Une participation massive, des extrêmes décrochés, et surtout une France en bleu non seulement au niveau de la couleur du ciel mais aussi de la carte éléctorale. Manque une couleur à ce tableau : l'orange. Car le dernier enseignement de cette campagne est la renaissance d'un centre puissant qui s'affiche - et c'est une nouveauté - indépendant.
Tout est-il joué pour ce deuxième tour ? Les sondages qui ne sont pas
trompés cette fois, prédisent une large victoire de Nicolas Sarkozy. Ce serait aller un peu trop vite en besogne, mais la tâche de Ségolène Royal est difficile. Sarkozy a toute latitude désormais pour recentrer son discours, ayant largement fait le plein d'électeurs adeptes d'un discours d'autorité et de méritocratie. Sa déclaration "rassembleuse" d'hier soir avait déjà des accents "protecteurs" qu'on ne lui avait pas connu précédemment.
Royal a encore des atouts. Elle est forte d'un bon score de premier tour ayant littérallement pompé tous les votes utiles à gauche de la gauche. Tous ces partis l'ont bien compris puisque pas un des autres candidats de gauche n'a tardé à lui apporter son soutien dans un front anti-Sarkozy, y compris et c'est nouveau là encore, Arlette Laguiller elle même.
Elle dispose aussi d'une part significative de voix chez les électeurs de François Bayrou si on en croit les sondages faits juste après le premier tour.
On est donc enclin à se demander comme Roland Cayrol de CSA ou Jean-Marie Colombani du Monde, voir Julien Dray lui même, ce qu'elle attend pour donner des signaux forts à l'électorat de François Bayrou.
Hier et encore ce matin, on a de mon point de vue trop vu et entendu François Hollande (appuyé par Fabius et Mélenchon) se dire les gardiens du dogme socialiste, et refuser toute vraie discussion avec les électeurs centristes. La dynamique de second tour n'est pas enclenchée que déjà on somme la candidate de rester ancrée dans son pacte présidentiel et les électeurs égarés de s'y rallier.
Autant dire que de dynamique il n'y aura point.
Je crains que certains socialistes ne fassent dès maintenant le calcul d'une défaite honorable pour guetter une hypothétique victoire aux législatives voire bien plus loin en 2012 pour les plus cyniques d'entre eux. Je pose crûment la question : Ségolène Royal pense-t-elle réellement qu'elle peut gagner en ne changeant rien ? Ou bien pense-t-elle déjà à l'après quand le bleu sarkozyste ou le bleu de Désirs d'avenir aura bien fini de repeindre le rose socialiste ? Quelle idée étrange aussi de Ségolène Royal de dire hier soir qu'elle n'appartenait plus aux militants socialistes, elle qui à ce jour n'en a fait qu'à sa tête pour se plaindre ensuite de ne pas être assez soutenue ...
Si on veut gagner aujourd'hui, je pense qu'il faudrait savoir composer un bouquet de roses roses, de roses rouges et de roses oranges agrémenté d'oranges roses. Sinon pour demain l'important, c'est la rose, crois moi !

