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mai 2007

Ségolâtrie au Zenith, socialistes au tapis ...

Je n'y étais pas, mais je ne le regrette pas.

En parcourant quelques articles qui racontent l'ambiance du grand meeting national hier soir au Zenith, je suis très étonné par ce que je découvre.

Marianne par exemple : Toute la soirée, l'image de la belle unité sera gâchée par les réactions très coordonnées d'un public de militants ségolistes chevronnés. Jospin et DSK sifflés. Royal ovationnée.

Le Nouvel Obs est plus mesuré en relatant une dépêche AP qui parle de DSK "victime de quelques sifflets au début de son discours.".DSK qu'on a accusé sans preuves d'avoir fait siffler Royal au même endroit en novembre, aura donc fait l'objet d'une sorte de vengeance pour avoir fait la tête à la télé le soir de la "non-victoire". Il a été néanmoins applaudi sur la fin.

Fabius et Hollande ont parait-il été très bons. Certains se sont demandés pourquoi on ne les a pas vu s'élever à ce niveau un peu plus tôt. Et Delanoé a fait une prestation honorable, lui qu'on pressent pour de hautes fonctions dit-on.

Quant à Ségolène Royal, elle est toujours en campagne présidentielle. Rayonnante, adulée, protégée par une popularité au zénith. Elle parle de refonder le logiciel socialiste. Il y a des informaticiens qui ont du souci à se faire ... Aussi bien ceux qui ont développé la version précédente que ceux qui seront chargés de ré-écrire les programmes. Mais c'est un travail indispensable.

Sans vouloir refroidir l'enthousiasme ségoliste, observons que les derniers sondages sont plutôt inquiétants pour le PS. Les trois quart des sièges semblent promis à l'UMP et à ses alliés.

Disons le en termes simples, il est grand temps pour les militants et les sympathisants de se mobiliser pour cette dernière bataille. Les querelles de chapelle et les questions de positionnement auront le temps de s'exprimer plus tard. Nous aurons cinq ans pour celà. Espérons que cette fois ce délai suffira pour préparer un candidat ou une candidate capable de battre le président Sarkozy en parlant de ce qui fait notre force et fonde nos valeurs : l'intérêt général. Nous avons tout simplement oublié de parler haut et fort de l'intérêt général quand Sarkozy vantait à pleins poumons les mérites de la réussite individuelle.

Mauvais avocats de nos valeurs, frileux dans la rénovation, tiraillés par des ambitions contradictoires. Pas étonnant que nous soyons allés au tapis.


La zapatilla

Je dis ce que je fais, je fais ce que je dis.

Cette phrase est attribuée généralement à Lionel Jospin. On s'est beaucoup moqué du même Jospin qui au soir de la défaite du 21 avril avait dit qu'il abandonnait la politique, mais se réservait un droit de parole.

Il a tenu parole Lionel. Jamais il ne s'est représenté aux suffrages des militants et de nos concitoyens, même si la tentation et les appels ont été nombreux. Pourquoi ne pas parodier les militants ségolistes venus l'autre jour au dernier Conseil National avec une banderole où il était marqué 'Gloire à nos dirigeants qui font bloc avec Ségolène !". Puisque le PS ne craint plus le ridicule, avec "des méthodes à mi-chemin entre le "parti communiste chinois et le Pentecôtisme", (cf Razzye Hammadi), alors moi je dis : "Gloire à Lionel Jospin !".

Cette gloire je suis néanmoins tenté de ne pas l'attribuer tout de suite à Ségolène Royal qui disait dans Libération ce qu'elle ferait :

Votre campagne semble avoir retrouvé de l'allant depuis que vous avez retrouvé votre «liberté». Moins y a d'éléphants mieux c'est ?
Les responsables du Parti socialiste tiennent tous leur rôle dans la campagne. Ils sont tous en mouvement. Lors de l'élection présidentielle précédente, la mobilisation des militants avait faibli. Cette fois, jamais, avec 300 000 militants qui, dans cette dernière ligne droite, se battent. Le parti, dans ses profondeurs, est totalement en ordre de marche.
Mais c'est vous qui tentez de le révolutionner...
C'est moi la candidate, c'est sur moi que reposent les responsabilités. Je serai responsable de ce qui arrivera. Je ne ferai porter la responsabilité sur personne d'autre.

