La refondation que chacun appelle de ses voeux depuis la défaite aux dernières élections recouvre des propositions bien diverses au sein du PS.
Un éditorial récent du Monde pointait du doigt la triple crise qui agite notre parti : une crise de leadership, une crise de stratégie et une crise de projet. Bref une crise globale de notre système. N'en jetez plus la cour est pleine. Pourtant certains rajoutent une autre crise comme François Hollande sur la nécessaire ré-organisation de l'appareil, pure question de boutique s'il en est. Ces questions que je juge périphériques sont importantes mais non prioritaires dans le processus de refondation. Ne les oublions pas mais n'en faisons pas l'enjeu de nos débats d'aujourd'hui. Il sera toujours temps de savoir si les primaires socialistes étaient une bonne idée à renouveler ou non.
Revenons à ce que je juge essentiel. Depuis quelque temps, je lis et j'écoute les uns et les autres et je tente d'y voir clair pour déceler les différentes stratégies possibles qu'énoncent nos têtes pensantes de façon plus ou moins chargée en contenu.
D'abord un point de consensus, il n'y a pas d'alternative à la refondation. Ou plus précisément, personne ne propose d'en rester à un replatrage de façade.
Je vais donc essayer de me livrer à un exercice de classification des courants selon un double axe : intensité de la refondation envisagée et capacité à réaliser la refondation. C'est en fait un exercice de consultant classique que certains cabinets mènent pour identifier sur un "marché" les leaders et les challengers ainsi que les tendances prévisibles. Cette approche marketing, certains me la reprocheront sans doute mais elle a le mérite de clarifier les idées pour les militants nouveaux et aussi peut-être les anciens qui cherchent un peu de lumière dans la nébuleuse qu'est devenue notre galaxie.
Un schéma valant mieux que tous les grands discours, je vous présente une description de ma vision actuelle de l'état des courants et des acteurs au sein du PS.
Pour simplifier je fais mienne cette infographie du Monde qui décrit ainsi les cinq courants principaux au sein du PS.
Certains penseront qu'il manque telle ou telle chapelle ou sous-courant mais je choisis de reprendre cette classification pour ensuite créer une représentation simple de la galaxie PS sous forme de nuages qui s'interpénètrent et où chacun peut reconnaitre - ou contester - sa place. C'est une façon également de fixer les idées sur les forces et les faiblesses de chacun. Cette balkanisation du PS est aussi une cause de perte d'énergie et d'efficacité, mais c'est un autre sujet.
L'exercice pourrait utilement s'étendre à nos partenaires de gauche ou d'ailleurs de façon à tirer une vision élargie de l'offre politique progressiste, cependant je m'arrêterai pour l'heure au décryptage de l'offre du PS.
Je ne voudrais pas que l'on m'accuse de décerner des brevets de modernisme ou d'intenter des procès en archaïsme donc je ne jugerai pas du "sens" des réformes envisagées pour moderniser le parti. Je ne veux pas non plus prêter le flanc à la critique sur ce qu'est "la vraie gauche", débat stérile. Il ne s'agit pas non plus de discréditer tel ou tel courant sur sa capacité à participer au débat, mais de permettre à chacun de savoir le chemin qu'il a à parcourir pour pré-empter le leadership au sein du PS et sur sa capacité d'exécution de la refondation. Il s'agit bien d'un état des rapports de force internes rapportés aux messages récents que les uns et les autres ont émis sur le type de refondation qu'ils souhaitent. Je prends en compte le résultat des dernières élections internes pour juger des rapports de forces internes (même s'ils ont pu évoluer depuis) et mes lectures des contributions des uns et des autres pour juger - subjectivement j'en conviens - de la dose de rénovation et d'innovation que chacun propose d'insufler au PS.
S'en suit un quadrant magique à la mode du Gartner Group, que j'utilise pour définir cinq groupes distincts.
- au milieu en brun, les "conservateurs-rénovateurs" : j'y place essentiellement les hollandais, adeptes du changement dans la continuité, comme l'appellation le suggère.
- sur la gauche, en rouge les "orthodoxes-conservateurs" : j'y place la majorité des fabiusiens
- sur la droite en bleu occupant le plus d'espace, les "rénovateurs" : pour l'essentiel les royalistes,
- encore à droite en mauve, mais plus faibles dans la capacité à diriger une majorité les strauss-kahniens, que je range dans les "visionnaires". Il faudra sans doute trouver un nouveau leader à Socialisme et Démocratie, mais les idées restent.
- enfin très centraux mais en effectifs limités, en vert, les jospinistes regroupés sous les couleurs de Delanoë, les "visionnaire-rénovateurs".
Encore une fois, malgré les apparences, les qualificatifs ne sont pas attribués pour décerner une bonne ou une mauvaise note aux courants. Certains individus appartenant à un groupe peuvent sortir de l'épure d'où la forme "polygonale" de chaque courant d'idées. Il s'agit bien de ma vision des positionnements des uns et des autres sans jugement de valeur. D'ailleurs l'adhésion des "clients" du parti à un groupe majoritaire n'est pas garantie par le positionnement dans la case des rénovateurs (les leaders dans la classification du Gartner), mais il en est sans doute facilité. Précisons que pour moi, les "clients" du parti ne sont pas les militants mais les électeurs, dont nous recherchons les suffrages. Il ne s'agit pas d'une quête du pouvoir au sein du parti qui doit être le but de la refondation mais celle du pouvoir dans les institutions de la république. Il est par contre envisageable de deviner quelles sont les forces à l'oeuvre au sein du parti dans l'optique de son futur leadership. On voit selon moi d'où peuvent venir fondamentalement les idées les plus innovantes au service de la reconquête, que ce soit de petites boutiques (DSK, Delanoë) ou de grosses structures (Royal).
Je sais que pour de nombreux camarades, innovation est synonyme de trahison ou de droitisation, alors qu'en fait il s'agit pour l'essentiel de reformuler nos fondamentaux d'une façon recevable par une majorité de citoyens. Ce que DSK appellait "bâtir la maison du renouveau". Le point d'achoppement est évidemment dans ce qu'on met sous le vocable de "socialisme du réel", terme que Fabius après Royal vient d'emprunter à DSK dernièrement. La vérité sortira vraiment du débat que nous aurons par exemple sur les retraites ou sur la démocratie sociale, ou plus fondamentalement du rapport au marché lors du Congrès. Pour l'instant, les écrans de fumée continuent d'obscurcir l'horizon des militants.
Avec ce tableau, on peut aussi imaginer les alliances possibles entre courants. Les alliances "naturelles" devrais je dire, car rien n'empêche certains de mes camarades d'imaginer que le courant de Fabius et celui de DSK pourraient s'allier. Je n'y crois pas personnellement. Non pas d'un point de vue tactique mais d'un point de vue idéologique. Ce qui n'empêche pas de discuter et de cohabiter.
Enfin, il est évident que ceci n'est qu'une photo à un instant donné du rapport de forces à l'intérieur du PS et que le mouvement des hommes et des idées révèlera sans doute une autre image d'ici 2012. Cette contribution schématique est une pièce dans le débat interne du PS destinée à faire l'état des lieux, l'inventaire préalable à tout exercice de refondation.
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