Formidable ce 4ème débat des candidats au Zénith. Pour ceux qui n'ont pu s'y rendre, je vous livre ci-joint un petit compte-rendu de militants présents sur place.
Après un discours d’introduction de Bertrand Delanoë le maire de Paris (qui ne prend parti pour aucun candidat mais fait « Le serment du Zénith » ou le pacte du Zénith et salue la présence des 8 responsables des comités régionaux du PS), les débats commencent. Débat est un grand mot, les candidats ayant eu les questions à l’avance et devant présenter leurs réponses. C’est donc sur fond de crise des banlieues, de polémique sur les jurys de citoyens, et de surenchère que les « débats » commencent.
Les 3 questions posées aux candidats furent les suivantes :
- les émeutes urbaines et les politiques à mettre en œuvre pour un vrai changement;
- les grands projets en matière de logement, d’emploi, d’éducation et de sécurité;
- La question européenne et la façon de sortir de la crise
Le tirage au sort a désigné Fabius en premier. Dès le début de son discours, il annonce qu’il va « appliquer le programme du PS ». Selon lui, nous aurons à faire face à 3 défis : le défi écologique, celui de l’allongement de la durée de vie, et celui de la démocratie (et notamment la république parlementaire).
Seule originalité de son discours, son passage sur la culture, où il promet pour tous les élèves des enseignements artistiques dans les classes, et propose des solutions pour les intermittents du spectacle (ce dernier point fut très applaudi par la salle).
Ségolène, elle, a parlé la plupart du temps sous les huées et les sifflements, même si ses supporters s’étaient mis devant la tribune, sans doute pour masquer leur nombre limité. D’ailleurs, tout le monde a constaté qu’une fois celle-ci avait terminé sa présentation et ses discours, nombre des militants en question sont partis avant la fin et donc avant la prestation de DSK, ce qui a donné encore plus de poids et de solennité à la présentation de son programme.
Ségolène explique que, selon elle, « la France est au Moyen Age de la démocratie sociale (tentant ainsi une percée sur le terrain de DSK) et que les trois démocraties se complètent (« c’est un peu comme une fleur : plus elle pousse, plus elle grandit !».Elle propose un « Pacte social » entre le candidat et le pays. Elle cite Faudel ( ?) comme référence et demande d’investir dans l’intelligence, l’éducation et la culture.
Plusieurs fois, avec lucidité, elle insiste sur le fait que « rien n’est fait, rien n’est gagné » ! Elle veut redonner aux français « le droit de pétition » et nourrir la démocratie participative, citant notamment les expériences qui existent déjà, et faisant un amalgame avec les « rapports de mandats » des élus.
S’agissant des banlieues, elle estime que le métissage est une richesse, et appelle de ses vœux la mise en place des « sécurités sociales ». Concernant le soutien scolaire, elle propose l’instauration d’un « service civil » pour les étudiants qui le souhaiteraient sous forme de tutorat des élèves en difficulté. Puis elle dénonce les abus du système bancaire, cite Mitterrand à plusieurs reprises, et Martin Hirsch (le président d’Emmaüs) pour la lutte contre la précarité.
DSK lui, commence très fort, avec le rappel de notre identité socialiste, sa conception du réformisme et son souhait de mener des réformes du premier au dernier jour. Il appelle de ses vœux un président « très capable », et loue une France « généreuse » notamment par l’aide au développement et « internationaliste » (il donne l’exemple de la lutte contre le Sida). Cela ne l’empêche pas d’être patriote. Pour lui ça ne sert à rien d’instaurer un climat de suspicion et de défiance.
DSK explique également (comme avant hier au JT) son projet pour les jeunes, qui sont sa priorité. Le capital de départ dont le financement pourrait être fait par exemple avec les finances publiques (impôt sur les successions) et ainsi supprimer certains cadeaux fiscaux que la droite a faits. Il fustige à cet égard « Sarkozy le Panaméen », qui a fait des cadeaux aux plus riches …
Il en appelle au rassemblement (sa conviction) sous un tonnerre d’applaudissements.
S’agissant de la sécurité, il s’agit d’être ferme, mais surtout avoir des forces de police efficaces (rétablir la police de proximité), que les citoyens participent au Pacte social et faire revenir les services publics dans les banlieues.
La précarité est concentrée sur les femmes et les jeunes, et DSK détaille son fameux plan pour les jeunes, qui auraient un « capital de départ ». Il faut encourager les entreprises qui font des contrats à durée indéterminée et décourager les autres (c’est le centenaire du droit du travail).
Sur l’Europe, DSK a été très clair. L’Europe n’est pas un problème de projet (il existe) mais, au contraire des deux autres candidats qui ont promis beaucoup de choses sur l’Europe sans être sûrs de pouvoir les tenir (car ensuite, il faut convaincre 24 autres pays et la France n’a plus l’influence qu’elle avait avant !) DSK préconise la politique « des petits pas » : l’Europe n’est pas une « grande France », et il faut user du compromis, qui n’est pas un vain mot !
En conclusion, DSK invite les militants et les français à « écouter la vérité », et à chercher à convaincre. Il parie sur le fait que ce n’est qu’ainsi que la gauche va gagner, gagner encore et…. rester au pouvoir !
A la sortie du Zénith les conversations allaient bon train.
Dans l'ensemble les commentaires semblaient porter sur la forte impression faite par DSK et LF et la faiblesse comparée de SR, dont on comprend ce soir qu’elle trouve la campagne interminable.
