Ségolène Royal a tenu un discours économique à cent lieues des canons socialistes devant le magazine Challenges.
J'ai relevé cette phrase extraordinaire : « Je dis aux entreprises : faites des profits, il n’y a pas de honte à faire des bénéfices. Il faut sortir de cette idéologie punitive du profit. Mais à deux conditions : que l’argent soit honnêtement gagné, et qu’il soit correctement redistribué. Je vous dis à vous patrons : faites autant de bénéfices que vous voulez, mais garantissez-nous en contrepartie un dialogue social de qualité. »
Voilà qui démontre que Ségolène Royal a compris que ce sont les "bobos", les sympathisants appartenant aux classes moyennes et supérieures qu'il fallait reconquérir. Ceux qui de fait allaient le plus vers François Bayrou, ceux qui voulaient et veulent encore soutenir le béarnais pour "éviter de faire réac".
La question est cruciale : sommes nous en face d'une habileté tactique ou d'un virage stratégique ?
S'agit-il de donner des signes ponctuels à un électorat troublé par le manque d'attention aux classes moyennes ou est ce une vraie conviction ? J'ai envie de croire à l'émergence d'une vraie modernité et pour m'en convaincre totalement j'attends le relais de ce message par l'équipe de campagne. J'apprécierais que DSK lui même souligne publiquement ce changement. Pour marquer le coup et éviter qu'on dise comme le relèvent certains commentateurs, que le discours semble parfois contradictoire.
Je souhaite ardemment que ce tournant soit affiché et assumé, notamment qu'il trouve une traduction dans l'annonce d'un futur gouvernement de gauche sociale-démocrate. Pour moi si elle se confirme c'est une véritable bombe silencieuse qui vient d'éclater au sein de cette campagne. Dans le même esprit l'affichage avec DSK et Kouchner au premier rang du dernier grand jury RTL me fait espérer un réel vent de rénovation.
En tout cas, les sondages montrent une stabilité de Royal, une baisse de Bayrou et une légère montée de Besancenot. Exactement le scénario de ré-équilibrage que j'espérais il y a quelque temps : les vases communicants dans ce sens là ne me gênent pas avec un total gauche au premier tour qui se rapproche des 40%. Encore trois points à gagner pour gravir la montagne ! Mais en persistant dans ce sens, Royal déjouerait le piège qui menace toujours les socialistes : tenir un discours radical dans l'opposition et avoir une pratique gestionnaire au pouvoir. La bonne surprise serait que le discours rejoigne enfin la pratique.