Et dans les faits, la réponse qui s'en est suivie une semaine après la défaite - pardon la non victoire - toujours dans Libération :

"Il faut que le candidat ou la candidate soit désigné beaucoup plus tôt, qu'il ne soit pas épuisé dans des querelles et conflits internes", a plaidé la candidate malheureuse à la présidentielle, moins d'une semaine après sa défaite face à Nicolas Sarkozy.

"Les fondamentaux de la société française telle que je l'avais comprise depuis longtemps ont été contestés même à l'intérieur du PS donc ça a déséquilibré la campagne", a-t-elle affirmé, soulignant : "J'ai toujours eu, subi des critiques si ce n'est des trahisons".

Donc si on comprend bien Ségolène Royal, le parti était rassemblé en ordre de marche, mais finalement ce n'était pas le cas. Elle avait toujours un socialiste dans le dos et dans le collimateur. Conclusion : si défaite il y a, c'est bien à cause de celà, encore et toujours la faute des éléphants.

Est ce vraiment ainsi qu'on assume ses responsabilités ? A priori oui. Il suffit d'avoir le culot nécessaire et l'approbation de l'opinion. La remise en cause personnelle est devenue superflue. Simple comme un coup de fil qu'elle n'a jamais passé le lendemain du 16 novembre 2006.

L'éditorial de Laurent Joffrin toujours dans Libération résume parfaitement mon sentiment actuel dans son introduction "le cauchemar des éléphants est sans fin" et dans sa conclusion "il y a un moment où les batailles d'ego doivent passer au second plan."

Pour terminer sur une pointe d'humour, une petite pique. Une gentille piquette comme celle qu'on boit les soirs de déprime. J'ai lu dans les commentaires dans Libé cette phrase qui m'a fait sourire : Après 2002, si le Parti Socialiste en 2007 avait désigné une mule, j'aurais voté pour une mule.

Mule ? Amusant. Ca m'a fait penser non pas à l'animal - trop désobligeant - mais aux mules, aux pantoufles, donc aux charentaises. Ahh c'est ça ... Et alors me direz vous, quel rapport ? Eh bien savez vous comment on traduit mules en espagnol ? Ca se dit "zapatilla" !

En 2007, certains ont voté pour la "zapaterra" et d'autres pour la "zapatilla". Et en 2012, je prends le pari : on recommence avec la charentaise lumineuse ! Humour vous dis je. Juste un peu d'humour ... Je peux bien (me) faire la tête de Zapatilla de temps en temps ;-)


Sarkozy à toute allure !

GouvtLe nouveau gouvernement est nommé avec trois transfuges de gauche (dont Kouchner le "french doctor", Jouyet un des technocrates ayant rédigé l'appel des Gracques et le traître à l'ego boursouflé Eric Besson). S'y ajoutent une personnalité remarquable de la société civile (Martin Hirsch le président d''Emmaus) et un homme du centre, (Hervé Morin). Voilà le gouvernement Fillon 1er est nommé.Sarkozy2

La presse annoncait il y a déjà quelques jours les noms qu'on a pu découvrir vendredi matin sur les chaînes d'info. Pas de surprise ou presque, tout se déroule comme annoncé. Etonnant début de quinquennat. Tout est fait pour donner l'image d'une France rompant avec les années chiraquiennes à marche forcée.

Les français observent sûrement du coin de l'oeil les évènements et l'hyper-activité du président qui saute d'avion en voiture de fonction sans arrêt. Ce week end il va expérimenter Brégançon dans le Var après la Lanterne (résidence des premier ministre) le week-end dernier.

Il est partout, tout le temps, tous les jours. Il nous donne le tournis. Il prend tout l'espace politique. En fait nous assistons à une entreprise de laminage de l'opposition touchant aussi bien le centre que la gauche.

