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octobre 2006

Alain Geismar soutient DSK

Je voterai sans hésitation Dominique Strauss-Kahn

LE MONDE | 31.10.06 |
Aux côtés de Daniel Cohn-Bendit et de Jacques Sauvageot, j'ai été un des porte-parole de Mai 68, puis j'ai rejoint les maoïstes, croyant sincèrement aller ainsi au bout de l'espoir soulevé par Mai. J'ai vécu, j'ai vu passer les années et les hommes, Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand, dont l'élection m'a libéré de mon inscription gauchiste.

En 1986, le PS a perdu les élections et je l'ai rejoint, j'ai rencontré alors Lionel Jospin, qui incarnait ce parti. Je n'ai jamais depuis regretté ce choix de 1986, puis mon choix de Lionel Jospin, dans les bons et les mauvais jours. Auprès de lui, j'ai reconnu cette valeur suprême pour un homme, au-delà des allégeances et des fidélités, d'être libre et responsable de ses choix.

En politique, il existe trois fondamentaux à mes yeux : les orientations de base, leur gestion une fois élu, et les comportements personnels de ceux qui les incarnent. C'est ce triptyque qui fonde nos valeurs.

LE PLUS DÉCISIF

C'est ce dernier point, le comportement humain et politique des hommes et des femmes candidats, qui est le plus décisif à mes yeux, et qui l'est encore plus quand il s'agit justement de choisir, non le projet que nous avons déjà élaboré ensemble, mais la personne qui nous propose de l'incarner

Des trois candidats en lice, Dominique Strauss-Kahn, que j'ai côtoyé depuis vingt ans, est de très loin et sans aucune hésitation celui que je respecte le plus.

D'autres camarades, parfois très proches, font d'autres choix. J'espère de tout coeur les retrouver tôt ou tard, d'autant qu'il ne s'agit en aucune façon pour moi d'une allégeance à un courant, mais bien d'une réponse à la question posée du choix du meilleur candidat pour cette élection majeure. Personne ne peut s'y tromper.

Si j'avais voulu persévérer dans le rejet de la démocratie représentative, de la démocratie bourgeoise, je n'aurais sûrement pas choisi le Parti socialiste, qui fait du suffrage universel l'alpha et l'oméga de son attachement à la démocratie. Je ne souhaite pas me rapprocher du peuple en le flattant, mais en le respectant.

D'autres amis, extrêmement proches aussi, ne se prononcent pas. Je les comprends bien. Mais je me dis que j'ai trop vu de gens pleurer de n'avoir pas fait le choix de la raison, quand il en était temps en avril 2002, pour pouvoir les suivre. Je sais que, cette fois, tous les candidats sont socialistes, mais ils m'apparaissent si différemment socialistes que je ne peux m'empêcher ce rapprochement, même choquant. Je voterai Dominique Strauss-Kahn parce que je peux partager avec lui l'essentiel de ce qui fonde mon engagement au Parti socialiste. ,


Alain Geismar, universitaire membre du Parti socialiste.

Article paru dans l'édition du 01.11.06

Montebourg doit s'expliquer

Arnaud Montebourg avait dit ceci suite aux sifflets du Zenith :

"Au zénith, la salle avait été faite. On a des témoignages de gens de la section de Sarcelles qui ont reçu une instruction de Camba [Jean-Christophe Cambadélis, proche de DSK, ndlr] de siffler Ségolène, dénonce Arnaud Montebourg. C'est un mauvais calcul : plus elle est attaquée, plus elle en ressort renforcée. Notre problématique est de rassembler : si les fractures sont trop importantes, on aura du mal.»

Article en entier

Voilà la réponse de nos camarades du Val d'Oise.

Sarcelles, le 29 octobre 2006,

Cher Arnaud,

À en croire tes propos dans Libération de ce matin, tu disposerais de témoignages de militants de la section de Sarcelles ayant reçu une instruction de Jean-Christophe Cambadélis de siffler Ségolène Royal lors du meeting du Zenith. C’est une allégation pure et simple. Alors, si tu as des témoignages confirmant tes propos, nous attendons que tu les produises, sinon, nous te demandons de respecter au lieu de stigmatiser des militants d’une section de banlieue dont tu ignores tout.

