Qui ne se souvient des polémiques virulentes lancées lors de la campagne présidentielle (y compris dans la phase des primaires socialistes) sur l'accès au nucléaire civil par l'Iran ?
C'était un facteur de différenciation entre les candidats socialistes. Chacun y allait de son interprétation du traité de l'AEIEA sur le nucléaire pour démontrer qui l'ignorance de l'une (Royal), qui l'irresponsabilité des autres (DSK et Fabius).
La vérité est plus simple si on en croit Sarkozy. A partir du moment où un pays fait un pas pour revenir dans le concert des nations, la communauté internationale se hâte de lui tendre les bras ... et le porte-monnaie.
La Real-Politik vient de nous rattraper subitement avec cette affaire des infirmières bulgares libérées par l'opération du Saint Nicolas et de Mère Cécilia. On comprend qu'au delà de l'affaire compassionnelle qui a fait bien pleurer dans les chaumières, il y a aussi une affaire de gros sous.
La Libye est un pays riche de pétrole, un pays dont les infrastructures sont en friche et dont le développement a été gelé par des années d'embargo international. En bref, la Libye a de l'argent, des pétro-dollars mais pas de possibilité de les dépenser. On serait tenté de dire, qu'elle ne peut les blanchir si on se souvient que ces fonds ont aussi servi à financer des opérations terroristes comme l'attentat de Lockerbie.
On apprend donc que la Libye va lancer des appels d'offres internationaux pour se procurer des équipements et des services lui permettant de rénover ou créer des infrastructures civiles. Par exemple une usine de désalinisation à énérgie nucléaire pour fournir de l'eau potable à sa population. Les citoyens occidentaux qui apprennent celà aujourd'hui par les médias et les organes de communication des gouvernements ne peuvent que réagir positivement à toute la séquence : "drame humanitaire - infirmières - enfants malades du sida - libération - soins aux enfants - besoin d'eau potable - souffrances de la population libyenne - fin de la menace terroriste libyenne - nouveaux marchés pour les européens - emplois."
Voilà sur quoi s'appuient nos décideurs pour faire passer la pilule, et il y a toutes les raisons pour qu'elle passe. Surtout qu'on prend le soin de préciser que les américains, ces nouveaux croisés de la lutte anti-terroriste internationale ont eux repris le chemin de Tripoli depuis belle lurette pour s'accaparer quelques marchés juteux que la morale ne réprouve plus au delà de l'Atlantique.
L'Union Européenne a payé 461 millions de dollars pour libérer cinq infirmières et un médecin palestinien. Mais elle essaie de récupérer une partie de son "investissement" en tentant d'accéder aux marchés libyens renaissants. Du donnant-donnant. Je n'ose dire du "gagnant-gagnant" car je ne suis pas sûr que les malheureux occupants des avions explosés y aient gagné quelque chose à part une place dans les manuels d'histoire du terrorisme d'Etat.
Nicolas Sarkozy fait donc maintenant feu de tout bois pour convaincre l'opinion du bien fondé d'une réhabilitation des Etats du moyen orient, une nouvelle politique d'ouverture en quelque sorte mais en ligne avec la traditionnelle politique pro-arabe de la France. Habile. Cependant, l'Iran doit jubiler de voir la ligne de front européenne céder une nouvelle fois devant la quête de succès à court terme que cherche à s'octroyer le président Sarkozy. Celui ci a beau jeu de dire qu'avant lui, les problèmes subsistaient, perduraient, s'enlisaient. Sarkozy a utilisé les règles du marché pour faire signer un contrat qui de fait dénoue la crise. La gauche et les contempteurs de la politique sarkozyste sont bien en peine de trouver une réplique juste à partir du moment où la communauté internationale voit que quelqu'un est allé au bout du job. Je suis bien placé pour le savoir : dans un contrat comme dans toute négociation, le plus difficile c'est de conclure. Etait-on au point de conclure ? Seuls les acteurs pourraient le dire, et bien sûr le trio Sarkozy -Guéant - Cécilia (on ignore où sont passés Fillon et Kouchner) affirme le contraire. Ce même Guéant soit dit en passant a été pris en flagrant délit de mensonge télévisuel avant hier quand il déclarait que le nucléaire ne faisait pas partie de la négociation libyenne. Pour conclure il est un fait qu'en Afrique et au Moyen Orient, dans une négociation, le temps si cher aux occidentaux est une notion qui n'existe pas. Les négociateurs français ont gagné la bataille du temps. Et le temps c'est ... vous aurez compris.
Ont-ils bien fait au final ? A ce stade, il est trop tôt pour savoir si le remède est pire que le mal. Mais on sait qu'avec Sarkozy le règne de l'argent roi, d'un certain type de contrat est bien de retour. A nouveau c'est l'argent qui fait tourner le monde, cyniquement et sans complexes. Il faudra vraiment beaucoup d'imagination et de talent à ceux qui souhaitent une politique alternative pour créer un nouvel ordre mondial qui ne soit pas basé sur les règles du marché ou en tout cas pas seulement.
Il y a contrat et contrat. Comme on le sait, le diable se niche dans les détails et on ignore le détail des contrats passés. Le soupçon de dessous de table ou de clauses secrètes est déjà présent. Malheureusement comme pour le Tour de France, s'il y a des tricheurs, on ne le saura peut-être que bien plus tard, quand les acteurs se seront retirés.
Question aiglonnesque aux lecteurs : Nicolas est-il dopé selon vous ? A quoi marche t-il ?
