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novembre 2006

La menace Le Pen : panique à droite.

LE TITRE DU JOUR
Sondage exclusif : Le Pen au plus haut
Jean-Marie Le Pen n'a jamais été aussi haut dans un sondage d'intentions de vote à six mois d'une élection présidentielle : il est à 17 %, selon un sondage réalisé par l'institut CSA pour Le Monde et ITélé, contre 9 % en novembre 2001. Un chiffre équivalent à son score du 21 avril 2002 (16,86 %). Dans ce contexte, les Français se montrent très partagés sur sa présence dans la compétition : 48 % d'entre eux souhaitent qu'il "obtienne les 500 signatures d'élus qui lui permettront de se présenter à l'élection présidentielle" et 47 % ne le souhaitent pas. La gauche est la plus opposée à l'obtention de ces signatures (63 %) et la droite la plus favorable (40 %).

Commentaire :

Qui a entendu Nicolas Sarkozy hier soir sur TF1 se rend compte que celui ci est en train de paniquer. J'ai crû rêver en l'entendant proposer de singer le PS et de refaire en un mois ce que le PS a mis un an à mettre sur pied :

  • mettre le projet UMP en débat, le faire discuter et voter par les militants
  • appeler aux candidatures autres que la sienne, organiser des débats internes
  • faire désigner le candidat par un vote des militants (290 000)

Tardive et tactique, cette proposition ne saurait empêcher de voir que l'UMP est très en retard par rapport au PS qui se rassemble bon gré mal gré derrière sa candidate. Les divisions à droite et la menace Le Pen font que l'hypothèse d'un 21 avril inversé n'est vraiment pas impossible.

Plus sérieux encore, le fait que Sarkozy utilise les mêmes arguments que ceux qu'avaient tenté d'employer les détracteurs de la candidate (vide des propositions, inexpérience, procès d'incompétence) montre qu'aucune leçon n'a été tirée à droite du débat interne du PS. Ce n'est pas le bon angle d'attaque, car les propositions iconoclastes de Madame Royal restent des propositions et donc rendent inopérantes les critiques. Elles ne feront en outre que rassembler la gauche derrière sa candidate. Que ces propositions ne soient pas toutes claires et cohérentes, qui peut le nier, mais au programme de l'UMP on peut adresser les mêmes reproches.

Il faut plutôt voir dans cette première séquence de la campagne officielle bloc contre bloc, un tir d'artillerie destiné à freiner l'avancée de Madame Royal. On a pourtant l'impression que c'est une réplique bien faible et inadaptée aux circonstances présentes. Les guerres intestines à droite offrent un boulevard à Ségolène Royal. Elle a toutes les cartes en main, Sarkozy le sent, il n'en sera que plus agressif et violent au fur et à mesure que la campagne officielle va monter en puissance.

Le plus révélateur de cette histoire c'est - pour ceux qui y croient - la bonne étoile de Madame Royal : elle était entrée dans les débats internes à reculons, elle en tire au final une force incroyable. Elle n'avait aucune légitimité particulière, elle a construit sa popularité sur quelques temps forts presque malgré elle. Elle a court-circuité l'appareil PS avant de se le rallier presque contre sa volonté. Elle trouve des mots et des thèmes qui résonnent dans l'opinion même lorsqu'ils sont maladroits au regard des canons socialistes (les jurys populaires, les camps militaires, les 35 heures, le travail des profs).

L'émission d'hier soir à Envoyé Spécial qui lui était consacrée, est un exemple supplémentaire de la dévotion qui s'est emparée de certains médias. Aucun recul, pas de parole laissée à la "défense" (DSK, LF), une diabolisation des éléphants mise en scène frisant l'outrance, ... La Royalisation des esprits imprime dans nos cerveaux une idée simple : la France veut UNE présidente. La royalisation des esprits c'est avant tout une féminisation : une sensibilité un peu pusillanime certes mais aussi un pragmatisme permanent et un refus des violences de ce monde.