On a la curieuse impression que Nicolas Sarkozy a été élu pour tout faire. La gauche a bien raison de craindre la concentration des pouvoirs. On peut même redouter la concentration sur un seul individu qui va gérer la France comme un manager recrutant ou licenciant ses ministres à sa guise ou selon l'air du temps.

La France va s'arrêter de tourner si cet homme tombe malade ou s'ennivre trop de son pouvoir... C'est sans doute la plus grande faiblesse de cette construction monarchique et le plus grand danger pour un pays qui ne semble en avoir guère conscience. L'illusioniste est de nouveau à la baguette pour achever son oeuvre de captation du pouvoir qui prendra corps avec une majorité absolue à l'Assemblée Nationale.


Ou va la gauche ?

Je suis toujours sonné par l'élection de Nicolas Sarkozy et par voie de conséquence la lourde défaite de la gauche.

Tout ça pour ça ? On a tellement parlé du devoir de victoire, de la peur qu'inspire Nicolas Sarkozy, des formidables qualités de la candidate : sa proximité avec les français, sa modernité, la ferveur des meetings, ... qu'on se demande encore comment nous avons pu perdre. Mais pour allumer des contrefeux, on entend toujours des gens parler du manque de soutien des dirigeants du PS comme d'une cause importante de la défaite.

Dans les réunions internes, il est exact que les gens ont fait plus que la moue devant l'intervention de DSK à 20h15 le 6 mai au soir.

Certains s'expriment dans leurs sections en tant que ségolistes de la première heure. Je trouve étonnant le manque total de recul et d'autocritique par rapport au résultat.

Quand je lis : "Dans un parti démocratique comme le PS, c’est aux militants de trancher. En définitive, ce seront eux qui décideront souverainement En faisant comme si «les jeux étaient faits» et en présentant ses options personnelles comme des vérités devant s’imposer à tous, DSK s’inscrit en marge de cette démarche." J'ai envie de dire à mes camarades que cette critique s'applique tout aussi bien à Ségolène Royal quand elle propose d'imposer son leadership et "sa disponibilité immédiate" pour 2012.

C'est vrai néanmoins que la réaction de DSK a pu sembler excessive, d'autant que ce n'est pas habituel chez lui, l'homme du consensus. Plus que les mots, c'est l'expression qui a frappé les gens. Je ne sais pas si l'enthousiasme souriant de Ségolène Royal était mieux adapté (moi je l'ai trouvé culotté et franchement décalé) mais peu de gens ont vécu l'élection de Sarkozy comme une tragédie totale. Un désastre tellement annoncé qu'il n'a surpris personne, pas plus DSK qu'un autre. Mais la vérité est ailleurs : DSK sait que Sarkozy a gagné une bataille sur le fond idéologique, ce qui est bien plus grave que le sort des dirigeants. Les hommes changent, les idées restent.

La réaction de l'appareil est une chose, mais la réaction de la base et des sympathisants n'est pas bien meilleure. Personne n'est convaincu que DSK aurait fait mieux à part les pro-DSK. Ce qui est noté c'est la performance de Sarkozy et donc on a tendance à se dire qu'il était trop fort pour nous.

J'entends aussi des gens continuer à dire qu'il n'y avait qu'elle pour le battre mais que c'était franchement impossible. Trop forte équipe en face. Comme au foot.

Quand des militants en sont à se faire hypnotiser à ce point par l'adversaire, c'est que c'est grave. Et certains pensent que Ségolène Royal a fait la meilleure campagne possible, allant crescendo dans ses attaques et ses propositions. C'est possible mais c'est faire comme si nous étions "partis pour perdre" ... Mais camarades, en ce cas, pourquoi se battre ? Comme dans ma circonscription où tout est joué. C'est totalement faux, nous pouvions gagner, nous aurions dû gagner, avec une meilleure préparation idéologique, avec de meilleures troupes, avec une union sans failles. La droitisation du pays n'est qu'une piètre excuse, puisque celà revient à admettre que nous avons failli sur les valeurs.

