Selon Libération, le député-maire d'Evry "veut faire imploser le PS", rien de moins ...
Valls fait preuve d'un activisme soutenu depuis nos défaites électorales des mois de mai et juin. On se souvient de son refus marqué de soutenir lors du dernier Conseil National, le calendrier de la rénovation proposé par François Hollande. On se souvient de l'appel des quadras du 7 juillet dont il avait implicitement pris la tête de file avec Montebourg et Gorce. On se souvient enfin qu'il a organisé dans sa ville tout dernièrement une réunion de ces quadras pour entamer le chantier de la rénovation. Vaste chantier dont tout le monde parle comme après chaque défaite, mais dont personne ne s'accorde sur le contenu et la signification. La remise en cause collective est difficile et prendra du temps.
Malgré celà, les initiatives de Valls me semblent aller dans le bon sens, et j'aimerais y voir l'émergence d'une de ces têtes chercheuses dont le PS a besoin pour enclencher une nouvelle dynamique politique.
Je connais les qualités et les défauts de notre camarade et notamment son surnom de Manuel Valse à cause de ses positions en forme de girouette par exemple sur le TCE. Personnellement, je vois plutôt le côté positif de la chose : le pragmatisme, la quête de soi et le loyalisme affichés. Certains dénoncent l'absence de convictions et l'opportunisme. Certes, mais nos leaders y compris le plus célèbre d'entre eux, Tonton, n'ont-ils pas à diverses occasions démontré leurs capacités à changer d'opinion sur des sujets lourds. Les anathèmes lancés par François Mitterrand contre les institutions de la Vème République n'ont pas résisté aux réalités une fois arrivé au pouvoir. Etait-il sincère ? Je l'ignore. Révolutionnaire au dehors, conservateur à l'intérieur. Un classique chez les socialistes. A droite que dire de Chirac ? Bref, Valls ne serait pas le premier à avoir évolué dans ses convictions. A son âge, on peut y voir si on veut vraiment être positif une forme de maturation. Tout simplement, il y a là une marque d'intelligence, d'humanisme et de capacité à progresser en reconnaîssant la supériorité des arguments d'autrui en certaines occasions. Les plus grands esprits savent celà.
En résumé, je surveillerai avec attention et un brin de sympathie le parcours de Manuel Valls bien qu'il ne se soit pas révélé social-démocrate pur sucre, et qu'il ait eu des positions qui frisent le communautarisme. Il a par contre les pieds bien ancrés dans la réalité des villes sensibles, notamment en ce qui concerne la sécurité. Surtout il n'est pas adepte du consensus mou dont tous les socialistes disent aujourd'hui qu'il a conduit à rendre le PS comparable à la SFIO juste avant le congrès d'Epinay de 1971. Comme la SFIO sclérosée, le PS est actuellement un parti de conseillers municipaux, départementaux ou régionaux, donc des notables et des élus que beaucoup accusent d'être attachés à leurs mandats plus qu'à leurs valeurs et la protection des plus défavorisés.
Visant moi même ce type de responsabilités, je ne vais pas jeter le bébé avec l'eau du bain : il est important d'avoir un réseau d'élus connaissant les dossiers locaux. Rien ne se fait en dehors du système. A cet égard, je relis avec intérêt le livre de Rocard "si la gauche savait" où on voit bien que l'histoire ne fait que se répéter. La fin du cycle d'Epinay dont nous parlent les éditorialistes est bien une réalité. Il est temps de fonder un nouveau parti socialiste. Un nouveau nouveau PS si l'on veut. En fait ce qui doit changer, ce sont les têtes et les esprits : les leaders et les idées.
L'enjeu national mérite que l'on prépare l'alternance au sarkozysme avec l'énergie de jeunes dirigeants à notre tête plutôt qu'avec des générations qui ont échoué et qui se contenteraient du socialisme municipal ou de missions lointaines. Mais il serait vain aussi de croire qu'on pourrait se passer de l'expérience et des talents de nos anciens qui n'ont pas "juridiquement tort parce qu'ils sont minoritaires" pour reprendre le mot d'André Laignel. Etant au coeur de mes préoccupations, je sais que la préparation des projets municipaux démontre qu'on ne saurait réussir sans l'expertise et la sagacité de nos anciens.
Il est au final amusant de voir à quel point nous pouvons répliquer localement ce qui se passe au niveau national. Les enthousiasmes de débutant voisinent avec les soupirs désabusés des anciens. Mais la remise en cause est collective et tant qu'on réussira à s'indigner et à vouloir transformer la réalité sociale, l'espoir nous est permis.
