La gauche veut réhabiliter l'impôt comme instrument de régulation économique et de redistribution sociale. Si l'Etat peut encore quelque chose en ces temps de mondialisation effreinée, c'est bien au travers de ses politiques budgétaire et fiscale. Or on voit bien que l'Etat français désargenté après tant et tant d'années de laxisme court plus après les recettes qu'après l'électeur. Le mauvais exemple avait été donné par Jacques Chirac qui en son temps en avait fait un axe de sa campagne en promettant une baisse d'impôts sur les personnes de 30% en cinq ans. Il aura tenu sa promesse au 2/3, mais les prélèvements globaux sur la nation n'auront pas baissé pour autant, restant autour de 45% de la richesse nationale. Pourquoi ? Pour l'essentiel par l'effet de la décentralisation qui a vu l'Etat se décharger de nombreux boulets financiers au "profit" des régions et des collectivités locales. Celles ci n'ont eu d'autre ressource que d'augmenter la fiscalité locale pour assumer entre autres le coût croissant du RMI ou la rénovation des infrastructures locales (éducation, transports).
Se redonner des marges de manoeuvre budgétaires sans casser la croissance : tel est le message que le Parti Socialiste a voulu envoyer dans son programme. Pour autant, augmenter les impôts n'est pas en soi un thème lumineux pour attirer le vote massif des classes moyennes. Ces classes moyennes qui constituent pourtant le gros des bataillons des électeurs socialistes. Ségolène Royal a décidé de reconquérir les classes populaires mais ce faisant elle prend le risque de déshabiller Pierre pour habiller Paul. En outre François Hollande, émoustillé par la perspective d'un maroquin jamais obtenu du temps de Mitterrand et Jospin, fait du zèle dans le socialisme fiscal. Non content de "ne pas aimer les riches", voilà qu'il estime que les français gagnant plus de 4 000 euros nets par mois, ne contribuent pas assez à la solidarité nationale. Pourquoi pas mais ce seuil sorti d'on ne sait où me laisse perplexe. Cette volonté affichée de discriminer les "riches" et les "pauvres" ... Est-on pauvre à 3 999 euros nets par mois et riche au delà ? Bref tout ceci mérite clarification et on n'est donc pas étonné que la candidate du PS et son entourage immédiat (sic) trouvent les déclarations hollandaises risquées et contradictoires avec la volonté de réconcilier les français et la politique.
Voilà pourquoi dans un geste fédérateur et anesthésiant, notre fine candidate a trouvé une parade : confier à DSK ainsi qu'au Fabiusien Didier Migaud et deux autres parlementaires socialistes, une mission d'étude sur la fiscalité. Voilà qui devrait permettre à la candidate de donner à ses propositions une autre couleur que le rouge flamboyant que badigeonne François Hollande quasiment tout seul dans son coin, sur tout le volet économique du projet présidentiel. Donner des gages à la gauche de la gauche fait peut-être partie de la tactique hollandaise mais Ségolène Royal s'est engagée à ne pas promettre ce qu'elle ne ferait pas. Voilà pourquoi le recours aux avis jugés réalistes et responsables de DSK et Didier Migaud est habile de la part de Ségolène Royal. Elle fait aussi le pari que Dominique, invité ce dimanche du grand jury RTL, réconforté par la place qu'elle lui donne enfin, confirmera son alliance loyale et son appui dans la campagne qui s'ouvrira définitivement avec l'investiture de Nicolas Sarkozy ce dimanche. Qui dit alliance, ne dit pas ralliement, mais il est nécessaire que les divisions socialistes aillent épaule contre épaule au combat qui se profile. Voilà pourquoi une place devrait aussi être réservée à Laurent Fabius dans cette campagne. Le plus tôt sera le mieux, même si l'ancien premier ministre n'est sûrement pas prêt à rompre avec le socialisme fiscal. L'habileté de Royal serait de lui trouver un terrain de mission par exemple sur les moyens de relancer l'Europe, là où on aurait davantage attendu un DSK. Voilà qui serait une belle opération tactique pour rallier encore plus les très nombreux nonistes de gauche.