Ce qui me fait flipper c'est que toutes ces analyses post mortem font peu de cas de ce qu'on nous a raconté avant et pendant la campagne :

- nous devons gagner (le devoir de victoire qui imposait une et une seule candidate)
- nous avons la meilleure candidate (proclamée par les sondages, mais absolument pas préparée et au point sur les dossiers)
- elle a la meilleure équipe autour d'elle (le pack présidentiel - jamais réuni, jamais utilisé)
- le pacte présidentiel à la sauce présidentielle de 1981 et ses 101 propositions (mais pas une seule mesure phare qui reste dans la tête des français)
- un bilan de droite à faire peur, propre à un vote sanction (mais qui a déjà eu lieu en 2004 pour les français)
- un vote remords 2002 pour blinder le score du PS au premier tour (mais qui va épuiser toutes les réserves de voix au deuxième tour)
- une volonté de changement et d'alternance systématiques depuis 1981 (mais non vérifiée pour la fonction présidentielle occupée depuis douze ans par la droite).
- le calendrier était idéal selon François Hollande, puisque c'est celui qui avait permis à François Mitterrand de gagner en 1981.

On sait tout ça, on nous promet donc de gravir la montagne et au final on doit se contenter d'une défaite qu'on veut nous faire croire aujourd'hui qu'elle était annoncée, d'une "non victoire" inévitable ou presque ? On se moque de nous. "On" c'est la direction actuelle du PS. Ca l'arrangerait bien de nous faire croire que la bataille était trop difficile pour espérer l'emporter. Non il aurait fallu réunir les conditions pour l'emporter, et ce ne fut pas le cas.

Non je ne suis pas content, pas heureux d'avoir fait tout ça pour ça.
Et s'entendre aujourd'hui taxer de machine à perdre, ça c'est ce qui me met hors de moi.

L'échec est collectif dit-on. Non c'est encore une excuse facile. L'échec est concentré entre quelques mains, lié à quelques décisions (le calendrier) ou absence de décisions (la rénovation), sur quelques manoeuvres qui ont servi de stratégie minimaliste (la synthèse). Pas étonnant que certains tentent de mettre le couvercle sur la marmite.
Je mettrais un certain temps à me remettre d'un tel gâchis.


Discours de Dominique Strauss-Kahn au Conseil national du PS le 12 mai 2007

Dsk_plateautv3Mes camarades, dès dimanche soir, j’ai parlé de défaite, certains ont crié au scandale, je crois qu’ils ont tort, je crois que nous avons intérêt à dire la vérité et à faire comprendre aux Français que nous sommes capables de regarder la vérité en face. Certains y ont vu une attaque contre Ségolène Royal, tant on aime opposer les socialistes les uns aux autres.

Il paraît que j’avais un visage dur, oui, j’avais un visage dur, pas contre notre candidate, Ségolène Royal, j’ai fait sa campagne, j’ai fait acclamer son nom par des dizaines de milliers de gens venus dans les meetings, et je suis fier de l’avoir fait, donc ne nous donnons pas des leçons les uns aux autres, mais j’avais un visage dur parce qu’il y a de la dureté dans la douleur de la défaite, pas dans la dureté dans une quelconque médiocre vengeance des uns par rapport aux autres.

Donc je ne veux pas qu’il y ait de méprise entre nous, ni réelle, ni a fortiori feinte.

Sur le fond, je persiste. Nous avons vécu une élection présidentielle qui nous conduit à un résultat qui, malheureusement, est incontestable, c’est quand même la troisième défaite présidentielle que nous enregistrons, un résultat qui, je crois, était évitable, parce que sinon, les uns et les autres qui avons passé notre temps sur les tribunes vis-à-vis des camarades et vis-à-vis des électeurs, à leur dire qu’on pouvait gagner, on a raconté des histoires, et si on n’a pas raconté des histoires, c’est bien qu’on pensait, et moi je le pensais, comme vous, qu’on pouvait gagner, donc c’est bien que c’était évitable, et que je crois grave, parce que cela a été dit devant moi, je ne suis pas long là-dessus, la victoire de Nicolas Sarkozy, ce n’est pas seulement la victoire de la droite, c’est la victoire d’une droite qui veut implanter en France un modèle de société différent. Ce n’est pas la bonne vieille droite telle qu’on la connaissait, et les épisodes nautiques de ces derniers jours ont bien montré quand même que c’était une droite modèle américain, on peut appeler cela comme on veut entre nous, mais on se comprend bien, une droite où la seule référence dans la société, c’est le fait de gagner de l’argent et où on est décomplexé vis-à-vis de cela, c’est bien cette droite-là que Nicolas Sarkozy veut mettre en place. On l’a vu, dans un épisode sans doute maladroit, en termes de communication, pour lui, dans son histoire de bateau, mais on va le voir tout le temps, toutes les semaines, tous les mois à l’Assemblée sur tous les textes. C’est cette société-là qu’il met en place, et donc cette victoire, pour nous, et pour ceux que nous représentons, pour ceux qui souffrent, c’est une victoire qui est grave.