La presse s’en est faite l’écho en insistant sur le chahut contre la favorite et l’avertissement que celle-ci lance.
Il semble aussi que ce qui l’inquiète c’est ce sondage qui la voit perdre 15 points en une semaine.
Contrairement à ce que laisse entendre les journalistes, la salle n'était pas entièrement cadenassée par les militants convaincus d'un bord ou de l'autre. Bien sûr, chaque camp avait manifestement tenté de mobiliser ses partisans. Mais il y avait aussi beaucoup de militants qui étaient venus pour écouter le débat sans avis préconçu. Forte de ses 49 000 adhérents, l'Ile-de-France pèse 25% du parti. Contrairement à ce que nous expliquent les médias, la partie est loin d'être jouée au sein du PS. Il y a un décalage invraisemblable entre l'image que nous renvoient les médias et ce que l'on
perçoit de la réalité des adhérents à travers les réunions, les échanges que l'on peut avoir jour après jour.
Il y a, de la part des adhérents un intérêt manifeste pour ces débats et la volonté de ne pas se laisser dicter un choix par l'intermédiaire du prisme médiatique.
Enregistrement audio des discours de Laurent Fabius, DSK et Ségolène Royal au Zénith
Comme l'a prévu Eric Dupin dans un billet cette fois plus favorable à DSK, un sondage aujourd'hui indique que l'opinion est favorable à 60% aux jurys populaires. Peut-être les mêmes 60% qui estimaient la semaine dernière les hommes politiques corrompus.
Qui ne voit qu'en surfant sur l'opinion tellement prévisible, Ségolène Royal ne court pas grand risque d'être démentie et peut ensuite s'indigner tel Robespierre : "Moi je n'ai pas peur du peuple".
C'est là que le piège se referme sur tous ceux qui tentent de légitimer la démocratie représentative. Les girondins des temps modernes peuvent être aisément taxés de protéger des situations acquises et des privilèges indûs. C'est ignorer bien sûr la complexité de l'action publique, la difficulté de trouver des solutions justes et efficaces quand les marges de manoeuvre manquent. Fort heureusement les jacobins veillent ! Le bonnet phrygien se porte bien ces temps ci, camarades citoyens et citoyennes. Ne dit-on pas que le peuple a la tête près du bonnet. Bon ne nous égarons pas.
Le char de l'Etat-providence a du mal à grimper la pente ? Fouettons les cochers ! Entassons à côté d'eux les passagers et que chacun y aille de son conseil ou de son injonction, telle la mouche du coche.
Redevenons sérieux. On a envie de demander : Madame Royal, vous qui voulez incarner le renouveau et les propositions audacieuses, iriez vous jusqu'à remettre en cause votre présidence si l'on contestait dans un de ces jurys populaires l'un de vos arbitrages. Qu'auriez vous fait et que feriez vous si le tribunal des citoyens - autrement que par le vote - vous demandait de rétablir la peine de mort, vous demandait d'abroger les 35 heures, vous demandait de mettre la retraite à 55 ans ou au contraire à 65 ans ? etc ...
Les réponses seraient intéressantes. On touche là du doigt les limites de la démocratie d'opinion. Sans parler du rétropédalage - lui aussi prévisible tant celà manquait de sérieux - de Ségolène Royal sur les jurys appliqués au conseil des ministres.
Pour rétablir la confiance des citoyens envers les élus, il n'y a qu'un remède : que les élus assument pleinement leurs responsabilités. A une époque pas si lointaine, un homme politique soupçonné - encore le soupçon - a remis son pouvoir aux mains du peuple sans y être obligé. Cet homme bien sûr c'est DSK. C'était l'affaire de la MNEF. Voilà mise en pratique la politique par la preuve dont Madame Royal fait tant l'éloge. Il ne suffit pas toujours de réclamer plus de justice et d'ordre, il faut aussi la pratiquer pour soi même. A cette occasion, Madame Royal avait déclaré "Un homme politique est là pour servir, pas pour se servir". On est tenté de lui répondre aujourd'hui : "Madame Royal, et si vous cessiez de vous servir de l'opinion".
[Edit : en dehors d'Eric Dupin, un autre éditorialiste Christophe Barbier n'est vraiment pas tendre avec Ségolène Royal dans son commentaire politique sur LCI. Regardez la vidéo. Cette nouvelle "appréciation" des médias est-elle à ranger du côté de la défense de Nicolas Sarkozy, bien aimé des grands médias privés, ou d'un réel sentiment de malaise face la madonne des sondages comme l'exprimait le Nouvel Obs récemment, journal qu'on ne peut taxer de sympathie sarkozyste ? Le changement de ton médiatique est à noter. Jérôme Jaffré l'avait relevé dans la dernière émission de "politiquement show" sur LCI. Il reste néanmoins de grands supporters royalistes parmi les commentateurs au rang desquels on mettra : Gérard Carreyrou, Olivier Duhamel (pas Alain !), François de Closets, Joseph Macé-Scaron, etc ... Et même d'autres iconoclastes prêts à y voir une révolution copernicienne pour le fonctionnement de la démocratie actuelle, je parle notamment de Daniel Schneidermann. Jean Michel Aphatie pour sa part estime que dans cette proposition Royal a mis la charrue avant les boeufs. Bref, un beau chahut.]