L'avantage d'écrire les histoires après coup, c'est qu'on connait la fin. Néanmoins des différences d'analyse existent.
En lisant de nombreux articles, on semble nous dire que les nouveaux adhérents ont voté massivement pour Ségolène Royal, ce qui serait la cause principale de sa victoire. En fait les chiffres qu'on lit ici ou là, donnent une répartition 63/30/7% pour SR/DSK/LF concernant ce vote des nouveaux adhérents. Cette répartition montre que SR l'aurait quand même emporté au premier tour dans le "vieux parti". Les nouveaux n'ont fait qu'amplifier légèrement son succès en cachant une part d'adhésion plus limitée qu'on ne le dit souvent. Ils auraient même favorisé DSK relativement parlant. Mais concernant ces nouveaux adhérents, je doute de toute façon de leur effet d'entraînement sur les anciens, vu leur présence toute relative au sein des sections, sans parler de leur action militante de terrain quasi-inexistante. Les votants anciens et nouveaux ont dit-on surtout voté utile.
Personnellement je persiste à dire que c'est de l'extérieur du parti qu'est venue la pression : de ces sympathisants fort opportunément interrogés à longueur d'enquêtes par des sondeurs et des médias intéressés par le "phénomène". Ils ont joué la carte Royal, parce que c'était la seule au sein d'un grand parti à dire vouloir jouer autrement pour battre Sarkozy.
Ce front anti-Sarkozy aurait pû mobiliser tous les soutiens aux autres candidats, donc pour moi ce n'était pas un facteur discriminant sauf peut-être pour Fabius.
Cette victoire c'est avant tout la victoire de la démocratie d'opinion. L'environnement était totalement favorable à la candidate, et elle a sû capter les vents portants.
Qu'est ce qui forme la cote de popularité d'une personnalité politique ? Aujourd'hui, et avant tout sa distance par rapport au pouvoir, sa sincérité apparente, son charisme naturel et ... une histoire. SR réunissait tous ces ingrédients.
Alors me direz vous pourquoi elle et pas Kouchner ou Lang ? Parce que c'est une femme. Elle en a joué.Cette prime à la féminité, à la logique féminine, au contournement des lignes personne n'a pu la surmonter.
De ce fait aux yeux de l'opinion, elle devenait inattaquable : victime des hommes, jalousie des femmes. Aucune prise d'attaque pour l'adversaire disqualifié d'avance.
Mais ensuite que s'est dit l'opinion en dehors du constat de cette différence et de cette invulnérabilité ? L'opinion a fait un pari. Mitterrand disait du chômage : "on a tout essayé". Il ne reste plus qu'une chose à essayer se dit l'opinion : une femme. A condition de montrer une vision pragmatique, apolitique, sans idéologie, transcourants, ... Ce que n'ont pas une Aubry, une Buffet, une Autain ou une Voynet, sans parler d'Arlette.
Voilà le cocktail gagnant à mes yeux : une femme charismatique et fédératrice d'aspirations diverses voire contraires. Le souci de cohérence compte moins que le désir de chacun d'entendre ce qu'il a envie d'entendre.
Voilà pourquoi affirmer une cohérence et une ligne politique était perdant dans ce combat. Il aurait fallu rester flou et généraliste. DSK ne l'a pas voulu ainsi, et c'est tout à son honneur que d'avoir voulu dire sa vérité. Celà lui servira dans les combats futurs que nous mènerons à ses côtés.
S'il n'y a qu'une leçon à tirer de ce vote c'est celui ci : on ne sort de l'ambigüité qu'à son détriment. Le candidat gagnant est celui qui a eu un jeu multi-facettes et louvoyant. Qui a utilisé - sans que je lui dénie sa conviction - des cartes à droite et à gauche. Avant 2006, je crois que DSK avait un instant voulu donner des gages à gauche. Ca ne lui a pas réussi, son image s'est brouillée. On peut reconnaître à Royal d'avoir réussi cette synthèse.
Ce que cette campagne a révélé c'est que Ségolène Royal s'affirme comme la candidate de la France profonde. Si elle gagne en 2007, ce sera de nouveau grâce à celà car Nicolas Sarkozy aura du mal à incarner une France du terroir (des territoires comme on dit pour parler des régions aujourd'hui) contre elle.
Le souci à mes yeux, c'est le risque d'inefficacité ensuite. Elle ne fera qu'égratigner les couches de blocages et de fixation de notre peuple, car elle n'attaquera aucun des grands problèmes à la racine. A coup de bons sentiments et d'idées trop simples pour un monde complexe, ira t-on très loin ?
Si SR est élue en 2007, on peut craindre qu'elle ait un parcours à la Chirac, compassionnel et fluctuant, impulsif et empathique, révolté et pusillanime. Mais ce serait penser qu'elle a déjà gagné.
Electoralement, toute la question est : jusqu'où osera t-elle aller ? Jusqu'à quel point sa stratégie va t-elle payer ? Cette stratégie consistant à dire ses vérités mouvantes faites d'avancées et de reculs.
Avec DSK le sympathisant pouvait admirer le candidat du mouvement, avec SR il s'attache aux mouvements de la candidate. Physiquement et intellectuellement, elle incarne les contradictions et les pulsions du peuple français. Elle les épouse. C'est une candidate parfaite pour être une présidente à l'aise dans les institutions de la Vème République.
Par souci d'efficacité électorale le PS a décidé de jouer une carte à fond, le pari de la féminité qui en soi porte la promesse d'une politique différente aux yeux de l'opinion. Au final, nous avons une candidate esthétique et romantique, à qui il reste à se doter d'une dimension présidentielle pour vraiment marquer son temps. Elle a écrit quelques chapitres de cette histoire, donnons aux français l'envie de lire la suite et prions pour qu'ils continuent à se passionner pour la saga. Ca fait un an que ça dure, en dépit de tous les oiseaux de mauvais augure (comme Aiglon) il n'y a pas de raison que ça ne tienne pas cinq mois de plus.