Alors les causes ? Est-ce que c’est le moment ? J’entends bien tout le monde qui dit : est-ce que c’est le moment de discuter sur les causes ? Parce qu’on a les copains, tous, qui sont dans le combat législatif. Et d’un autre côté, c’est parce qu’il y a le combat législatif que je crois qu’on ne peut pas faire semblant de ne pas regarder les causes. Quelqu’un a dit tout à l’heure : ce ne peut pas être le troisième tour de la présidentielle. Oui, c’est le troisième tour de la présidentielle, il aura exactement les mêmes conséquences que les deux premiers.

Si on veut avoir une petite chance de l’emporter, en tout cas de résister, il faut qu’on soit capable de dire aux Français qu’on a entendu ce qu’ils ont dit à l’occasion de ces deux premiers tours.

Alors la campagne, je veux bien, on a sûrement fait des erreurs de campagne, sinon on aurait gagné, mais ça, pour le coup, on verra, on a le temps d’en reparler. En revanche, je crois que cette défaite a quand même des racines qui sont profondes, et ces racines qui sont profondes, c’est que nous nous sommes éloignés du réel. Éloignés du réel, cela veut dire quoi ? Ça veut dire que sur un ensemble de sujets, on n’a pas apporté aux Français une réponse qui était audible.

On pourrait prendre mille exemples. Sur les retraites, le débat entre nous n’a jamais été tellement tranché, qui fait qu’on se retrouve avec un programme du parti d’un côté, une candidate de l’autre, incapable de dire, ce n’est peut-être pas l’avis de chacun d’entre vous ici, en tout cas c’est le mien : 37,5 années, ce serait souhaitable, malheureusement, dans la société qui est devant nous, ce n’est pas possible, et donc il faut l’assumer. Si on n’assume pas ça, on a un discours qui n’est absolument pas audible.

On pourrait dire la même chose sur le nucléaire. On est un peu comme ci on est un peu comme ça, et on met la candidate et tous ceux qui l’ont soutenue, tous ceux sur le terrain quand on s’est battu, dans des positions intenables, où on dit, pour des raisons qui sont liées à l’effet de serre, on pense que finalement, le nucléaire est une bonne position, c’est ma position, même s’il faut développer autant que faire se peut les énergies renouvelables, ou on dit le contraire, mais on n’est pas entre deux. Et quand on est entre deux sur trop de sujets, il y en a plein d’autres que ceux-là, on s’éloigne petit à petit de la réalité. Je crois que cet éloignement de la réalité fait que, effectivement, il faut revenir à un socialisme du réel.

Quand j’entendais tout à l’heure Benoît parler de révolution culturelle, je crois qu’il a raison. Le socialisme du réel, ce n’est pas un socialisme purement concret où on apporte seulement des réponses concrètes, l’idéologie y a évidemment sa part, mais c’est bien une idéologie qui se pose un minimum de révolution dans notre manière de regarder les choses.

Moi, je l’ai rencontré ton ouvrier, Benoît, celui qui nous disait : 1 500 euros, c’est bien, mais avec 1 500 euros, le patron ne va-t-il pas débaucher ? Je ne dis pas qu’il a raison de dire cela, je dis qu’il dit cela. Donc nous, parce qu’on a laissé s’insuffler cette idée-là, on a perdu une bataille culturelle, et c’est celle-là qu’il faut regagner, mais la regagner en ayant les pieds ancrés dans la réalité, pas dans le monde tel qu’on le voudrait, dans la réalité du pays telle qu’elle est aujourd’hui.

