J'écoutais ce matin Pierre Rosanvallon interviewé par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1. Le sujet c'était son dernier livre : la contre-démocratie.
Rosanvallon a dit beaucoup de choses intelligentes comme à son habitude mais il exposait surtout tout le mal qu'il pense de la démocratie d'opinion qui prend aujourd'hui le pas sur la démocratie représentative. Flatter le bon sens populaire ce n'est pas très glorieux pour nos politiques qui ont le droit et le devoir de diriger un pays. Diriger ça veut dire être devant, pas derrière. Et ma pensée a vagabondé aussitôt sur l'idée suivante : un militant aussi ça a le droit et le devoir de réfléchir.
Donc, réfléchissant tout seul dans ma voiture en allant à un rendez-vous lointain, j'ai eu le temps de me remémorrer quelques prises de positions récentes. En effet, je trouve tout à fait stupéfiants les propos qui consistent à dire aux militants :
1. Vous avez voté pour un projet mais je demande aux citoyens experts de se prononcer sur ce qu'ils veulent vraiment. Si c'est contradictoire avec le projet ou la position du parti, ce n'est pas gênant, ce qui compte c'est la volonté populaire.
2. "A vos sacs à dos" pour m'aider à gagner l'investiture contre les hiérarques du parti qui m'ont mis à la place où je suis.
3. Les idées des simples citoyens étant meilleures que celles des militants, je considère que l'intérêt général est mieux défendu en suivant l'avis éclairé du plus grand nombre. Sous-entendu, les militants mais surtout les dirigeants ne sont que des idéologues dépourvus de sens commun.
La conclusion : on remplace les convictions par le sens commun. Le raisonnement par le bon sens populaire.
Ce bon sens qui permet d'affirmer : "il y a trop d'étrangers en France, s'ils avaient un visa saisonnier il y en aurait moins, et on aurait moins de chômeurs, de regroupement familial et de problèmes dans les banlieues". Ou "il y a des gens qui détournent la carte scolaire, autant la supprimer pour rétablir l'égalité". Iaka, faucon, ... le bon sens populaire.
Ce bon sens qui n'a rien à voir avec nos valeurs de gauche, mais qui doit réconcilier le PS avec les couches populaires. Au lieu de convaincre ces gens que le problème est ailleurs, dans la mauvaise distribution des richesses et dans la lutte contre les discriminations, on va dans le sens de Sarkozy et on lui donne raison. Iaka, fauçon, ... encore le bon sens populaire.
C'est là que le raisonnement boucle de façon perverse. "J'affirme et je donne raison à ces thèses. C'est bien donc la preuve que le PS est autiste et que les militants - ce n'est pas leur faute les pauvres - sont piégés par leurs dirigeants. Il faut donc éliminer ces derniers. Je suis cet instrument de rebellion à votre service. Votez pour vous en votant pour moi !" C'EST OBLIGATOIRE. FAUCON.
Diabolique. La pensée sophiste par excellence. L'auto-dissolution de la raison.
Le piège presque parfait. Presque car le cerveau humain du pauvre militant de base a une faiblesse congénitale : il s'interroge, doute et questionne. Il a une propension incommensurable à vouloir débattre. Dépossédez le militant de la faculté de débattre et à son tour il se rebelle.
Et Rosanvallon me direz vous ? Quel rapport ? Eh bien il a conclus ce matin en répondant à une question sur l'emprunt de ses idées par certains candidats (voir communiqué de La République des Idées) : "je suis pour le partage de la connaissance, mais il y a des limites à ne pas dépasser sinon c'est du vol." Voler un débat aux militants c'est un vol d'Aiglon me suis je dit en riant tout seul dans ma voiture. L'Aiglon en a plus qu'assez du Faucon. Populaire ou pas. D'ailleurs c'est quoi déjà le nom de ce parti qui a populaire dans son nom ?
