A la lecture ci-dessous des prises de position de François Bayrou et de l’UDF lors de la dernière législature, il est possible d'analyser la situation politique factuellement et d'en tirer un certain nombre d'enseignement politiques sur la dimension du projet centriste.
Analyse :
1. L’UDF a été un allié pratiquement sans faille de l’UMP pendant les trois premières années du quinquennat.
2. L’UDF s’est divisée et a commencé à critiquer le gouvernement à partir de l’arrivée de D. de Villepin au poste de premier ministre. L’échec du référendum aurait du selon F. Bayrou être l’occasion d’une recomposition du paysage politique que J. Chirac n’a pas voulu. Voilà la genèse de la "rupture" bayrouiste.
3. Les députés UDF et les sénateurs UDF ne sont pas faits de la même eau. Les sénateurs ont besoin du vote des élus de droite pour rester en place, alors que les députés font preuve de plus d’indépendance pour une grosse moitié d’entre eux. Notons cependant que l’indépendance ne fait pas courir grand risque à la droite puisque l’UMP est majoritaire à elle toute seule à l’Assemblée nationale, ce qui n’est pas le cas au Sénat. Les troupes ne suivent pas le chef comme un seul homme.
4. Le sujet d’achoppement avec l’UMP est principalement lié aux finances publiques, les déficits budgétaires, sociaux et la dette qui sont devenus le cheval de bataille de l’UDF. L'idéologie centriste s'avère avant tout gestionnaire, davantage basée sur ce que les anglo-saxons appellent le "cost-killing", la maitrise des coûts que sur le développement et la croissance.
Conclusions :
Cette thématique a servi de levier à une stratégie ni gauche ni droite, l’UMP et le PS étant accusés de refuser la mise en place de mesures contraignantes par électoralisme. Cette stratégie vise essentiellement les classes moyennes et supérieures qui financent l’essentiel du modèle social sans bénéficier en retour de tous les dispositifs mis en place. L’écho rencontré au centre gauche vient tout autant d’une moindre acceptation dans la société toute entière de la solidarité collective que d’une prise de conscience du délabrement de la gestion de la dépense publique. Voilà pourquoi, paradoxalement F. Bayrou d’une part ne souhaite pas revenir sur les baisses d’impôt accordées aux classes moyennes (proposé par le PS), et d’autre part, pointe du doigt les contradictions et l’absence de financement du programme de l’UMP. Il souhaite tout simplement réduire la voilure.
Un programme a minima pour moins d’Etat, moins de protections et moins de redistribution, sans dynamisme économique et sans dimension environnementale voilà qui ne peut pas plaire aux socialistes. Un programme sans recettes de croissance et sans nouvelles libertés entrepreneuriales, voilà qui ne peut pas plaire aux libéraux. Pour autant les mesures économiques envisagées ne sont guère différentes de celles de Nicolas Sarkozy. Elles tempèrent tout au plus d'un vernis social, le fond libéral.
La social économie de Bayrou n’est ni plus ni moins que du social-libéralisme, cette chose étrange que l'on machouille un certain temps avant de la rejeter faute de goût. Le ni-ni n'a jamais fait une politique. L'absence de dimension et d'ambition du projet centriste ressort clairement de l'analyse, bien loin du changement majeur attendu par nos concitoyens.
Les votes de l'UDF depuis 2002 (source : Lemonde.fr)
Chômage et emploi
La plupart des réformes du gouvernement Raffarin ont été approuvées par les élus centristes.
2002 : Pour. François Bayrou soutient la loi Fillon sur les salaires et le temps de travail qui prévoit des exonérations de cotisations patronales.
2003 : Pour. Le groupe UDF vote pour la loi sur la réforme des retraites, tout en la jugeant "insuffisante". Le groupe UDF ne vote pas la motion de censure déposée par la gauche sur la politique sociale du gouvernement.
2004 : Pour. L'UDF vote la suppression du lundi de Pentecôte comme jour férié dans le cadre de la loi sur le handicap.
2006 : Ni pour, ni contre. Le groupe UDF s'oppose au contrat première embauche (CPE) et propose que la période d'essai, d'une durée de deux ans, soit ramenée à six mois. Le parti centriste dénonce l'utilisation de l'article 49-3 par Dominique de Villepin, affirmant qu'il aurait voté la loi sur l'égalité des chances si le CPE en avait été retiré. L'UDF ne vote pas la motion de censure déposée par le Parti socialiste... ni la confiance au gouvernement.
Finances publiques
C'est sur la question du budget que François Bayrou et ses proches ont, à grand renfort médiatique, tenu à marquer leur différence.
2002 : Pour. Les députés UDF approuvent en bloc, avec l'UMP, le budget 2003.
2003-2004 : Plutôt pour. Une majorité de députés UDF, dont M. Bayrou, s'abstient sur le volet recettes des budgets 2004 et 2005, tout en approuvant l'ensemble du budget.
2005-2006 : Plutôt contre. Une courte majorité de députés centristes vote contre la loi de finances 2006 et 2007, alors que le reste du groupe s'abstient.
Santé
2002-2004 : Pour. Le groupe UDF se prononce pour le budget de la sécurité sociale jusqu'en 2004.
2005-2006 : Plutôt contre. Une majorité de députés UDF vote contre le projet de financement de la sécurité sociale.
Education
2004 : Ni pour, ni contre. Le groupe centriste à l'Assemblée nationale se divise sur la loi sur les signes religieux à l'école. Douze députés UDF sur vingt-neuf s'abstiennent (dont François Bayrou et le président du groupe, Hervé Morin), quatre votent contre, treize votent pour.
Immigration
2006 : Plutôt pour. La loi Sarkozy sur l'immigration et l'intégration sème le trouble chez les élus centristes. Une moitié des députés UDF vote pour, une autre moitié s'abstient. Une majorité des sénateurs UDF vote pour.
Sécurité
2003 : Pour. François Bayrou et le groupe UDF approuvent la loi sur la sécurité intérieure (LSI) présentée par Nicolas Sarkozy.
2005 : Pour. En novembre, pendant la révolte des banlieues, le parti centriste soutient l'application de la loi du 3 avril 1955 qui instaure l'état d'urgence.
2006 : Contre. Vingt-deux députés UDF votent contre la loi sur la prévention de la délinquance.
Confiance au gouvernement
2002 : Pour. Les députés UDF approuvent la déclaration de politique générale de Jean-Pierre Raffarin.
2006 : Plutôt contre. Alors que l'affaire Clearstream bat son plein, François Bayrou et dix autres députés UDF votent la motion de censure déposée par le Parti socialiste contre le gouvernement Villepin. La position de M. Bayrou reste minoritaire au sein de son groupe parlementaire.