Parce que sinon, sinon les élections qui vont venir, je ne parle pas que des législatives, elles seront les mêmes.

François, la droite a fait la jonction entre la droite et l’extrême-droite, c’est vrai, mais ce n’est pas ça le sujet principal, ce n’est pas ça qui explique notre faiblesse de la gauche au premier tour. Ça explique la composition des votes de la droite au premier tour, mais pas la faiblesse de la gauche. C’est bien la faiblesse de la gauche au premier tour qui doit être notre problème.

CN-12-mai-2007.jpgDonc la réponse qu’on doit apporter, je crois qu’elle doit aller profondément dans la refonte de la façon dont nous nous représentons, où nous exprimons des positions idéologiques, et ensuite programmatiques qui peuvent être plus en phase avec ce que la société pense aujourd’hui.

Alors, on a des législatives. Je suis d’accord avec Claude Bartolone : on ne peut pas aller aux législatives en ne disant pas qu’on y va pour les gagner, qu’on dise que la probabilité de les gagner n’est pas immense, ça s’est sûr, mais on ne peut pas aller et mener le combat politique pour participer.

Les arguments, tout le monde les connaît, c’est l’équilibre à l’Assemblée nationale, c’est combattre la politique de Nicolas Sarkozy, c’est pointer les contradictions, c’est dénoncer les injustices. On connaît tout cela par cœur. Et l’exemple, la liste que faisait Barto tout à l’heure sur, s’il y a un groupe à l’Assemblée qui est massif, cela permet de combattre, et sinon ce n’est pas le cas, la liste d’exemples est juste.

Mais il faut aller à ces législatives en faisant comprendre aux Français que ce qu’ils nous ont dit le 22 avril et le 6 mai, ça a un écho chez nous. Sinon, on continue d’être à côté, et en même temps, il faut que nous, on soit capable de commencer la reconstruction.

Pour moi, il y a deux mots d’ordre dans cette reconstruction simples. Le premier, c’est le collectif. J’ai entendu dire qu’on voulait mettre en place des comités Théodule nouveaux, on a des instances, on a un bureau national. Que le bureau national du Parti socialiste refasse de la politique, et qu’on y gère et qu’on y tranche des questions politiques. Tout le monde y est représenté largement, que cela serve à quelque chose. On n’a pas besoin de créer pour un mois de campagne des structures nouvelles.

Le collectif, et puis le renouvellement. Eh oui ! Là aussi, Benoît, je suis désolé, mais Benoît, je suis désolé d’être toujours d’accord avec lui, mais Benoît a raison. Qu’à droite, sur les écrans de télévision, dans les débats, les soirs du premier tour et du deuxième tour, il y a des hommes et des femmes qui ont de l’expérience politique et qu’on voit depuis un certain temps, c’est bien normal, mais il y en avait aussi d’autres, et pas chez nous. Donc ce renouvellement-là, de générations, de couleurs et tout ce qu’on veut, d’origines, il ne faut pas simplement qu’on en parle, il faut que les Français le voient. Et si les Français ne le voient jamais, on reste un parti de vieux croûtons.

Donc, au bout du compte, il faut quand même qu’on soit capable de mettre en œuvre, cela vaut pour moi comme cela vaut pour les autres bien sûr, évidemment… L’exemplarité, Ségolène Royal parlait tout à l’heure de la politique par la preuve, exactement, l’exemplarité, elle doit exister à tous les niveaux. Je ne dis pas qu’elle a pris cette précaution de dire que la droite n’avait que des trentenaires, elle en a gardé quelques-uns, mais néanmoins, il y avait. Et si, dans cinq ans, quand on sera au bout du mandat de Nicolas Sarkozy, dont j’espère qu’il sera le mandat unique, mais ce n’est pas garanti, ceux qu’on veut mettre en avant doivent avoir acquis un peu de notoriété auprès des Français et avoir une quarantaine d’années à l’époque, il faut qu’on les prenne aujourd’hui à trente-cinq ans et qu’on commence à les promouvoir. Si on ne le fait pas, on n’aura pas ensuite les hommes et les femmes dont on aura besoin à l’arrivée.