Ca suffit à l'opinion comme message. Il y en a un autre : dans l'imaginaire français, on nous fait croire que les Etats Unis voudront Hillary Clinton comme présidente démocrate en 2008. Dans certains cercles progressistes, on entend dire : "pour changer, pour moins de violence, pourquoi pas un monde dirigé à parité par des femmes". Le pari de la féminité à l'échelle mondiale. Un pari improbable qui repose pour l'essentiel sur une différence d'état-civil et soyons justes de méthode faite d'écoute et de communication. On comprend que Sarkozy commence à se sentir coincé par cette "logique implacable" qui s'insinue dans les esprits. Car attaquer celà c'est bien sûr s'exposer à la critique de machisme. Et le vote le Pen (candidat macho par excellence) ne fera qu'inquiéter tous les démocrates. Pris entre deux feux, Sarkozy a du souci à se faire.

Tout se passe comme si l'histoire en marche ne trouvait sur sa route aucun grain de sable. Pour l'instant.


Incertitudes

Le Monde sous la plume de Daniel Cohen fait état de différentes stratégies de campagne.

Il dit je cite : "En choisissant Ségolène Royal, les socialistes ont écarté l'ancrage à gauche de Laurent Fabius et le projet plus consensuel de Dominique Strauss-Kahn. Ont-ils parié sur le radicalisme stratégique de la candidate ? Qu'elle porte le fer dans le camp adverse est indiscutable. Mais les thèmes choisis sont aussi un facteur de division dans son propre camp. Car sa stratégie vise à reconquérir un électorat passé à droite ou à l'extrême droite, celui des couches populaires. Le principal problème de Ségolène Royal sera donc de ne pas désespérer en chemin la gauche du PS, ce qui ferait le jeu de l'extrême gauche. ..."

Ce radicalisme stratégique on le voit à l'oeuvre depuis un bon moment. Mais est ce du radical socialisme à la mode Chirac ou autre chose ? On nous parle d'ordre juste comme en d'autres temps on nous parlait de fracture sociale.

Ce qu'on voit ici et là en Europe, et encore hier avec la montée de l'extrême gauche en Hollande (là bas, le parti socialiste - en fait un parti maoïste -  a triplé ses voix), c'est le rejet croissant des politiques traditionnelles devant les coups de boutoir de la mondialisation.

De plus en plus d'électeurs exaspérés par les ravages du capitalisme financier hurlent pour que ça s'arrête. Et pour ça votent aux extrêmes. Face à cette furia dévastatrice, il ne reste plus que les grandes coalitions pour préserver ce qui reste de sens commun. En Allemagne, c'est déjà le cas avec le SPD et la CDU. En Italie, c'est une coalition qui va de l'UDF à la LCR dirigée par Romano Prodi, qui tient les rênes. En Hollande c'est le chemin qui pourrait être pris.

J'imagine de plus en plus l'importance des législatives l'an prochain. Que ce soit Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy ou a fortiori un candidat surprise genre François Bayrou qui soit retenu, je crois que les législatives qui s'ensuivront ne seront pas forcément une validation pleine et entière du vote des présidentielles. Une majorité relative comme en 1988 me paraît le plus probable.

D'où l'importance des alliances et des signes que devra lancer chacun des grands candidats. A lire sur ce sujet les deux options de Ségolène Royal un excellent article du Monde par AlainTouraine.

J'approuve la décision de Ségolène Royal de ne pas cesser de faire campagne et de lancer des débats participatifs, mais je pense qu'il faudrait aussi se préoccuper désormais de rassembler les forces politiques autour d'un projet présidentiel de gauche. C'est semble t-il la tâche dévolue à François Hollande. Elle me paraît tout aussi importante si ce n'est plus importante que celle de s'adresser directement aux français. SR semble exceller dans la conquête du pouvoir. Malgré tout, il ne faudrait pas que quelqu'un oublie de serrer les boulons derrière elle.


Analyse d'un scrutin : le pari de la féminité

L'avantage d'écrire les histoires après coup, c'est qu'on connait la fin. Néanmoins des différences d'analyse existent.

