L'examen du patrimoine immobilier des candidats fait partie des marronniers des campagnes électorales : un exercice récurrent fruit d'un souci de transparence et de moralisation de la vie publique.
Le personnel politique français est tellement horrifié à l'idée des conflits d'intérêt qu'est susceptible de provoquer la détention d'un portefeuille de valeurs mobilières (actions, titres, ...), qu'il constitue son patrimoine sur la base quasi-exclusive de biens immobiliers.
Pourtant ils ont bien tort de se croire à l'abri quand on voit la traque endurée par Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy concernant les opérations menées qui les ont conduit à payer l'un et l'autre l'ISF. Dans un cas on parle de sous-évaluation qui ont fait "oublier" environ 5 000 euros d'ISFannuels à notre candidate, dans l'autre, il s'agit de négociations fructueuses à hauteur d'environ 775 000 euros si on en croît le Canard Enchaîné.
Pour Nicolas Sarkozy, l'économie se monte à 300 000 euros soit en gros une "commission" de 40% de la ristourne accordée au promoteur Lasserre. Nicolas Sarkozy essaye d'expliquer que le marché en crise justifiait ces efforts de la Ville de Neuilly dont il était maire.
Ayant moi même eu la chance d'acheter ma maison en cette année 1997, je sais que cette année a en effet été celle du plus bas du marché avant de repartir sans discontinuer. La crise existait bel et bien, personne ne le contestera.
Mais la question du prix du marché n'est pas la question posée par le Canard Enchaîné et ceux qui suspectent le ministre candidat de prise illégale d'intérêts. Le soupçon aurait existé tout aussi bien en haut de la bulle immobilière de 1990-1991. Que Nicolas Sarkozy ait eu le nez ou la chance d'acheter au plus bas (quel spéculateur est capable de savoir qu'on a atteint le plus bas ?), n'enlève en rien le doute sur la négociation ou le trafic d'influences qui aurait permis la conclusion de ces opérations.
La défense de l'avocat Sarkozy est donc très faible ; elle ne résiste pas à l'analyse. Face à celà notre candidate, si elle doit subir un redressement fiscal, n'en aura pas pour autant commis un crime ou un délit répréhensible pénalement si sa bonne foi est établie. Il n'est pour autant pas possible dans mon esprit de hiérarchiser la gravité des faits reprochés. Un candidat se doit d'être irréprochable, même si on ne peut mettre sur un même pied une amende pour retard de paiement d'impôt et la prison que peut entraîner la prise illégale d'intérêts.
Pour l'heure, on se demande ce qui empêche la justice de s'intéresser de plus près aux informations communiquées par le Canard Enchaîné. Une élection présidentielle à venir peut-être ? Ce serait tragique pour la démocratie, un vrai bourbier dont personne ne sortirait intact.
