Voilà la meilleure nouvelle de la journée et elle m'avait complètement échappée.
Mélenchon pense à divorcer du PS.
Bravo ! Qu'il aille au bout de son idée. Qu'il emmène avec lui ceux qui ont une vision étatiste de la gauche, ceux qui pensent qu'il faut interdire les licenciements, qu'il faut nationaliser les entreprises en faillite, qu'il faut dire non à l'Europe forcément "ultra-libérale", en résumé qu'il faut dépasser la social-démocratie.
Cultiver l'ingénierie fiscale au lieu de chercher la croissance des revenus, préférer la loi au lieu du contrat, privilégier l'assistanat et l'irresponsabilité au lieu de la solidarité et de l'insertion, le laxisme au lieu de la sécurité, la défense des salariés de la fonction publique au lieu des salariés précaires du privé, voilà à grands traits simples quelques combats qui différencient les étatistes de la gauche du PS et nous les socio-démocrates.
Mais je ne veux pas tomber dans la caricature. Je crois moi aussi que la loi doit intervenir pour régler les situations que le dialogue social ou le marché ne permet pas de résoudre, mais la différence selon moi c'est que l'Etat ne doit agir qu'en dernier ressort. La place de l'état n'est pas, n'est plus de tout régenter. Les citoyens sont aujourd'hui bien plus autonomes et capables que par le passé de se prendre en main, de participer, et de trouver les chemins praticables de la vie en commun. L'Etat arbitre n'a plus à être l'acteur qu'il fallait absolument mettre en avant comme auparavant pour tout reconstruire comme au sortir des guerres. Ce n'est qu'en cas de crise que l'Etat doit intervenir comme acteur en dernier ressort, mais pour prévenir les crises, l'Etat a un rôle capital celui de donner à chacun sa chance, puis en cas d'échec initial d'offrir une nouvelle chance. La droite dure s'en tient à la nature des choses, à chacun de se débrouiller. La droite dite sociale s'arrête elle en général à la première chance, au delà à chacun d'assumer. Pas les socio-démocrates. Ré-inventant l'Etat providence, nous proposons des filets de protection tout au long de la vie et le développement d'un maillage de la société (syndicats, associations) qui ne laisse personne au bord du chemin. Mais il n'est pas question de laisser les gens s'enfermer dans l'assistanat. Voilà le message qui aurait dû passer lors de ces élections, pas celui d'une gauche "généreuse" avec l'argent des autres et "compréhensive" pour les fraudeurs.
Maintenant que la paix est devenue une donnée durable de nos sociétés occidentales, il est temps de repenser notre vision du monde. Les français se sont repliés sur eux mêmes à l'occasion du non au TCE mais ont décidé de se réveiller quand Chirac a quitté la scène.
Revenons à la gauche. Que ceux qui pensent - là encore pour simplifier - que la défense des positions acquises, le retranchement dans les citadelles du secteur public et des entreprises publiques est l'avenir de la gauche, aillent défendre ces thèses dans d'autres mouvements. Ca ne me choquerait pas. Celà participerait de la clarification nécessaire au sein du PS. Nous sommes le parti du progrès et ce n'est pas compatible par définition avec le statu quo, c'est à dire la défense de statuts vermoulus et de corporatismes.
Cette tâche de refondation sera plus simple si 80% du PS démontre une homogonéité forte. Ce qui a manqué dans cette période électorale, c'est l'unité des socialistes, l'unité autour d'une doctrine assumée de transformation sociale qui ne soit plus teintée par le communisme ou le trotskysme. Pour autant, ne trichons pas, ce n'est pas du côté de Fabius ou Mélenchon que sont venus les coups les plus rudes. Les jospinistes (Allègre, Besson, ...) et les électrons libres (Rocard, Kouchner, ...) ont davantage sévi.
Mais mon propos doit se comprendre dans la durée des cinq ans qui viennent de s'écouler. La défaite vient de bien plus loin que ces péripéties de la campagne et l'actualité (par exemple la gare du Nord) imprévisible. Elle vient de notre synthèse confuse et indigeste.
Donc merci sincèrement, monsieur le sénateur, pour cette oeuvre de clarification. Va au bout de ta démarche, Jean-Luc, tu as du talent. On pourra toujours se retrouver dans des alliances républicaines contre la droite, la vraie, celle qui n'a que le mot marché à la bouche.
Une scission en dernier ressort, pour faire renaître la gauche ... Retrouver la clarté d'une gauche bipolaire comme au temps du PS et du PCF. Une gauche réformiste alliée alternativement à une gauche étatiste et/ou à un centre social libéral.
Tous ces partis doivent changer de nom (comme le Modem l'a fait) pour commencer et rendre visible aux yeux de l'opinion l'oeuvre de rénovation.
Oui c'est notre meilleure chance pour éviter dix ou quinze ans de sarkozysme.
