Le Monde sous la plume de Daniel Cohen fait état de différentes stratégies de campagne.
Il dit je cite : "En choisissant Ségolène Royal, les socialistes ont écarté l'ancrage à gauche de Laurent Fabius et le projet plus consensuel de Dominique Strauss-Kahn. Ont-ils parié sur le radicalisme stratégique de la candidate ? Qu'elle porte le fer dans le camp adverse est indiscutable. Mais les thèmes choisis sont aussi un facteur de division dans son propre camp. Car sa stratégie vise à reconquérir un électorat passé à droite ou à l'extrême droite, celui des couches populaires. Le principal problème de Ségolène Royal sera donc de ne pas désespérer en chemin la gauche du PS, ce qui ferait le jeu de l'extrême gauche. ..."
Ce radicalisme stratégique on le voit à l'oeuvre depuis un bon moment. Mais est ce du radical socialisme à la mode Chirac ou autre chose ? On nous parle d'ordre juste comme en d'autres temps on nous parlait de fracture sociale.
Ce qu'on voit ici et là en Europe, et encore hier avec la montée de l'extrême gauche en Hollande (là bas, le parti socialiste - en fait un parti maoïste - a triplé ses voix), c'est le rejet croissant des politiques traditionnelles devant les coups de boutoir de la mondialisation.
De plus en plus d'électeurs exaspérés par les ravages du capitalisme financier hurlent pour que ça s'arrête. Et pour ça votent aux extrêmes. Face à cette furia dévastatrice, il ne reste plus que les grandes coalitions pour préserver ce qui reste de sens commun. En Allemagne, c'est déjà le cas avec le SPD et la CDU. En Italie, c'est une coalition qui va de l'UDF à la LCR dirigée par Romano Prodi, qui tient les rênes. En Hollande c'est le chemin qui pourrait être pris.
J'imagine de plus en plus l'importance des législatives l'an prochain. Que ce soit Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy ou a fortiori un candidat surprise genre François Bayrou qui soit retenu, je crois que les législatives qui s'ensuivront ne seront pas forcément une validation pleine et entière du vote des présidentielles. Une majorité relative comme en 1988 me paraît le plus probable.
D'où l'importance des alliances et des signes que devra lancer chacun des grands candidats. A lire sur ce sujet les deux options de Ségolène Royal un excellent article du Monde par AlainTouraine.
J'approuve la décision de Ségolène Royal de ne pas cesser de faire campagne et de lancer des débats participatifs, mais je pense qu'il faudrait aussi se préoccuper désormais de rassembler les forces politiques autour d'un projet présidentiel de gauche. C'est semble t-il la tâche dévolue à François Hollande. Elle me paraît tout aussi importante si ce n'est plus importante que celle de s'adresser directement aux français. SR semble exceller dans la conquête du pouvoir. Malgré tout, il ne faudrait pas que quelqu'un oublie de serrer les boulons derrière elle.
