Voilà un terme qui a été utilisé ce matin par Ségolène Royal lors d'une interview sur RTL. J'ai trouvé ça joli, plaisant, a peu près incompréhensible pour le commun des mortels, donc rocardien. J'adore Rocard. Et pour une fois j'ai trouvé Royal rocardienne. Il y a là un concept neuf (pour moi) et étant vagabond intellectuellement de nature, je me suis demandé comment je pourrais imaginer un billet autour de cette idée, invention, néologisme, je ne sais comment l'appeler, donc disons de cet oxymore : un terme qui accole deux mots a priori incompatibles.
En réfléchissant, c'est quand même la première fois que je me sers d'une idée de Royal pour pondre un billet. Mais attendez, un doute m'étreint : est ce que cette idée est bien d'elle ? Allons Aiglon me dis je, même si ce n'est pas d'elle, c'est une belle formule qui t'a fait gamberger. Et elle te l'a fait découvrir. Un point pour elle, soyons beau joueur.
Royal utilisait ce terme au sujet d'une de ses propositions sur l'immigration mais je préfère me livrer à un exercice d'utopie réalisable en comparant la favorite socialiste avec mon challenger préféré : DSK. La victoire de DSK à la présidentielle semble pour moi une utopie réalisable. Pourquoi ?
Avez vous remarqué que depuis la Rochelle, les sondages font perdre Ségolène Royal systématiquement au 2ème tour contre Sarkozy ? C'est le 3ème consécutif.
On peut en tirer différentes conclusions pour l'investiture.
Si j'étais pro-Royal je dirais :
1. Les sondages ça va, ça vient, elle reste de ce point de vue notre meilleure de chance de gagner
2. Il y a urgence à s'unir derrière un candidat pour créer une dynamique.
3. La stratégie TSS (tout sauf Ségolène) est suicidaire : pourquoi tant de haine ?
Mais je suis pro-DSK et donc je suis complètement ... d'accord (!) avec ces trois affirmations. Ceci dit comme je préfère aller au fond (des idées) je vais plus loin :
4. On ne peut plus dire qu'il n'y a qu'elle à pouvoir battre Sarkozy (elle ne le bat plus). Le jeu est nécessairement plus ouvert. On ne peut pas se servir des sondages que quand ils vous arrangent.
5. Le débat d'idées est plus que jamais nécessaire pour être sûr du ou de la meilleur(e) candidat(e). Tous ceux qui veulent étouffer ce débat n'ont pas compris ce qu'est un militant socialiste : il veut gagner pas seulement pour gagner mais pour faire prospérer des idées.
6. A force de de délivrer des messages contradictoires avec les valeurs de gauche, de susciter des polémiques, on a fini par brouiller l'opinion.
La question est : avons nous perdu en 2002 au premier tour parce que nous étions trop à gauche (là où se trouve notre socle électoral), ou parce que nous étions trop à droite ou disons au centre ? Ceux qui pensent que le clivage gauche droite n'a plus de sens se trompent de pays. Les électeurs savent parfaitement se situer eux mêmes avec une précision étonnante sur l'échiquier électoral. C'est Roland Cayrol (le sondeur) qui le dit dans un de ses derniers bouquins.
Selon moi c'est parce que nous avons déçu les aspirations populaires à gauche et que nous étions devenus trop "gestionnaires", trop semblables à la droite. L'électeur stratège, petit malin, qui a crû nécessaire de nous jouer "un bon tour" en 2002 en s'éparpillant, reviendra au bercail, donc la réplique de 2002 est moins à craindre.
Nous pouvons jusqu'à un certain point jouer le deuxième tour d'emblée ce que fait Ségolène Royal et coller à l'adversaire (Sarkozy). On peut aussi se dire que la popularité au premier tour sera un critère moins essentiel, car on suppose pouvoir franchir ce premier tour, à peu près quelque soit le candidat du PS. En ce cas (ca va vous suivez ?) on peut enfin se dire que le deuxième tour décisif sera un face à face terrible et qu'il faut être sûr dès aujourd'hui de notre candidat qui sera SEUL face à la nation et son adversaire. Cette fameuse rencontre entre le candidat et le peuple qui n'est rien d'autre qu'un débat où chaque mot, chaque formule compte.
Celui d'entre vous qui peut nous certifier qu'on est blindé à 100%, qu'on a toutes les garanties avec Mme Royal dans cette configuration, gagnera à être connu. Il le sera encore plus s'il peut expliquer pourquoi il le pense (pas les sondages, puisqu'on voit qu'elle ne bat plus Sarkozy). Si on examine les sondages pour ce qu'ils sont, un indicateur parmi d'autres, on revient au seul sujet qui compte : l'aptitude au débat.
En quoi face à Sarkozy (et non plus face aux autres ténors socialistes qu'elle aura trucidé), incarnerait-elle mieux la rénovation, le changement, l'énergie et la force de conviction nécessaires dans de rudes négociations nationales, européennes et internationales ? Pouvez vous dire : je connais Ségolène en débat, elle déchire ! Comme disent les jeunes avec qui elle s'entend moyennement bien si on en croit l'affaire Nolwen des MJS.
Je reformule ma question : face à Sarko, comment imaginez vous un débat ? N'auriez vous pas des sueurs en regardant la télé ? Moi si. Avec DSK non. D'où mon rêve : la prise de conscience de cet état de fait par les militants du PS. Avec DSK on a les meilleures chances combinées de gagner au premier et au second tour, les meilleures chances de concrétiser l'utopie réalisable que constitue à cette heure une victoire de la gauche en 2007.