En lisant de nombreux articles, on semble nous dire que les nouveaux adhérents ont voté massivement pour Ségolène Royal, ce qui serait la cause principale de sa victoire. En fait les chiffres qu'on lit ici ou là, donnent une répartition 63/30/7% pour SR/DSK/LF concernant ce vote des nouveaux adhérents. Cette répartition montre que SR l'aurait quand même emporté au premier tour dans le "vieux parti". Les nouveaux n'ont fait qu'amplifier légèrement son succès en cachant une part d'adhésion plus limitée qu'on ne le dit souvent. Ils auraient même favorisé DSK relativement parlant. Mais concernant ces nouveaux adhérents, je doute de toute façon de leur effet d'entraînement sur les anciens, vu leur présence toute relative au sein des sections, sans parler de leur action militante de terrain quasi-inexistante. Les votants anciens et nouveaux ont dit-on surtout voté utile.

Personnellement je persiste à dire que c'est de l'extérieur du parti qu'est venue la pression : de ces sympathisants fort opportunément interrogés à longueur d'enquêtes par des sondeurs et des médias intéressés par le "phénomène". Ils ont joué la carte Royal, parce que c'était la seule au sein d'un grand parti à dire vouloir jouer autrement pour battre Sarkozy.

Ce front anti-Sarkozy aurait pû mobiliser tous les soutiens aux autres candidats, donc pour moi ce n'était pas un facteur discriminant sauf peut-être pour Fabius.

Cette victoire c'est avant tout la victoire de la démocratie d'opinion. L'environnement était totalement favorable à la candidate, et elle a sû capter les vents portants.

Qu'est ce qui forme la cote de popularité d'une personnalité politique ? Aujourd'hui, et avant tout sa distance par rapport au pouvoir, sa sincérité apparente, son charisme naturel et ... une histoire. SR réunissait tous ces ingrédients.

Alors me direz vous pourquoi elle et pas Kouchner ou Lang ? Parce que c'est une femme. Elle en a joué.Cette prime à la féminité, à la logique féminine, au contournement des lignes personne n'a pu la surmonter.

De ce fait aux yeux de l'opinion, elle devenait inattaquable : victime des hommes, jalousie des femmes. Aucune prise d'attaque pour l'adversaire disqualifié d'avance.

Mais ensuite que s'est dit l'opinion en dehors du constat de cette différence et de cette invulnérabilité ? L'opinion a fait un pari. Mitterrand disait du chômage : "on a tout essayé". Il ne reste plus qu'une chose à essayer se dit l'opinion : une femme. A condition de montrer une vision pragmatique, apolitique, sans idéologie, transcourants, ... Ce que n'ont pas une Aubry, une Buffet, une Autain ou une Voynet, sans parler d'Arlette.

Voilà le cocktail gagnant à mes yeux : une femme charismatique et fédératrice d'aspirations diverses voire contraires. Le souci de cohérence compte moins que le désir de chacun d'entendre ce qu'il a envie d'entendre.

Voilà pourquoi affirmer une cohérence et une ligne politique était perdant dans ce combat. Il aurait fallu rester flou et généraliste. DSK ne l'a pas voulu ainsi, et c'est tout à son honneur que d'avoir voulu dire sa vérité. Celà lui servira dans les combats futurs que nous mènerons à ses côtés.

S'il n'y a qu'une leçon à tirer de ce vote c'est celui ci : on ne sort de l'ambigüité qu'à son détriment. Le candidat gagnant est celui qui a eu un jeu multi-facettes et louvoyant. Qui a utilisé - sans que je lui dénie sa conviction - des cartes à droite et à gauche. Avant 2006, je crois que DSK avait un instant voulu donner des gages à gauche. Ca ne lui a pas réussi, son image s'est brouillée. On peut reconnaître à Royal d'avoir réussi cette synthèse.

Ce que cette campagne a révélé c'est que Ségolène Royal s'affirme comme la candidate de la France profonde. Si elle gagne en 2007, ce sera de nouveau grâce à celà car Nicolas Sarkozy aura du mal à incarner une France du terroir (des territoires comme on dit pour parler des régions aujourd'hui) contre elle.

