendons trop de la démocratie participative ou si au contraire nous voulons tout régenter depuis les hautes sphères de l’Etat, comment voulons nous que les français s’y retrouvent et adhèrent ? Impossible.
Le mieux selon moi serait que nous nous prononcions différemment suivant nos courants de pensée, sur nos visions de la gauche et de la France d’aujourd’hui et que cela se traduise par des propositions complètes, globales, intelligibles, bref des motions qui s’affrontent lors d’un débat général dans un Congrès. La vraie réforme serait d'accepter l'absence de compromis, de limiter les amendements, de n'arbitrer qu'à la marge. Nous acceptons bien que la droite au pouvoir applique son programme. Pourquoi faudrait-il absolument que nous rendions notre propre tâche plus difficile ?
L'art de la politique est paraît-il l'art du compromis. C'est en général parfait pour imaginer des solutions bancales. Selon moi cet art ne doit pas passer avant la science du gouvernement. Celle qui rend les victoires prévisibles et quasiment inéluctables. Cette science demande des professionnels qui travaillent en équipe, soudés entre eux, sur la même ligne. Considérer la politique comme un travail au service de convictions et non comme un sacerdoce au service d'un dogme, quelle horreur ! Il paraît que c'est ce qui nous différencie de la droite : foutaises, il n'y a pas plus de mercenaires chez eux que chez nous ! La défense de l'intérêt général n'est pas le monopole de la gauche. Si nous commencions déjà par admettre cela, sans cynisme, sans hypocrisie, nous les vertueux, les moralistes, les purs, quel progrès nous aurions fait. Quand nous aurons défini ce que nous ne sommes pas, nous aurons fait un pas pour savoir ce que nous sommes.