Tu vois Arnaud, les militants de Sarcelles, comme ceux de la fédération du Val d’Oise et comme tous les autres, sont libres de leurs choix et de leurs actes. On ne leur envoie pas de texto directif, ils n’obéissent pas le doigt sur la couture du pantalon aux injonctions d’un chef. Ils ne se précipitent pas tel un troupeau. Les militants de Sarcelles sont comme les autres, ils écoutent, discutent, se forgent une conviction et enfin ils décident.

Jour après jour, ils militent courageusement dans une ville où se concentrent beaucoup d’inégalités. Ils portent haut les couleurs du Parti Socialiste et leur travail paie : ils gagnent les élections et ensuite l’action de leurs élus permet de transformer la réalité des quartiers populaires. Tu es d’ailleurs le bienvenu pour venir les rencontrer et découvrir leur militantisme.

Arnaud, tous les coups ne sont pas permis, encore moins entre camarades et le mensonge doit absolument être évité. Toi qui est avocat de formation, tu sais plus que les autres combien l’accusation sans preuve est ennemie de la justice. Nous te demandons donc de revenir sur tes propos et nous t’invitons à appliquer l’exigence de vérité que nous devons toujours placer au cœur de nos débats.

Dominique Lefebvre
Premier secrétaire de la fédération du Val d'Oise

François Pupponi
Maire de Sarcelles

Patrick Haddad
Secrétaire de la section de Sarcelles


Je partage naturellement la position de nos camarades.


Le Zénith pour DSK

Formidable ce 4ème débat  des candidats au Zénith. Pour ceux qui n'ont pu s'y rendre, je vous livre ci-joint un petit compte-rendu de militants présents sur place.

Après un discours d’introduction de Bertrand Delanoë le maire de Paris (qui ne prend parti pour aucun candidat mais fait « Le serment du Zénith » ou le pacte du Zénith et salue la présence des 8 responsables des comités régionaux du PS), les débats commencent. Débat est un grand mot, les candidats ayant eu les questions à l’avance et devant présenter leurs réponses.  C’est donc sur fond de crise des banlieues, de polémique sur les jurys de citoyens, et de surenchère que les « débats » commencent.

Les 3 questions posées aux candidats furent les suivantes :

-           les émeutes urbaines et les politiques à mettre en œuvre pour un vrai changement;

-           les grands projets en matière de logement, d’emploi, d’éducation et de sécurité;

-           La question européenne et la façon de sortir de la crise 

Le tirage au sort a désigné Fabius en premier. Dès le début de son discours, il annonce qu’il va « appliquer le programme du PS ». Selon lui, nous aurons à faire face à 3 défis : le défi écologique, celui de l’allongement de la durée de vie, et celui de la démocratie (et notamment la république parlementaire).

Seule originalité de son discours, son passage sur la culture, où il promet pour tous les élèves des enseignements artistiques dans les classes, et propose des solutions pour les intermittents du spectacle (ce dernier point fut très applaudi par la salle).

Ségolène, elle, a parlé la plupart du temps sous les huées et les sifflements, même si ses supporters s’étaient mis devant la tribune, sans doute pour masquer leur nombre limité. D’ailleurs, tout le monde a constaté qu’une fois celle-ci avait terminé sa présentation et ses discours, nombre des militants en question sont partis avant la fin et donc avant la prestation de DSK, ce qui a donné encore plus de poids et de solennité à la présentation de son programme.

Ségolène explique que, selon elle, « la France est au Moyen  Age de la démocratie sociale (tentant ainsi une percée sur le terrain de DSK) et que les trois démocraties se complètent (« c’est un peu comme une fleur : plus elle pousse, plus elle grandit !».Elle propose un « Pacte social » entre le candidat et le pays. Elle cite Faudel ( ?) comme référence et demande d’investir dans l’intelligence, l’éducation et la culture.

Plusieurs fois, avec lucidité, elle insiste sur le fait que « rien n’est fait, rien n’est gagné » ! Elle veut redonner aux français « le droit de pétition » et nourrir la démocratie participative, citant notamment les expériences qui existent déjà, et faisant un amalgame avec les « rapports de mandats » des élus.

S’agissant des banlieues, elle estime que le métissage est une richesse, et appelle de ses vœux la mise en place des « sécurités sociales ». Concernant le soutien scolaire, elle propose l’instauration d’un « service civil » pour les étudiants qui le souhaiteraient sous forme de tutorat des élèves en difficulté. Puis elle dénonce les abus du système bancaire, cite Mitterrand à plusieurs reprises, et Martin Hirsch (le président d’Emmaüs) pour la lutte contre la précarité.

