Le débat sur les institutions est le péché mignon des socialistes. Tout ce qui a trait à la cuisine interne plonge le parti dans le délice des discussions et des argumentations sans fin dont les militants socialistes sont friands.
On se souvient des polémiques frénétiques sur le TCE qui avaient déchiré le PS, mais aussi plongé le pays dans une vraie confrontation politique riche et démocratique. Il serait donc exagéré de considérer ces questions comme de pure forme et sans intérêt pour le progrès des idées.
Une nouvelle question institutionnelle voit le jour ces derniers temps au PS. Doit-il changer son organisation interne pour s'adapter à la nouvelle donne politique introduite par le quinquennat et la présidentialisation de fait du régime. Nous sommes toujours sous la Vème République mais beaucoup d'observateurs jugent que l'UMP a plus vite que le PS pris la mesure des conséquences du changement. Rappelons que la réforme introduite par Giscard a été validée par Jacques Chirac, qui a organisé le référendum qui l'a institutionnalisée. Mais c'est bien Lionel Jospin qui a décidé de l'inversion du calendrier. Aujourd'hui la présidentielle commande tout l'édifice puisqu'elle précède les législatives, avec les conséquences que tout le monde observe aujourd'hui.
Cette nouvelle donne impose une réflexion sur l'organisation des machines de guerre que représentent les partis de gouvernement. L'UMP a dès 2003 changé ses statuts, imposé la désignation d'un président doté d'une vraie autorité impulsant une ligne claire. Nous désignons depuis Epinay un premier secrétaire animateur et producteur de consensus, qui s'impose (Mitterrand, Jospin) ou non (Hollande) comme le leader de la gauche gouvernementale. Loin de moi l'idée qu'il faille renoncer au processus démocratique de désignation du premier secrétaire par les militants, mais il faut adapter notre organisation à ce fonctionnement nouveau. En un mot : présidentialiser le PS.
Que le premier secrétaire devienne "président" est pour moi moins important que le changement de fonctionnement de nos instances nationales. Il semble venu le temps de désigner à nouveau clairement une majorité et une opposition au sein même du parti. Laisser la possibilité à la synthèse - dont je ne trouve paradoxalement pas de trace dans nos statuts - est une notion batarde productrice d'immobilisme. Que l'on cherche en permanence le plus petit dénominateur commun est de mon point de vue, une régression des idées et un abaissement du débat. Edulcorer nos projets jusqu'à les rendre illisibles aux yeux des citoyens est une erreur qui produit des extrêmes forts. Instruit par l'expérience, j'avoue avoir évolué sur ces questions. La droite a assumé ses valeurs et proposé une ligne claire. Elle a réduit le FN à la portion congrue. Si nous voulons réduire nos gauchistes à cette même juste proportion - celle que l'on constate dans les autres pays européens - c'est en assumant nos différences, pas en les niant. Certains me feront remarquer que celà peut supposer un virage plus à gauche du parti, comme Sarkozy l'a assumé à droite. Je pense que le jeu en vaut la chandelle. Le clivage doit exister, le choix doit être clair, il y a bien deux visions de l'Homme qui s'affrontent. Et au sein du PS, différentes sensibilités de gauche peuvent s'incarner et s'exprimer. Voilà pourquoi selon moi, une fois acquise cette nouvelle organisation de nos rapports de force interne, en priorité il s'agit de trouver une personnalité fédératrice, forte dans ses convictions, charismatique et énergique. Un chef. Pourquoi est ce que la gauche a t-elle toujours peur d'avoir un vrai chef ?
Je suis donc persuadé que le débat sur notre organisation interne n'est pas si inutile que celà pour nous permettre de rebâtir la maison du renouveau.
Il ne faudrait pas néanmoins que ces discussions prennent trop de place au détrimens de la vraie réflexion idéologique. Les questions sont nombreuses, elles se recoupent, elles s'entremêment.
- qu'est ce qu'être de gauche en 2007 ?
- qu'avons nous dire aux français concernant leur vie quotidienne et celle de leurs enfants ?
- qu'est ce qui nous différencie de la droite, quelles sont nos valeurs, en quoi leur promettent t-elles une vie meilleure ?
- y a t-il une notion d'intérêt général de droite et un intérêt général de gauche ? Notons au passage que les français qui ont répondu non à cette question, ont permis à Bayrou d'occuper cet espace avec succès.
Renforcer le parti est une chose. Les questions d'alliances et de redéfinition de l'union de la gauche sont l'autre facette dans la perspective de la reconquête et son prérequis : l'unité.
La difficulté de l'union à gauche constitue selon moi l'essentiel de l'explication de nos passages trop courts au pouvoir. Que ce soit en 1936, en 1981, en 1997, la division a toujours permis à la droite de revenir quelques années après. Mais aujourd'hui à gauche, seul subsiste en tant que force constituée le parti socialiste. Cette solitude est un atout tant qu'elle ne se transforme pas en force hégémonique : sa seule force doit lui permettre de s'imposer sans combattre, par le respect qu'elle inspire. Il fallait un maître manoeuvrier comme Mitterrand pour piloter une flotte puissante mais hétéroclite. Aujourd'hui, il nous faut imposer le respect pas la pitié et encore moins la crainte.
Aujourd'hui il nous manque un capitaine pour diriger ce navire amiral. Il nous manque un architecte pour imaginer une nouvelle gauche pluraliste (pas de caporalisme) où le pôle du réformisme ne se fasse pas canonner à vue par le pôle de gauche radicale, et où celui ci ne se sent pas contraint à la surenchère pour exister. Cette crise de leadership prend un caractère préoccupant car depuis trop longtemps - au moins 2002 -, nous ne jouons pas à égalité. Ceci pour dire que ceux qui nous racontent l'histoire d'une "élection imperdable" ont tort selon moi. Nous avons sous-estimé nos handicaps.
A droite Sarkozy essaye d'occuper tout l'espace y compris celui de l'opposition. Il est LE leader à droite. A nous de rattraper notre retard en commencant par le plus simple - notre organisation - afin de ré-occuper le territoire abandonné à l'adversaire, en passant par le moins évident - notre leader - pour enfin rejouer à armes égales. Une fois repositionnés et dotés d'un leader possédant les qualités exceptionnelles indispensables, nous serons en mesure de faire face.
La réponse à la question de cette note est donc simple : les deux mon capitaine.