Le souci à mes yeux, c'est le risque d'inefficacité ensuite. Elle ne fera qu'égratigner les couches de blocages et de fixation de notre peuple, car elle n'attaquera aucun des grands problèmes à la racine. A coup de bons sentiments et d'idées trop simples pour un monde complexe, ira t-on très loin ?

Si SR est élue en 2007, on peut craindre qu'elle ait un parcours à la Chirac, compassionnel et fluctuant, impulsif et empathique, révolté et pusillanime. Mais ce serait penser qu'elle a déjà gagné.
Electoralement, toute la question est : jusqu'où osera t-elle aller ? Jusqu'à quel point sa stratégie va t-elle payer ? Cette stratégie consistant à dire ses vérités mouvantes faites d'avancées et de reculs.

Avec DSK le sympathisant pouvait admirer le candidat du mouvement, avec SR il s'attache aux mouvements de la candidate. Physiquement et intellectuellement, elle incarne les contradictions et les pulsions du peuple français. Elle les épouse. C'est une candidate parfaite pour être une présidente à l'aise dans les institutions de la Vème République.

Par souci d'efficacité électorale le PS a décidé de jouer une carte à fond, le pari de la féminité qui en soi porte la promesse d'une politique différente aux yeux de l'opinion. Au final, nous avons une candidate esthétique et romantique, à qui il reste à se doter d'une dimension présidentielle pour vraiment marquer son temps. Elle a écrit quelques chapitres de cette histoire, donnons aux français l'envie de lire la suite et prions pour qu'ils continuent à se passionner pour la saga. Ca fait un an que ça dure, en dépit de tous les oiseaux de mauvais augure (comme Aiglon) il n'y a pas de raison que ça ne tienne pas cinq mois de plus.


Primaires à la française.

J'étais favorable il y a environ un an à l'organisation de primaires à la française pour désigner le candidat du PS. Par primaires il fallait entendre une consultation ouverte aux sympathisants des différents partis de gauche de gouvernement (PS, PRG, MRC, Verts, PCF).

Je n'imaginais pas que ces primaires seraient organisées finalement au sein même du PS.

En fait les sympathisants se sont invités dans cette consultation par le truchement des sondages et des enquêtes d'opinion. La pression médiatique extraordinaire qui a pesé sur les militants a été constante. Toutes les enquêtes d'opinion lancées sur les sujets lançés par Ségolène Royal étaient positives pour elle, donnant l'impression que quoiqu'elle dise, l'opinion était en phase avec elle ou vice-versa.

Le devoir de victoire s'est transformé en devoir de voter pour celle qui était "la seule à pouvoir battre Nicolas Sarkozy".

A partir de là, on peut toujours regretter que DSK se soit livré deux mois seulement avant l'échéance au développement décomplexé de son credo social-démocrate. Il n'aurait pas obligatoirement renversé le sort des urnes, mais il aurait laissé moins d'espace à droite sur le terrain du réformisme moderne. Quand il l'a fait, il a repris des points perdus depuis longtemps et suscité de l'espoir. On ne refait pas l'histoire. Les jeux sont faits, la messe est dite.

Je ne crois guère que Ségolène Royal fera une grande place à ses rivaux malheureux dans la campagne qui s'ouvre. Aujourd'hui dans sa déclaration de "victoire", elle les a tout simplement ignoré, ne faisant allusion qu'au rassemblement des français.

Triste fin de campagne.


Royal l'emporte

La présidente de la région Poitou-Charentes obtiendrait plus de 55% des voix des militants. La participation massive des militants expliquerait en partie un score elevé.

Le 16/11/2006 - 23h48

Selon les premières estimations, Ségolène Royal l'emporte largement dès le premier tour, obtenant entre 55% et 60 des votes des militants socialistes. La participation massive des 219 000 militants, avec l'afflux de 70 000 nouveaux adhérents en quelques mois, explique en partie son large succès. 

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Pour DSK

UN MESSAGE DE DSK A LA VEILLE DU 1ER TOUR

Chère Camarade, Cher Camarade,

La campagne du premier tour touche à sa fin. Il faut en revenir à l'essentiel. Tu vas choisir lequel d'entre nous portera les couleurs de notre parti et demain la responsabilité de la France.

