| LE TITRE DU JOUR | ||
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Commentaire :
Qui a entendu Nicolas Sarkozy hier soir sur TF1 se rend compte que celui ci est en train de paniquer. J'ai crû rêver en l'entendant proposer de singer le PS et de refaire en un mois ce que le PS a mis un an à mettre sur pied :
- mettre le projet UMP en débat, le faire discuter et voter par les militants
- appeler aux candidatures autres que la sienne, organiser des débats internes
- faire désigner le candidat par un vote des militants (290 000)
Tardive et tactique, cette proposition ne saurait empêcher de voir que l'UMP est très en retard par rapport au PS qui se rassemble bon gré mal gré derrière sa candidate. Les divisions à droite et la menace Le Pen font que l'hypothèse d'un 21 avril inversé n'est vraiment pas impossible.
Plus sérieux encore, le fait que Sarkozy utilise les mêmes arguments que ceux qu'avaient tenté d'employer les détracteurs de la candidate (vide des propositions, inexpérience, procès d'incompétence) montre qu'aucune leçon n'a été tirée à droite du débat interne du PS. Ce n'est pas le bon angle d'attaque, car les propositions iconoclastes de Madame Royal restent des propositions et donc rendent inopérantes les critiques. Elles ne feront en outre que rassembler la gauche derrière sa candidate. Que ces propositions ne soient pas toutes claires et cohérentes, qui peut le nier, mais au programme de l'UMP on peut adresser les mêmes reproches.
Il faut plutôt voir dans cette première séquence de la campagne officielle bloc contre bloc, un tir d'artillerie destiné à freiner l'avancée de Madame Royal. On a pourtant l'impression que c'est une réplique bien faible et inadaptée aux circonstances présentes. Les guerres intestines à droite offrent un boulevard à Ségolène Royal. Elle a toutes les cartes en main, Sarkozy le sent, il n'en sera que plus agressif et violent au fur et à mesure que la campagne officielle va monter en puissance.
Le plus révélateur de cette histoire c'est - pour ceux qui y croient - la bonne étoile de Madame Royal : elle était entrée dans les débats internes à reculons, elle en tire au final une force incroyable. Elle n'avait aucune légitimité particulière, elle a construit sa popularité sur quelques temps forts presque malgré elle. Elle a court-circuité l'appareil PS avant de se le rallier presque contre sa volonté. Elle trouve des mots et des thèmes qui résonnent dans l'opinion même lorsqu'ils sont maladroits au regard des canons socialistes (les jurys populaires, les camps militaires, les 35 heures, le travail des profs).
L'émission d'hier soir à Envoyé Spécial qui lui était consacrée, est un exemple supplémentaire de la dévotion qui s'est emparée de certains médias. Aucun recul, pas de parole laissée à la "défense" (DSK, LF), une diabolisation des éléphants mise en scène frisant l'outrance, ... La Royalisation des esprits imprime dans nos cerveaux une idée simple : la France veut UNE présidente. La royalisation des esprits c'est avant tout une féminisation : une sensibilité un peu pusillanime certes mais aussi un pragmatisme permanent et un refus des violences de ce monde.
Ca suffit à l'opinion comme message. Il y en a un autre : dans l'imaginaire français, on nous fait croire que les Etats Unis voudront Hillary Clinton comme présidente démocrate en 2008. Dans certains cercles progressistes, on entend dire : "pour changer, pour moins de violence, pourquoi pas un monde dirigé à parité par des femmes". Le pari de la féminité à l'échelle mondiale. Un pari improbable qui repose pour l'essentiel sur une différence d'état-civil et soyons justes de méthode faite d'écoute et de communication. On comprend que Sarkozy commence à se sentir coincé par cette "logique implacable" qui s'insinue dans les esprits. Car attaquer celà c'est bien sûr s'exposer à la critique de machisme. Et le vote le Pen (candidat macho par excellence) ne fera qu'inquiéter tous les démocrates. Pris entre deux feux, Sarkozy a du souci à se faire.
Tout se passe comme si l'histoire en marche ne trouvait sur sa route aucun grain de sable. Pour l'instant.
