Quelque chose d'inhabituel est en train de se produire dans la course à la présidentielle.
Quand on observe la politique des 20 dernières années, on ne peut qu'être frappé par l'espèce d'inertie et d'atonie gouvernementale qui avait précédé la grande compétition. Tout au plus avait-on assisté à la distribution de quelques cadeaux électoraux à certaines catégories particulières comme les chauffeurs de taxis, les infirmières, les restaurateurs ... toutes catégories en contact direct avec la population et donc influenceurs d'opinion. La période récente n'a pas échappé à la règle avec les gérants de bar-tabac éprouvés par la réglementation anti-tabac et qui ont obtenu quelques compensations.
Ce qui est inhabituel c'est que l'exécutif en place soit contraint de passer la main. Et donc force est de constater que la droite veut que le bilan de l'exécutif soit le plus attractif possible. Pas une journée sans que le gouvernement ne se flatte de ses performances. Il y a les chiffres du chômage en baisse, les déficits publics plus faibles que prévus, le plan de cohésion sociale de Borloo qui fonctionnerait à plein régime, les baisses d'impôts sur les classes moyennes avec un effet maximal - heureuse coincidence - début 2007, ...
A la manoeuvre, il y a Jacques Chirac qui veut terminer en beauté son mandat à défaut de pouvoir concourir lui même. Il épuise un par un tous les ressorts de la future campagne présidentielle en sommant le gouvernement de lancer des chantiers qui devraient pourtant être conduits à leur terme sous la prochaine mandature. Les voeux présidentiels sont l'occasion répétée de demander aux ministres de travailler jusqu'à l'extrême limite. En résumé, Chirac prépare sa sortie et sa comparution future devant ... les livres d'histoire.
Bien dans les habitudes chiraquiennes, on retrouve des mesures qui figurent dans l'un ou l'autre des programmes de l'UMP et du PS, voire dans les deux. Il y a bien sûr cette affaire du droit opposable au logement qui a fait un grand bruit médiatique grâce à une obscure association sortie de nulle part : l'association des Enfants de Don Quichotte.
Villepin s'y colle donc avec la joie mauvaise de couper l'herbe sous le pied de Nicolas Sarkozy.
Mais au delà Chirac insiste encore en demandant une baisse d'impôts sur les sociétés ramenés de 33% à 20% en 5 ans, et la mise en place d'une sécurité sociale professionnelle, en fusionnant UNEDIC et ANPE, ...
| Chirac propose de baisser le taux de l'impôt sur les sociétés à 20% Le Figaro - Jacques Chirac a proposé aujourd'hui,lors de la présentation de ses voeux aux Forces vives, de ramener le taux d'impôt sur les bénéfices des sociétés de 33 ... |
Jacques Chirac propose la fusion entre ANPE et Unedic |
Sarkozy s'est lancé en campagne sans étonner quiconque, ayant définitivement fait le vide autour de lui à droite. Pour faire semblant, il a lancé quelques pseudos débats internes très peu relayés par les médias. En fait il cherche visiblement le défaut de la cuirasse de l'adversaire, surpris par le tempo rapide de la candidate socialiste. On saura bientôt s'il a trouvé quelque chose de neuf pour dérégler la mécanique, car il est certain que ce qu'ont tenté en vain les opposants de S. Royal au sein du PS, sera tout aussi inopérant à droite.
Et la gauche pendant ce temps ? Eh bien, la gauche présente ses voeux, ne dit rien ou presque hormis des banalités, sous l'influence d'une Ségolène Royal en pleine communion participative avec les français. Elle demande d'ailleurs à ses partisans d'aller au contact de la population pour écouter et discuter. Mais pour en dire le minimum, car il est clair qu'aujourd'hui nous sommes en peine de développer un contenu précis. Heureusement il nous reste le projet PS comme viatique. Mais pour l'instant pas de panique, ça fonctionne si on en croit les derniers sondages. Les français aiment qu'on leur dise qu'on les écoute.
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Sondage : Royal devant Sarkozy au 2nd tour nouvelobs.com - Selon un sondage CSA pour ITélé, Le Parisien et Aujourd'hui en France, daté de jeudi 4 janvier, la candidate socialiste, Ségolène Royal l'emporterait sur ... |
Le casting se présente ainsi : Chirac pugnace s'active pour sortir par le haut ; Sarkozy nerveusement s'interroge sur sa stratégie, pendant que Royal jeune mère de la nation soigne en son girond les petites douleurs et les grandes peines.
Tout se passe comme si les deux favoris laissaient le vieux roi danser un dernier tango avec la République le temps que les choses sérieuses commencent. La trêve sera courte. Une chose ne changera pas : ce n'est pas le bilan de Chirac (ou du parti au pouvoir) que les français jugeront, c'est le moyen d'atteindre une vie meilleure.
Le moyen - et donc le choix - tient en deux mots : énergie ou harmonie. Sarkozy c'est le choix de l'énergie créatrice et destructrice avec ses remous inévitables ; Royal, au contraire c'est le choix de l'harmonie retrouvée, puisant sa force dans le respect des valeurs, et du temps éternel. Les français semblent pour l'heure davantage rechercher une nouvelle harmonie à ce monde, un nouvel équilibre ce que Royal appelle l'ordre juste. J'espère que les cartésiens socio-démocrates seront partie prenante au delà des symboles car aujourd'hui nous sommes en plein dans le discours éthéré dépourvu de sens pratique. Voilà pourquoi cette campagne ne ressemble à aucune autre.