Je finis d’un mot : il y a évidemment un scénario noir. Il ne faut pas faire semblant de ne pas l’avoir à l’esprit, chacun d’entre nous le redoute, veut le rejeter, sait que nous sommes capables de le rejeter, mais c’est qu’il existe le scénario noir. Le scénario noir, c’est un scénario où le Parti, petit à petit, devient la SFIO, grande puissance locale, grande impuissance nationale, et où finalement, se replient les uns et les autres sur ce qu’on fait fonctionner : les régions, les départements, les villes, et on trouve que ce n’est pas si mal. C’est trop compliqué de gérer les problèmes centraux, il y a trop de difficultés, trop de contradictions, on va laisser la droite le faire. Et on laisse la droite le faire une fois, deux fois, trois fois, et puis jamais, on ne retrouve le pouvoir national. Les Britanniques, ça leur a pris vingt-trois ans avant d’arriver à mettre Thatcher et Major dehors. Ce risque-là, il existe, c’est un PS qui devient petit à petit la SFIO, et une SFIO qui petit à petit devient ce qu’est le PC, c’est-à-dire une grande culture, une grande histoire, une grande référence, mais un astre mort dans la politique. Et cela, aucun de ceux qui sont ici n’en veut évidemment.

Évidemment, en face, il y a un scénario rose, il faut le mettre en œuvre, c’est le scénario où on est capable de moderniser ce qu’on fait. Alors, on ne va pas se battre sur la terminologie : rénover, moderniser, renouveler, on peut tous se gausser et faire des jeux de mot en disant qu’on entend parler de modernisation depuis 1986, de rénovation depuis je ne sais quand, tout ça, c’est vrai, mais on sait bien de quoi on parle quand même ; où on est capable de faire que ça bouge, ou bien on reste dans notre petit train-train quotidien, et finalement, rien ne change.

Si on est capable de faire que ça bouge, alors oui, alors l’ambition d’avoir un Parti socialiste qui prend sur sa gauche, fait qu’ils veulent finalement que les choses bougent et qui savent que, pour ça, il y a besoin d’un parti ; et sur sa droite, ceux qui sont au centre gauche et qui verront bien dans l’aventure malheureuse de ce François Bayrou, qui n’a aucune issue évidemment, si on est capable de rassembler tout ça, alors l’hypothèse d’avoir un Parti socialiste au-dessus des 30 %, d’avoir comme objectif un tiers, ce qui est la situation de tous les grands partis socio-démocrates en Europe, ce scénario rose-là, il est possible. Et moi, je voudrais que ce soit à ça qu’on se consacre, bien sûr dans les semaines qui viennent, la bataille des législatives, moi comme les autres, on sera disponible pour aller dans la mesure du temps qui existe, défendre les copains un peu partout, là où on peut aider à gagner des circonscriptions, mais au-delà de la bataille des législatives, on ne peut pas s’endormir. Si on s’endort, c’est un sommeil grave qui risque de nous toucher. On se réveillera trop tard, et dans cinq ans, on verra l’autre, le président de la République qui n’est pas manchot, chacun le reconnaît, avoir utilisé tous les moyens du pouvoir d’État qu’il a aujourd’hui en main pour faire que sa réélection puisse être assurée, et ce ne sera pas cinq ans, mais ce sera dix ans de droite, et Dieu sait ce qui se passe après. Et moi je ne veux pas que mon parti, mon pays acceptent l’idée qu’on va être pendant dix ans dans l’opposition. On y est pour cinq ans, peut-être même pas, on y est pour cinq ans par rapport à l’Élysée, peut-être même pas par rapport à l’Assemblée nationale. On doit mener ce combat, et si d’aventure, on devait ne pas gagner l’élection législative et qu’on soit effectivement pour cinq ans dans l’opposition, ces cinq ans, ça suffit !