DSK lui, commence très fort, avec le rappel de notre identité socialiste, sa conception du réformisme et son souhait de mener des réformes du premier au dernier jour. Il appelle de ses vœux un président « très capable », et loue une France « généreuse » notamment par l’aide au développement et « internationaliste » (il donne l’exemple de la lutte contre le Sida). Cela ne l’empêche pas d’être patriote. Pour lui ça ne sert à rien d’instaurer un climat de suspicion et de défiance.

DSK explique également (comme avant hier au JT) son projet pour les jeunes, qui sont sa priorité. Le capital de départ dont le financement pourrait être fait par exemple avec les finances publiques (impôt sur les successions) et ainsi supprimer certains cadeaux fiscaux que la droite a faits. Il fustige à cet égard « Sarkozy le Panaméen », qui a fait des cadeaux aux plus riches …

Il en appelle au rassemblement (sa conviction) sous un tonnerre d’applaudissements.

S’agissant de la sécurité, il s’agit d’être ferme, mais surtout avoir des forces de police efficaces (rétablir la police de proximité), que les citoyens participent au Pacte social et faire revenir les services publics dans les banlieues.

La précarité est concentrée sur les femmes et les jeunes, et DSK détaille son fameux plan pour les jeunes, qui auraient un « capital de départ ». Il faut encourager les entreprises qui font des contrats à durée indéterminée et décourager les autres (c’est le centenaire du droit du travail).

Sur l’Europe, DSK a été très clair. L’Europe n’est pas un problème de projet  (il existe) mais, au contraire des deux autres candidats qui ont promis beaucoup de choses sur l’Europe sans être sûrs de pouvoir les tenir (car ensuite, il faut convaincre 24 autres pays et la France n’a plus l’influence qu’elle avait avant !) DSK préconise la politique « des petits pas » : l’Europe n’est pas une « grande France », et il faut user du compromis, qui n’est pas un vain mot !

En conclusion, DSK invite les militants et les français à « écouter la vérité », et à chercher à convaincre. Il parie sur le fait que ce n’est qu’ainsi que la gauche va gagner, gagner encore et…. rester au pouvoir !

A la sortie du Zénith les conversations allaient bon train.

Dans l'ensemble les commentaires semblaient porter sur la forte impression faite par DSK et LF et la faiblesse comparée de SR, dont on comprend ce soir qu’elle trouve la campagne interminable.

La presse s’en est faite l’écho en insistant sur le chahut contre la favorite et l’avertissement que celle-ci lance.

Il semble aussi que ce qui l’inquiète c’est ce sondage qui la voit perdre 15 points en une semaine.

Contrairement à ce que laisse entendre les journalistes, la salle n'était pas entièrement cadenassée par les militants convaincus d'un bord ou de l'autre. Bien sûr, chaque camp avait manifestement tenté de mobiliser ses partisans. Mais il y avait aussi beaucoup de militants qui étaient venus pour écouter le débat sans avis préconçu. Forte de ses 49 000 adhérents, l'Ile-de-France pèse 25% du parti. Contrairement à ce que nous expliquent les médias, la partie est loin d'être jouée au sein du PS. Il y a un décalage invraisemblable entre l'image que nous renvoient les médias et ce que l'on

perçoit de la réalité des adhérents à travers les réunions, les échanges que l'on peut avoir jour après jour.

Il y a, de la part des adhérents un intérêt manifeste pour ces débats et la volonté de ne pas se laisser dicter un choix par l'intermédiaire du prisme médiatique.

Enregistrement audio des discours de Laurent Fabius, DSK et Ségolène Royal au Zénith

DSK propose un capital de départ pour les jeunes

DSK vient de faire une proposition concrète pour aider les jeunes à entrer dans la vie active : un capital de départ.

Sur son blog on lit ceci :

Mon constat de départ est simple. Les jeunes, aujourd’hui, cumulent les difficultés : accès au logement, financement de leurs études, insertion dans la vie professionnelle, accès à la culture…Demain, nous leur laisserons à la fois une dette publique élevée et un environnement dégradé. Ma conviction profonde est que nous leur devons quelque chose !

Il faut les aider à entrer dans la vie. Pour cela, je propose que nous leur donnions un patrimoine de départ facilitant leur autonomie. Du capital public pour ceux qui n’ont pas de capitaux privés.

