Je suis toujours sonné par l'élection de Nicolas Sarkozy et par voie de conséquence la lourde défaite de la gauche.
Tout ça pour ça ? On a tellement parlé du devoir de victoire, de la peur qu'inspire Nicolas Sarkozy, des formidables qualités de la candidate : sa proximité avec les français, sa modernité, la ferveur des meetings, ... qu'on se demande encore comment nous avons pu perdre. Mais pour allumer des contrefeux, on entend toujours des gens parler du manque de soutien des dirigeants du PS comme d'une cause importante de la défaite.

Dans les réunions internes, il est exact que les gens ont fait plus que la moue devant l'intervention de DSK à 20h15 le 6 mai au soir.
Certains s'expriment dans leurs sections en tant que ségolistes de la première heure. Je trouve étonnant le manque total de recul et d'autocritique par rapport au résultat.
Quand je lis : "Dans un parti démocratique comme le PS, c’est aux militants de trancher. En définitive, ce seront eux qui décideront souverainement En faisant comme si «les jeux étaient faits» et en présentant ses options personnelles comme des vérités devant s’imposer à tous, DSK s’inscrit en marge de cette démarche." J'ai envie de dire à mes camarades que cette critique s'applique tout aussi bien à Ségolène Royal quand elle propose d'imposer son leadership et "sa disponibilité immédiate" pour 2012.
C'est vrai néanmoins que la réaction de DSK a pu sembler excessive, d'autant que ce n'est pas habituel chez lui, l'homme du consensus. Plus que les mots, c'est l'expression qui a frappé les gens. Je ne sais pas si l'enthousiasme souriant de Ségolène Royal était mieux adapté (moi je l'ai trouvé culotté et franchement décalé) mais peu de gens ont vécu l'élection de Sarkozy comme une tragédie totale. Un désastre tellement annoncé qu'il n'a surpris personne, pas plus DSK qu'un autre. Mais la vérité est ailleurs : DSK sait que Sarkozy a gagné une bataille sur le fond idéologique, ce qui est bien plus grave que le sort des dirigeants. Les hommes changent, les idées restent.
La réaction de l'appareil est une chose, mais la réaction de la base et des sympathisants n'est pas bien meilleure. Personne n'est convaincu que DSK aurait fait mieux à part les pro-DSK. Ce qui est noté c'est la performance de Sarkozy et donc on a tendance à se dire qu'il était trop fort pour nous.
J'entends aussi des gens continuer à dire qu'il n'y avait qu'elle pour le battre mais que c'était franchement impossible. Trop forte équipe en face. Comme au foot.
Quand des militants en sont à se faire hypnotiser à ce point par l'adversaire, c'est que c'est grave. Et certains pensent que Ségolène Royal a fait la meilleure campagne possible, allant crescendo dans ses attaques et ses propositions. C'est possible mais c'est faire comme si nous étions "partis pour perdre" ... Mais camarades, en ce cas, pourquoi se battre ? Comme dans ma circonscription où tout est joué. C'est totalement faux, nous pouvions gagner, nous aurions dû gagner, avec une meilleure préparation idéologique, avec de meilleures troupes, avec une union sans failles. La droitisation du pays n'est qu'une piètre excuse, puisque celà revient à admettre que nous avons failli sur les valeurs.
Ce qui me fait flipper c'est que toutes ces analyses post mortem font peu de cas de ce qu'on nous a raconté avant et pendant la campagne :
- nous devons gagner (le devoir de victoire qui imposait une et une seule candidate)
- nous avons la meilleure candidate (proclamée par les sondages, mais absolument pas préparée et au point sur les dossiers)
- elle a la meilleure équipe autour d'elle (le pack présidentiel - jamais réuni, jamais utilisé)
- le pacte présidentiel à la sauce présidentielle de 1981 et ses 101 propositions (mais pas une seule mesure phare qui reste dans la tête des français)
- un bilan de droite à faire peur, propre à un vote sanction (mais qui a déjà eu lieu en 2004 pour les français)
- un vote remords 2002 pour blinder le score du PS au premier tour (mais qui va épuiser toutes les réserves de voix au deuxième tour)
- une volonté de changement et d'alternance systématiques depuis 1981 (mais non vérifiée pour la fonction présidentielle occupée depuis douze ans par la droite).
- le calendrier était idéal selon François Hollande, puisque c'est celui qui avait permis à François Mitterrand de gagner en 1981.
On sait tout ça, on nous promet donc de gravir la montagne et au final on doit se contenter d'une défaite qu'on veut nous faire croire aujourd'hui qu'elle était annoncée, d'une "non victoire" inévitable ou presque ? On se moque de nous. "On" c'est la direction actuelle du PS. Ca l'arrangerait bien de nous faire croire que la bataille était trop difficile pour espérer l'emporter. Non il aurait fallu réunir les conditions pour l'emporter, et ce ne fut pas le cas.
Non je ne suis pas content, pas heureux d'avoir fait tout ça pour ça.
Et s'entendre aujourd'hui taxer de machine à perdre, ça c'est ce qui me met hors de moi.
L'échec est collectif dit-on. Non c'est encore une excuse facile. L'échec est concentré entre quelques mains, lié à quelques décisions (le calendrier) ou absence de décisions (la rénovation), sur quelques manoeuvres qui ont servi de stratégie minimaliste (la synthèse). Pas étonnant que certains tentent de mettre le couvercle sur la marmite.
Je mettrais un certain temps à me remettre d'un tel gâchis.