Durant ces semaines, j'ai développé ma vision de ce que pouvait être, pour notre pays, un chemin efficace dans la mondialisation. J’ai arrêté ma priorité : le social. J’ai fixé un objectif : le plein emploi en moins d’une décennie. J’ai défini ma méthode : la social-démocratie et le « président engagé ». J’ai avancé mes principales propositions : le « Pacte de l’Elysée », le patrimoine pour les jeunes, la « grande relance européenne », la restructuration écologique de notre économie. Et, toujours, je suis resté fidèle à l'exigence de vérité sans laquelle il n'y pas de victoire. Tout cela dessine un ensemble cohérent. Durant cette campagne, j'ai avancé avec solidité, méthode, réactivité. Durant cette campagne, j'ai réussi à créer une dynamique, un mouvement, un élan. Ce sont les meilleurs gages pour la réussite de la campagne qui est devant nous, qui sera plus longue et plus dure.

J'ai besoin de chaque voix, dès le 16 novembre, pour faire gagner les idées sociales-démocrates. Je compte sur toi.

Dominique Strauss-Kahn


François Rebsamen annonce le résultat du scrutin

Chers camarades,

La campagne interne est presque à son terme mais les dossiers continuent :

Invité sur i>télé le mardi 14 Novembre 2006 au soir pour l'émission "A sa place, vous feriez quoi ?», le numéro 2 du parti socialiste François Rebsamen prouve son impartialité en nous livrant les résultats du vote des adhérents socialistes pour choisir leur candidat à la présidentielle... 48 heures à l'avance. "Ségolène sera investie, je vous le dis, quoiqu'il arrive ! Au premier tour ou au second, mais elle le sera !".


Retour sur un débat de section

Je me livre extrêmement rarement à l'exercice, mais pour une fois je vais parler "local".

J'ai eu l'honneur de représenter DSK lors du débat de section à Achères lundi soir dernier. En face de moi, ou plutôt à coté car nous étions assis en face du public, se tenaient Patrick Abisseror le secrétaire de section, puis Georges Terrier, un camarade de Sartrouville pour Fabius, et enfin Daniel Safon, pour Ségolène Royal.

Le public, c'était environ une trentaine de nos adhérents appelés à voter le 16 novembre ainsi que d'autres adhérents dont Dame Aiglon que je n'ai réussi à faire adhérer que trop tardivement.

Patrick Abisseror a ouvert les débats en soulignant la qualité des débats au sein du PS et en appelant à la même retenue pour cette occasion. Il a par la suite arbitré les débats en toute neutralité, veillant à l'équilibre des temps de parole et en laissant au maximum place à la discussion. A une seule occasion, il s'est un peu énervé quand un nouvel adhérent a dit qu'on devait choisir Royal, parce qu'elle plaisait aux gens, et qu'elle était belle, ... Il a réagi vivement car pour lui être au PS ne permet pas d'utiliser ce genre d'arguments. Je suis d'accord avec lui mais j'y aurais mis davantage de formes si j'avais été arbitre du débat. En tout cas, le nouvel adhérent un peu surpris de la charge a dit qu'il retirait ses propos. En fin de réunion, sans interférer sur les débats, Patrick a indiqué qu'il voterait probablement pour Fabius. Le - probablement - m'a étonné car je pensais sa conviction acquise, mais il a aussi indiqué qu'aucun des 3 candidats ne l'enthousiasmait vraiment.

Je suis passé en premier en vertu du tirage au sort. Plutôt que de m'étendre sur le contenu de ma présentation. Téléchargement argumentaire_pour_dsk.doc je voudrais juste indiquer brièvement l'état d'esprit qui m'a animé ce soir là.

