Hier après-midi j'ai regardé par hasard la Cinq. Et j'ai vu le deuxième épisode d'une série de quatre émissions sur Jacques Chirac, une oeuvre écrite par Patrick Rotman. Bien fichu, vraiment. Et je ne suis pas le seul à le penser, David Abiker du BBB l'écrivait lui aussi. Ce Chirac était vraiment quelqu'un d'exceptionnel dans son genre.
On y voit un animal politique hors concours, un type capable de serrer des milliers de mains, de faire 500 réunions publiques en trois mois (cinq par jour !), invraisemblable mais terriblement efficace. Les moyens modernes de communication ont peut-être remplacé tout cela mais je n'en suis vraiment pas sûr. Rien ne vaut le contact direct. Les gens aiment voir, sentir, toucher les candidats.
Mais ce n'est pas le sujet de ma note ! Je digresse encore. Argghh je sens les lecteurs s'enfuir ... Je sais que je délivre mes idées d'une façon parfois décousue et déroutante mais c'est parce que j'écris en réfléchissant, ou que je réfléchis en écrivant comme on veut, juste pour le plaisir de dérouler un raisonnement. A vous de décider si vous voulez lire la suite.
Bref, dans ce documentaire il y avait aussi Nicolas Sarkozy très jeune militant RPR, qui expliquait son choix de soutenir le futur président. Il disait dans son style déjà inimitable en martelant les mots mais avec un timbre de voix juvénile que seul Jacques Chirac proposait de rendre la France plus juste, plus moderne et plus forte.
Quand il a dit celà, ca m'a fait penser aussitôt au slogan que nous avons utilisé lors de la dernière campagne législative avec Patrick Abisseror : votez pour une France juste, moderne et solidaire. Nous étions contents d'avoir trouvé cette formule. En fait, sans le savoir nous étions dans le même cycle de pensée. A un détail près, mais un détail important.
La seule différence est dans le dernier qualificatif : la force contre la solidarité. Quel symbole ! Peut-on trouver expression plus simple du clivage gauche-droite ?
Ca m'a rendu songeur un moment car si par hasard, nous l'avions oublié, nous socialistes sommes du côté des plus faibles et des plus défavorisés, de ceux qui bien que travaillant dur et se levant tôt, ne peuvent pas se payer des vacances à 23 000 euros la semaine (ou des appartements à 4 M d'euros), de ceux qui refusent ou craignent le chacun pour soi, de ceux pour qui la religion ne saurait être l'espoir de vie meilleure dans le futur.
La droite de Chirac-Sarkozy défend la loi du plus fort, celle du clan. La gauche de Mitterrand-Jospin défend la loi de la solidarité, celle de la communauté.
Quand je disais dans ma note précédente que la droite défendait comme la gauche l'intérêt général, je prêtais le flanc à une critique évidente : ou se situe alors le clivage gauche droite me dira t-on ? Dans les moyens employés ? Non, pas seulement. Dans les priorités et les objectifs aussi. Eh bien voilà une réponse simple comme je les aime. La droite c'est d'abord l'individu, la réussite personnelle, l'égocentrisme, la gauche c'est d'abord la communauté, le collectif, le vivre ensemble. Une question de priorités certes, mais aussi de valeurs et de symboles.
Inventer de nouvelles solidarités, c'est un vrai défi que beaucoup de chercheurs de gauche ont cherché à relever. Si je devais conseiller une dernière lecture de vacances studieuses (195 pages quand même), ce serait celle là, issue du club de réflexion Convictions.
Finalement, François Hollande a peut-être raison de vouloir nous faire réfléchir à l'individualisme dans notre société. Tant que nous n'aurons pas trouvé de réponses appropriées contre le venin consumériste et la fragmentation sociale, la société continuera de se droitiser et nous serons contraints de suivre ou de nous marginaliser. De nous transformer en morts-vivants. Quel être vivant a envie de se transformer en poussière ? Celui qui croit en l'au delà ? Celui qui espère en un monde meilleur ? Voilà qui relie la droite et la religion. Quand on renonce à expliquer ou à changer le monde, Dieu est bien commode. Ce n'est pas décidément pas simple d'être de gauche. Mais il s'agit d'expliquer que notre combat est un combat pour la vie.
Dans cet esprit, il n'est pas simple de trouver un slogan de gauche aussi beau que celui de la LCR : nos vies valent plus que leurs profits. Culpabilisateur et moralisateur à souhait, vraiment pas mieux. Pour lutter contre l'individualisme il faudra trouver quelque chose d'autre qui fasse abstraction de la morale et de l'éthique pour se contenter de l'humain, de ses faiblesses, de ses zones d'ombre et de lumière ... Des idées ?
