Les négociations actuellement en cours avec les pays membres de l'Union Européenne sont difficiles. Nicolas Sarkozy tente de faire passer son "mini-traité" notamment à quatre pays qui n'ont pas vraiment envie de le suivre dans sa démarche : la Pologne, la République Tchèque, les Pays-Bas et bien sûr le Royaume Uni.
Angela Merkel la chancelière allemande n'est pas la dernière à essayer de trouver une solution face aux coriaces polonais. Je prends le pari que ce sont les anglais qui seront les plus difficiles à convaincre et uniquement s'ils sont isolés. Ce front extérieur est délicat à manoeuvrer, mais Sarkozy a des alliés puissants avec les allemands, les italiens et les espagnols qui veulent avancer.
Par contre, en cas de succès de ces négociations, il restera encore à faire valider par le parlement français ce nouveau traité simplifié puisque Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il ne ferait pas de nouveau référendum.
Et c'est là que le résultat du deuxième tour des législatives prend tout son sens. Le fait que la révision constitutionnelle ne peut se faire que par une majorité des 2/3, obligera le président à tenir compte de l'avis de l'opposition.
Ce dossier crucial montre à quel point il était important de ré-équilibrer les pouvoirs en donnant un maximum de voix aux socialistes et aux autres partis de gauche. L'opinion de 47% des français (et même 54% si on se souvient du résultat du référendum) ne passera pas par pertes et profits.
Le front intérieur sera donc une deuxième phase du combat pour l'Europe. Sarkozy pourra peut-être compter sur une division de l'opposition sur ce sujet qui avait déjà déchiré la gauche en son temps et sur un appui populaire qui avait manqué à Jacques Chirac en 2005.
Pas de répit pour le nouveau président. Certains parlent déjà de la fin de l'état de grâce. Mais comme on a l'impression que Sarkozy aime ça, ces défis et ces combats permanents, on ne le plaindra pas. En tout cas on observera attentivement la façon dont il se sortira ou non de toutes ces négociations. Il aurait été intéressant de voir ce qu'aurait fait Ségolène Royal si elle avait été élue, mais on ne le saura pas. On peut néanmoins légitimement se demander si elle croyait à ce que proposait le programme socialiste en la matière. Sa critique des 35 heures généralisées et du SMIC à 1 500 euros après la défaite n'est pas très habile pour réhabiliter la parole socialiste et pour démontrer une façon "différente" de faire de la politique. Si elle se sentait corsetée par le projet, que n'a t-elle pris sa liberté comme elle l'avait fait lors de l'investiture ? Mais je me détourne du sujet principal.
Le challenge est surtout pour la gauche de passer d'une stratégie d'opposition frontale - pour tout dire à front de taureau, stupidement manichéenne - à une opposition constructive et maitrisée sur fond de bataille de leadership interne. Tous les acteurs ou presque (au revoir Juppé) sont à leur place pour que la politique soit ce qu'elle doit être avant tout : un espace de débat d'idées et de projets avec pouvoir et contre-pouvoir. Notre démocratie fonctionne mieux quand elle est équilibrée. C'est l'intelligence des français que d'avoir permis finalement cet exercice contrôlé du pouvoir. Après tant de déceptions pour la gauche, on se consolera avec ce sentiment que la France ne s'est pas abandonnée à Bonaparte.