De façon délibérée, j'ai voulu rester sur le terrain du positif en faveur de DSK, les 10 raisons qui ont guidé mon choix. Ne pas - trop -attaquer les autres, défendre les propositions de DSK, garder de la.dignité aux débats. Pour le coup je me suis donc appliqué à rester sérieux, posé, et pédagogue en essayant de sortir de mes notes par des exemples vécus. A un moment, j'ai dû avoir la voix un peu cassée par l'émotion parce que pour parler de l'homme, j'ai indiqué que DSK avait été un de mes profs. En fait en une seconde, ça m'a fait penser à mes parents ouvriers, mon père italien et à l'ascenseur social qui avait si bien marché pour moi. Je ne pense pas que les participants ont compris pourquoi ma voix s'étranglait à ce moment, n'étant pas de nature à raconter ma vie personnelle. Ils ont dû penser que je vouais un culte de la personnalité à cet homme que j'admire c'est vrai. Peu importe, j'ai réussi à ré-articuler la suite de mes idées progressivement.

Pour le reste, je me suis aussi appliqué à écouter les questions, les attentes et bien sûr mes deux "contradicteurs".

De Georges Terrier, j'ai retenu l'exposé sérieux et dense d'un partisan rallié à Fabius par proximité idéologique et politique. Je l'ai senti attaché à donner du sens à cette candidature, à lui donner une cohérence et une vision différente de ce qu'on peut penser de l'homme au premier abord. Aucune agressivité et aucun enflammement, l'exposé sage et retenu a semblé satisfaire les participants. Il m'a juste semblé difficile de retenir une idée force de son intervention.

Daniel Safon est un personnage à part. Il a un style à lui qui m'épate et qui réussit à me faire sourire tout à la fois. Il est chaleureux, vivant, parfois emporté. Il ne parle pas le "socialisme doctrinal" ou le "la théologie jauresienne" de certains apparatchiks de Congrès qui n'existent d'ailleurs pas à Achères. Il y a de la conviction chez cet homme là, du bon sens pragmatique et des tournures de phrases qui pour être originales n'en sont pas moins claires et directes. Sa profession de foi avait celà de marquant qu'on pouvait retenir son message exposé en 3 points : selon lui SR est furieusement socialiste, furieusement révolutionnaire, et furieusement lucide. Fidèle à ma ligne de conduite, je me suis retenu de ne pas lui dire que moi je la trouvais curieusement socialiste, furieusement réactionnaire, et furieusement opportuniste. J'ai griffonné ça sur un coin de page, puis je m'en suis abstenu. Pourquoi allumer le feu, alors que tout se passait normalement. 

Puis les questions des militants sont venues. Intéressantes et parfois inattendues : la social-démocratie, le défaut principal de nos candidats, leurs principales qualités, les conditions du rassemblement à gauche, quel gouvernement pour Royal, quelles craintes faut-il avoir d'un second 21 avril, les questions européennes, la Turquie, l'Iran, ...

En fait la question qui m'a le plus interpelé ce soir là, fut celle de Frédéric Ninat, notre trésorier, fraîchement rallié à DSK. En substance il a dit : "Si DSK ou Fabius sont désignés, comment pensez vous que l'opinion va réagir si on la prive de Royal ? Pensez vous que le PS ne va pas passer pour un parti qui n'a rien compris, incapable de se réformer et de s'ouvrir à la modernité incarnée par cette femme ? Et donc l'opinion va nous le faire payer dans les urnes."

Mon camarade Gérard Caillet a répondu sur ce point en disant que l'opinion réagirait comme elle a réagi avec la désignation de Mitterrand à la place de Rocard en 1981. Elle serait déçue mais l'accepterait et enverrait quand même le candidat socialiste à l'Elysée s'il fait une bonne campagne.

Pressé par le temps et par les conclusions qui arrivaient, je n'ai pas répondu autre chose, mais cette question me paraît essentielle car elle est la clé de l'enjeu. Devons nous au nom de la démocratie d'opinion abandonner toute prérogative - nous les adhérents - et nous en remettre aux enquêtes pour désigner le plus populaire d'entre nous ? Devons nous cesser d'être des militants politiques et nous ranger derrière des clubs de supporters ? Si nous parvenons à dire NON à cette dérive, nous aurons fait notre travail honnêtement.