C’est une réforme essentielle qui aura un coût. Je l’assume pleinement ! Elle est indispensable sur le plan moral. Elle est socialement juste : c’est l’égalité réelle mise en actes. Elle est économiquement efficace : c’est la confiance relancée. Elle est politiquement pertinente : elle réduit les inégalités de patrimoine aggravées par Nicolas Sarkozy avec l’évolution des droits de succession.

J’ai vu sur le post daté d’hier que vous étiez déjà très nombreux à avoir engagé le débat. J’attends donc vos réactions. Quel est votre sentiment général sur cette proposition ? Un montant qui se situerait, par exemple, autour de 10 000€ vous paraît-il pertinent ? Quelles modalités de mise en œuvre ? Sur la base de quels projets d’études, professionnels, familiaux ? A quel âge les bénéficiaires pourront-ils disposer de ce capital de départ ?


Vu le nombre de commentaires et de réactions, il est clair que DSK a tapé dans le mille pour déclencher un vrai débat entre ceux qui veulent faire confiance aux jeunes et au pays, et ceux qui s'arqueboutent sur des situations acquises.

Cette proposition mise en débat est emblématique de ce que DSK apporte au projet du PS dans l'esprit d'une vraie politique de gauche redistributrice. DSK avait déjà imaginé les emplois jeunes qui avaient contribué à redonner confiance aux jeunes et à leurs parents en 1997. La droite avait tout cassé en 2002 avant d'y revenir avec le plan Borloo.

De nouveau sur la même ligne que Martine Aubry et son EVA, DSK explique comment le retour à la confiance, source de croissance, peut se traduire dans les faits. Il montre le chemin.

Le financement est basé sur différentes sources dont les droits de succession, tant il est clair que les plus aisés qui ont construit un patrimoine privé basé sur la rente, les dividendes et l'immobilier peuvent contribuer à l'égalité réelle. C'est là que l'opposition sera la plus forte.

Le message est bien celui là : DSK fait confiance aux jeunes.
En social-démocrate responsable, DSK veut établir la règle du jeu en dialoguant avec les citoyens. Il n'est pas question de signer un chèque de 10 000 euros sans contrepartie. C'est aussi un exemple du contrat social, du pacte de l'Elysée que DSK propose aux français.
Le débat est ouvert.


Les jurys populaires (suite)

Comme l'a prévu Eric Dupin dans un billet cette fois plus favorable à DSK, un sondage aujourd'hui indique que l'opinion est favorable à 60% aux jurys populaires. Peut-être les mêmes 60% qui estimaient la semaine dernière les hommes politiques corrompus.

Qui ne voit qu'en surfant sur l'opinion tellement prévisible, Ségolène Royal ne court pas grand risque d'être démentie et peut ensuite s'indigner tel Robespierre : "Moi je n'ai pas peur du peuple".Jury

C'est là que le piège se referme sur tous ceux qui tentent de légitimer la démocratie représentative. Les girondins des temps modernes peuvent être aisément taxés de protéger des situations acquises et des privilèges indûs. C'est ignorer bien sûr la complexité de l'action publique, la difficulté de trouver des solutions justes et efficaces quand les marges de manoeuvre manquent. Fort heureusement les jacobins veillent ! Le bonnet phrygien se porte bien ces temps ci, camarades citoyens et citoyennes. Ne dit-on pas que le peuple a la tête près du bonnet. Bon ne nous égarons pas.

Le char de l'Etat-providence a du mal à grimper la pente ? Fouettons les cochers ! Entassons à côté d'eux les passagers et que chacun y aille de son conseil ou de son injonction, telle la mouche du coche.

Redevenons sérieux. On a envie de demander : Madame Royal, vous qui voulez incarner le renouveau et les propositions audacieuses, iriez vous jusqu'à remettre en cause votre présidence si l'on contestait dans un de ces jurys populaires l'un de vos arbitrages. Qu'auriez vous fait et que feriez vous si le tribunal des citoyens - autrement que par le vote - vous demandait de rétablir la peine de mort, vous demandait d'abroger les 35 heures, vous demandait de mettre la retraite à 55 ans ou au contraire à 65 ans ? etc ...

Les réponses seraient intéressantes. On touche là du doigt les limites de la démocratie d'opinion. Sans parler du rétropédalage - lui aussi prévisible tant celà manquait de sérieux - de Ségolène Royal sur les jurys appliqués au conseil des ministres.