Et moi, ce à quoi je vous invite, c’est qu’on soit capable à suffisamment remettre à plat l’ensemble de ce qui constitue ce qu’on dit, l’ensemble de ce qui fait nos pratiques, et l’ensemble de ceux qui nous représentent pour qu’on se mette en situation de fournir à la France la gauche pendant cinq ans.


DSK sur Europe 1

DSK a subi un certain nombre de critiques de la part de dirigeants et sympathisants socialistes suite à son intervention sur TF1 pour s'être ô scandale, déclaré disponible pour la rénovation du Parti Socialiste. Ces belles âmes se sont émues de ce qui a été interprété - à tort - comme un manque de soutien à Ségolène Royal dans la défaite.

Il a remis les pendules à l'heure ce matin sur Europe 1.

Sa priorité : "Je veux une gauche moderne, je veux une gauche qui soit capable de dire aux français : la mondialisation fait qu'on ne peut pas dire ce qu'on disait il y a vingt ans. Parfois ce que nous devons dire aujourd'hui, ça nous bouscule." Ou encore : "Ségolène Royal a pas mal rénové le Parti Socialiste en quelques mois, mais nous devons aller plus loin".

En complément , voici les autres réactions aux résultats de Ségolène Royal. Il est intéressant de lire les commentaires de Jean Louis Bianco et François Rebsamen les deux ex-co-directeurs de campagne de notre ex-candidate :

Jean-Louis Bianco, ancien directeur de campagne de Ségolène Royal: "Qu'est-ce qui a manqué le plus, et là-dessus je suis d'accord avec Dominique Strauss-Kahn, c'est qu'on n'a pas fait, malgré des progrès, une vraie rénovation idéologique". "On n'a pas fait ce que l'UMP a fait". (i>Télé, lundi 7 mai)

François Rebsamen, ancien co-directeur de campagne de Ségolène Royal: "La rénovation du Parti socialiste est une nécessité. Dès le lendemain des élections législatives, il faudra rénover le PS le mettre en phase avec la société et en faire un grand parti social-démocrate moderne". "Ca aurait dû être commencé plutôt". (France 2, dimanche 6 mai)

Ils rejoignent totalement DSK sur l'analyse critique de notre action collective. Au lieu de pousser des cris d'orfraie, certains d'entre nous feraient bien d'étudier avec le recul nécessaire les premiers enseignements de cette campagne. Au risque de nous voir répéter les mêmes erreurs dans un futur proche.

On a toujours tort d'avoir raison trop tôt. Mais si nous pouvions faire un diagnostic partagé, nous gagnerions du temps. Désigner Ségolène Royal comme le leader "naturel" de l'opposition me paraît tout aussi prématuré que si DSK avait fait acte de candidature en ce sens. Je ne suis pas disposé à désigner notre futur leader par acclamations ou sous la pression. Il y a des instances de décision qui se réuniront en temps utile pour celà.

DSK s'est proposé pour travailler à la rénovation sociale-démocrate du Parti Socialiste, et ce chantier sera avant tout une oeuvre collective comme l'est déjà depuis un certain la rédaction du manifeste social-démocrate.


Victoire de Sarkozy

Nicolas Sarkozy est élu président de la République, avec 53,28 % des voix contre 46,72 %, selon des résultats partiels communiqués par le ministère de l'intérieur qui portent sur 91,71 % des inscrits. | Lemonde.fr

Le candidat de l'UMP est élu président de la République, avec 53,28 % des voix contre 46,72 %, selon des résultats partiels communiqués par le ministère de l'intérieur qui portent sur 91,71 % des inscrits.
Ségolène Royal annonce qu'elle prendra la tête de l'opposition.
DSK appelle à la rénovation du PS.

Votez Royal en masse

Dimanche, nous avons le choix de désigner un candidat qui opposera les français les uns aux autres ou une candidate qui veut protéger le modèle social français et relancer notre économie.

N'hésitez pas à voter et faire voter pour Ségolène Royal, la première présidente de le République française

Sego