La question est exactement posée en ces termes par Ségolène Royal : "suivez l'opinion, vous ne serez pas déçus, et si la gauche perd, ce ne sera pas contre elle." L'affaire est pernicieuse et taraude les esprits, les militants veulent tous gagner. Mais l'opinion est volatile et n'a ni mémoire, ni reconnaissance. Je ne confonds pas l'opinion avec le vote des français. Le choix en faveur de DSK - ou Fabius - est courageux et responsable, car il ne va pas de soi. Fondé sur son succès dans l'opinion, voter pour Royal n'a rien de courageux, c'est tout simplement renoncer à exercer son libre arbitre. Les nouveaux adhérents ne sont guère sensibles à cette rhétorique : "oui disent-ils, mais si c'est elle qui peut gagner ...". On tourne en rond. L'électoralisme comme horizon ultime du nouvel adhérent. Peu importe les idées du candidat pourvu qu'il ait l'étiquette socialiste. Un seul ennui avec les étiquettes dans cette campagne, c'est qu'on en a vu une se décoller de plus en plus, quoiqu'en dise mon camarade Daniel Safon.

Affronter l'opinion, créer une dynamique de rassemblement et convaincre de l'intérêt ultime de nos propositions, voilà l'orgueil d'un militant. Celui qui a convaincu dans cette campagne, c'est DSK.Tel était le message que j'ai essayé de faire passer ce soir là. Résultat le 16 novembre.


Mensonges

La fin de campagne de Ségolène Royal aura été rythmée par les mensonges.

Quand ses partisans accusent sans preuve les sympathisants de DSK d'avoir prémédité et organisé les sifflets au Zenith, elle ne les a pas démenti, donnant du poids à ces mensonges.

Quand ses partisans à nouveau accusent sans preuve les sympathisants de DSK d'avoir publié la vidéo sur les enseignants, elle a encore donné du poids à ces mensonges.

Quand se rapportant à des rumeurs d'une presse de caniveau, elle a accusé DSK d'avoir tenu des paroles machistes, elle a proféré des mensonges et fait huer les autres candidats, ce qu'aucun d'entre eux n'avaient jamais fait. Dans aucun des nombreux meetings de DSK auxquels j'ai assisté, DSK n'a fait huer Royal.

Quand elle affirme qu'il ne faut pas "crier sur les toits" des mesures impopulaires auprès des syndicats d'enseignants, elle a prôné le mensonge par omission.

On comprend maintenant que les partisans de Mme Royal et la candidate elle même se laissent aller à une espèce de fureur outrancière.

On comprend surtout qu'il faut pour la candidate du Poitou donner l'impression qu'une vague irrésistible va la mener dès le premier tour et que tout choix contraire serait injuste et surtout factice. On entretient là un nouveau mensonge par intoxication.

Quand elle dit qu'elle devrait privatiser les cantines publiques de sa région, en cas de succès du non au TCE, elle a raconté des sornettes aux français.

On comprend que quand elle dit à tout instant aux français "on vous ment", elle a oublié de dire qu'elle en a sa part.

On comprend que Madame Royal exaspère tous ceux qui ont une autre vision de la démocratie interne et du débat que cette somme de mensonges accumulés.

On comprend que DSK se soit dit blessé par ces mensonges, ce matin sur Europe 1.

L'image d'une combattante courageuse, aimable et vierge de toute offense envers ses adversaires s'est sérieusement écornée ces derniers temps. Le vrai visage de Madame Royal apparaît. Nicolas Sarkozy dit d'elle qu'elle est irascible. Comme Margareth Thatcher en son temps. Ce trait de caractère semble marquer la différence entre ses prédécesseurs et elle.

Soyons clairs, François Mitterrand et Jacques Chirac étaient des menteurs. Ils n'en étaient pas moins aimables et réellement proches des gens. A ce stade, je vois surtout les mensonges politiques de Ségolène Royal. Sa victoire serait calamiteuse pour ce qu'elle laisse entrevoir d'immobilisme et de déception, et surtout pour nos chances réelles de gagner en 2007.

Le 16 novembre, un choix de lutte contre ces mensonges et cette spirale de l'échec est entre nos mains : le bulletin de vote DSK.