Pour rétablir la confiance des citoyens envers les élus, il n'y a qu'un remède : que les élus assument pleinement leurs responsabilités. A une époque pas si lointaine, un homme politique soupçonné - encore le soupçon - a remis son pouvoir aux mains du peuple sans y être obligé. Cet homme bien sûr c'est DSK. C'était l'affaire de la MNEF. Voilà mise en pratique la politique par la preuve dont Madame Royal fait tant l'éloge. Il ne suffit pas toujours de réclamer plus de justice et d'ordre, il faut aussi la pratiquer pour soi même. A cette occasion, Madame Royal avait déclaré "Un homme politique est là pour servir, pas pour se servir". On est tenté de lui répondre aujourd'hui : "Madame Royal, et si vous cessiez de vous servir de l'opinion".

[Edit : en dehors d'Eric Dupin, un autre éditorialiste Christophe Barbier n'est vraiment pas tendre avec Ségolène Royal dans son commentaire politique sur LCI. Regardez la vidéo. Cette nouvelle "appréciation" des médias est-elle à ranger du côté de la défense de Nicolas Sarkozy, bien aimé des grands médias privés, ou d'un réel sentiment de malaise face la madonne des sondages comme l'exprimait le Nouvel Obs récemment, journal qu'on ne peut taxer de sympathie sarkozyste ? Le changement de ton médiatique est à noter. Jérôme Jaffré l'avait relevé dans la dernière émission de "politiquement show" sur LCI. Il reste néanmoins de grands supporters royalistes parmi les commentateurs au rang desquels on mettra : Gérard Carreyrou, Olivier Duhamel (pas Alain !), François de Closets, Joseph Macé-Scaron, etc ... Et même d'autres iconoclastes prêts à y voir une révolution copernicienne pour le fonctionnement de la démocratie actuelle, je parle notamment de Daniel Schneidermann. Jean Michel Aphatie pour sa part estime que dans cette proposition Royal a mis la charrue avant les boeufs. Bref, un beau chahut.]


Les jurys citoyens, nouvelle polémique lancée par Ségolène Royal

Pourquoi mettre tout à coup sur le tapis cette idée de jurys citoyens ?
Un article de Libération de ce jour décrypte fort bien la stratégie :

On peut y lire : "Le scénario est désormais bien rodé. Centres militaires pour jeunes délinquants, 35 heures, carte scolaire ou «surveillance populaire» des élus : «Ségolène Royal regarde ce qui monte dans l'opinion sur un sujet précis, elle attaque la ligne socialiste, elle se fait attaquer en retour par son camp, résume un sondeur. Puis elle attend le sondage qui montre qu'elle a le soutien de l'opinion.» Le tout dans un timing soigné, de l' «encadrement militaire» des délinquants brandi alors que le tribunal de Bobigny est taxé de «laxisme», à la carte scolaire dégainée à la veille de la rentrée. «Une extraordinaire caisse de résonance», selon un communicant politique. Sa cote de popularité, ressource majeure, est-elle aussi au fondement de son discours politique ?"

Je vous invite aussi à lire les commentaires à cet article, où vous verrez un condensé de bétise crasse, de haine anti-élus, d'arguments en dessous de la ceinture. Voilà le type de débats dans lequel nous sommes entraînés par cet appel à la vindicte populaire contre les hommes politiques villipendés comme corrompus et sans scrupules. Ce n'est pas ce que dit Ségolène Royal, mais c'est bien ce que traduit une majorité de ceux qui la soutiennent.

Ségolène Royal a en effet rebondi sur un sondage d'opinion indiquant que 60% des français jugent les politiques corrompus pour mettre en évidence sa différence.

A nouveau elle s'appuie sur la démocratie participative et sur son concept d'ordre juste qu'elle décrit ainsi sur son blog :

"Chacun d’entre nous, chaque citoyen là où il est, dans sa famille, dans son quartier, dans son milieu de travail, dans son association, dans ses loisirs, est un expert légitime de la mutation de la France. [...]

J’ai proposé de créer des jurys de citoyens qui évalueraient les politiques publiques, par rapport à la satisfaction des besoins, ou par rapport au juste diagnostic des difficultés qui se posent, non pas dans un sens de sanction, mais pour améliorer les choses.

Ces jurys de citoyens pourraient être constitués par tirage au sort. Comme dans la Grèce antique."

