Après une journée consacrée hier au boitage du tract des 7 piliers, et ce matin au collage d'affiches de Ségolène Royal, dans ma petite ville d'Achères, j'ai achevé mon week-end politique en suivant ce soir d'abord Jean-Pierre Raffarin sur Europe 1-TV5 Monde, puis une demie-heure de Thierry Breton sur RTL-LCI.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que Ségolène Royal a bien fait de parler de défense nationale ce week-end. Déjà blindée par les critiques issues de son propre camp, elle a bien besoin de défenses et d'un cuir épais pour endurer les coups des tontons snipers de l'UMP. Ces défenses et ce cuir, ce sont ceux des éléphants.
Raffarin s'est comporté avec une agressivité rare, avec un mépris total, l'accusant de légèreté, de prétention et d'incompétence. Le même Raffarin qui affirmait sans rire, un instant plus tôt, qu'il n'aimait pas l'affrontement politique. L'un des journalistes intervieweurs (Philippe Desaint de TV5) un peu surpris par la charge violente a fini par lui demander : "Soit, vous évoquez ses défauts, mais si vous deviez énoncer ses qualités, que diriez vous ?". Raffarin a laissé tombé d'un ton suffisant : "elle a du caractère, et c'est tout". Ce qui dans sa bouche, laissait entendre qu'elle avait mauvais caractère et que tout le monde en Poitou, y compris ses amis, connaissait le sectarisme de Ségolène Royal. Et juste après un nouveau torrent de critiques sur l'impréparation et le manque de travail de fond.
Rarement vu autant de fiel exprimé par un bonhomme aussi rond. Le même qui peu après dégoulinait de miel à l'intention du magnifique président Chirac, de cet homme d'Etat qu'est devenu Sarkozy. Le courtisan dans toute sa splendeur. Faible avec les forts, fort avec les faibles (femmes).
Que le sort me préserve de tomber si bas un jour. Cet homme, ancien premier ministre de France, a vraiment montré un visage d'intolérance et de mépris, comme si c'était un crime de lèse majesté qu'une femme comme Royal ose entrer en compétition et se comparer avec ces si grands hommes de droite dont il fait partie. J'en suis ressorti dégouté par tant de petitesse, car si on peut critiquer les idées, on n'a pas le droit de faire ce genre d'attaques ad hominem.
Faut-il donc que cette femme suscite tant d'aversion et de peur pour que Thierry Breton, un peu sur le même ton, en mette une deuxième couche sur la musique de l'incompétence et de la légèreté. Le sujet : Airbus et la proposition de faire entrer les régions au capital. La proposition modeste qui vise à redonner du poids à l'action politique est tournée en dérision par Thierry Breton qui ne craint pas la contradiction en ajoutant : mais il faut que l'Etat s'implique davantage sur le volet industriel. Peu importe que Raffarin juste avant, venait de dire que l'Etat ne devait agir que sur le volet social d'accompagnement des salariés sur le départ, le tout était de démontrer que Madame Ségolène Royal n'avait rien compris. Il lui a paru bon aussi de dézinguer le trio Jospin-DSK-Fabius dans la genèse d'EADS. Le trio aurait conçu la bombe à retardement que constituait la double gouvernance franco-allemande source des problèmes actuels d'Airbus. Nul doute que DSK va rappeler Th. Breton à ses classiques, car depuis 5 ans, le gouvernement avait tout loisir pour changer la donne si elle était si mauvaise. C'est le cuir des éléphants que Breton a essayé de balafrer ce soir. Il ne faut pas réveiller ces animaux brutalement. Merci d'avance pour celà Monsieur Thierry Breton, c'est tout ce que j'attendais.
Au final que dire devant autant d'agressivité et quasiment de répulsion physique ? C'est que le clivage gauche-droite existe bien. C'est que le combat politique entraîne les hommes les plus policés dans les dérapages les plus méchants. Et que la société que nous voulons construire n'est pas celle de ces gens là.
Je l'ai vu ce soir avec une acuité nouvelle, la différence entre un homme de droite et une femme de gauche. Et ca me fait penser incidemment, qu'un homme comme François Bayrou fait fausse route en ne choisissant pas, avec son ni-ni. Il dit vouloir choisir : et les meilleurs de droite, et les meilleurs de gauche. Encore faut-il beaucoup de naïveté pour croire qu'on peut s'asseoir sereinement autour d'une même table après de tels combats.
Sur le fond une femme (ou un homme) de gauche ne peut pas travailler dans la durée avec un homme de droite quand les logiques sont si éloignées. La logique de partage et de justice au profit des salariés (le plus grand nombre) s'opposera toujours à une logique de croissance au profit des possédants (pour les plus riches et les plus méritants). Merci aux deux snipers de ce soir, de nous rappeler que la gauche et la droite, ce n'est pas qu'une question d'écuries présidentielles ou d'ambitions personnelles, c'est aussi une question de projet et de talents réunis.