Parmi les élus, le tollé est général une nouvelle fois à droite comme à gauche. Pressée de questions, Ségolène Royal a dû expliquer qu'il ne s'agissait pas d'un mouvement de défiance envers les élus.
DSK et Fabius se sont opposés eux aussi à cette proposition en termes peu amènes :
Une idée génératrice d'un énorme désordre selon DSK, et dans la veine de l'antiparlementarisme le plus sommaire selon André Laignel, soutien de Fabius.

Beaucoup de nos concitoyens voulaient un Sarkozy de gauche, capable de parler simple et clair, de s'affranchir de tous les corps intermédiaires y compris les partis, d'en appeler au peuple en toute circonstance pour légitimer des positions radicales.

Je crois que la démonstration est faite que nous avons notre Sarkozy de gauche. Ségolène Royal n'est pas une bulle médiatique. Elle est implacable dans l'application d'une méthode qui lui réussit à merveille. Définitivement. Elle pratique un social-populisme sans complexes, en rejetant bien sûr cette appellation. Elle épouse l'opinion, elle promet le pouvoir aux citoyens, elle ne pourra pas être rattrapée sur ce terrain.

Sauf à revisiter complètement sa conception de l'action publique, je ne vois vraiment pas comment DSK pourrait s'associer à cette démarche qui générera à coup sûr de la déception et des frustrations. La gauche réformiste responsable y perdrait son âme, car le marqueur de son action c'est la vérité et son instrument privilégié, la démocratie représentative. La social-démocratie c'est exactement l'opposé de cette démocratie directe, électoraliste, plus soucieuse de la quête du pouvoir que de l'exercice responsable du pouvoir dans la durée. La question demeure : est ce une stratégie pour gagner, ou une stratégie pour gouverner ?


La politique people

La revue du web
A la recherche de la nouvelle star
Le site du magazine Première propose un casting des présidentiables.  Dominique Strauss-Kahn serait joué par Gérard Depardieu "faute de Robert De Niro" et Ségolène Royal par Isabelle Huppert: "Avec cette distinction bourgeoise qui semble dissimuler quantité de secrets inavouables, Ségo ressemble déjà à un personnage chabrolien." Et Laurent Fabius ? Bruce Willis n'était pas disponible.

(Entrefilet lu sur www.LeMonde.fr)


Eric Dupin croit au match Royal Fabius

Ah j'ai failli m'étouffer avec mon café quand j'ai lu sous la plume d'Eric Dupin : "DSK souffre de vouloir incarner une social-démocratie qui correspond aux équilibres politiques et sociaux du siècle précédent. Sa foi dans les grandes négociations fait peu de cas du rapport de forces défavorable au monde du travail."

Et comme alternative crédible à gauche Monsieur Dupin identifie la politique de la micro-mesure compassionnelle ou celle de la lutte radicale pour l'avancée sociale (le poing levé j'imagine ...).

Rappelez nous Monsieur Dupin combien de gouvernements européens sont gouvernés de la sorte, c'est à dire par le levier de la région ou celui de l'Etat jacobin ? Aucun.

L'Allemagne pourrait être un exemple avec ses Länder, mais ce sont bien les socio-démocrates du SPD et les puissants syndicats qui forment la cheville ouvrière du modèle social allemand. Et nos régions sont loin de ressembler aux Länder. C'est plutôt Madame Royal qui louche de ce côté là il me semble, pour le coup bien éloigné de notre culture.

DSK reste celui qui comprend que dans les 5 ans, la France ne se transformera pas en pays scandinave ou germanique. Que les syndicats ne seront puissants que s'ils sont dotés de plus de pouvoirs de contrôle dans les entreprises. Que les régions n'ont pas les moyens d'avoir une vision globale des besoins du pays, l'exemple parfait étant justement employé par Madame Royal avec les pôles de compétitivité. On a pratiqué le saupoudrage pour contenter tous les notables et barons locaux plus soucieux de ré-élection que d'excellence industrielle.

Dans un contexte de spécialisation outrancière du travail liée à la mondialisation et de budgets contraints, la concentration des moyens de l'Etat est plus que jamais nécessaire là où il est nécessaire. Et pour donner de l'espace au dialogue social et citoyen, le contrat doit primer sur la loi.

Entre l'application de mesurettes redistributrices en province à l'efficacité limitée et le volontarisme d'Etat centralisateur source de rigidités, je préfère le compromis social démocrate qui allie efficacité, souplesse et justice sociale.

Le progrès se partage, se négocie et s'échange : voilà une notion toujours moderne qui vous a complètement échappé Monsieur Dupin.